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 Semaine du 12 au 18 septembre 2012, numéro 939

 

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Port-Saïd. Pour promouvoir le tourisme dans cette ville, le ministre d’Etat pour les Affaires des antiquités a décidé de remettre la statue de Ferdinand de Lesseps sur son socle d’origine. Cette décision suscite un grand débat entre les citoyens. 

De Lesseps divise 

Une fois de plus, la statue de Ferdinand de Lesseps, entrepreneur du Canal de Suez qui a joué un rôle majeur dans le creusement et le développement du canal, est l’objet d’un grand débat. Déposer la statue sur son socle original ou la garder toujours dans les dépôts ? Une question qui s’est posée la semaine dernière et dont la réponse reste toujours inconnue.

Lors d’une visite officielle la semaine dernière à Port-Saïd, le ministre d’Etat pour les Affaires des antiquités, Mohamad Ibrahim, s’est entretenu avec le gouverneur de la ville sur la possibilité de déposer de nouveau la statue sur sa base originale. Idée qui n’a pas été bien accueillie par la grande majorité des citoyens de Port-Saïd. « C’est une humiliation pour les citoyens surtout après la révolution du 25 janvier 2011. Ce serait une blague d’honorer le symbole de la tyrannie », a déclaré un jeune Port-Saïdi, entamant ainsi une polémique qui gagne cette ville côtière depuis quelque temps.

Après la déclaration du ministre, la Coalition des intellectuels de Port-Saïd s’est réunie. Elle a déclaré dans un communiqué de presse son rejet de cette idée dite « ironique !  ». Ils ont même menacé de détruire la statue si les responsables s’obstinent à appliquer cette décision. « Ils ont raison. Le nom de De Lesseps nous fait rappeler de mauvais souvenirs, des images de la corvée des Egyptiens lors du creusement du canal. Même si cet épisode date de plusieurs décennies, les Port- Saïdis gardent des souvenirs indélébiles qui ont été racontés par nos ancêtres », dit Mohamad Rizq, homme d’affaires. 

Il y a plus de 56 ans que cette statue fut déplacée par les révolutionnaires qui sont sortis défendre leur ville lors de l’attaque tripartite — France, Grande-Bretagne et Israël — en 1956. Depuis, la statue est conservée dans les entrepôts de l’entreprise du Canal de Suez.

Bien que beaucoup de citoyens refusent l’idée d’exposer la statue dans les rues de la ville, d’autres voix se montrent plus raisonnables. Certains pensent que « le ministre a peut-être tout simplement mal choisi le moment », a souligné Amira Doss, citoyenne de la ville. « On ne peut pas négliger une partie de l’histoire qui ne nous plaît pas. A Port-Saïd, se balader sur le trottoir qui porte le nom de De Lesseps fait partie du quotidien », a-t-elle repris.

En effet, quand le ministre a eu l’idée de remettre la statue sur son socle d’origine il n’avait pas pensé aux réactions des citoyens de la ville, mais plutôt aux revenus d’une telle décision.

Mohamad Ibrahim pense qu’à travers cet acte, le ministre voulait remettre Port-Saïd sur la carte touristique. « Cette ville dispose d’un grand nombre d’antiquités appartenant à des périodes historiques différentes », a-t-il souligné, lors de sa tournée dans la ville, affirmant que le ministère débutera la semaine prochaine les travaux de reconstruction du Musée national de Port-Saïd, chantier au point mort depuis 10 ans. Les travaux se feront en coordination avec le gouvernorat avec un coût de 101 millions de L.E. De même, le phare de Port-Saïd sera transféré la semaine prochaine à l’Autorité des antiquités, afin de l’inclure dans le plan de développement. Un spectacle son et lumière, racontant l’histoire du Canal de Suez, sera aussi mis en place. 

En somme, la statue de De Lesseps ne représente pour le ministre qu’une petite partie du plan de développement de la ville. Mais les citoyens voient les choses autrement.

« Ce n’est pas le retour de la statue sur son socle qui va relancer le tourisme », se souvient tristement le jeune Mohamad Rizq. « Il y a plus de 10 ans, les navires touristiques comme Aïda ou Monte Carlo traversaient notre port. A bord du navire, les touristes avaient une vue panoramique de la ville. Les passagers descendaient au port pour se balader sur les quais qui étaient chargés de marchandises, notamment les statues pharaoniques. Puis, ils visitaient le Musée national et s’en allaient. Pendant toute l’année, les touristes remplissaient les trottoirs », ajoute-t-il.

« On ne peut pas obliger les gens, surtout les Port-Saïdis connus par leur résistance contre les occupants, à faire des choses qu’ils refusent », explique Rizq Al-Qattan, professeur de l’Université du Canal de Suez.

Afin de trouver une solution à l’emplacement de la statue, le ministre de la Culture, Saber Arab, ainsi que son homologue des Antiquités ont demandé au gouverneur de cette ville de former un comité pour trouver un terrain d’entente avec les citoyens de la ville. Si on n’arrive pas à s’entendre, la statue sera déposée à l’intérieur du Musée national après sa reconstruction.

Nasma Réda

Le Canal de Suez en dates

609 av. J.-C.

Premier canal creusé sur l’ordre du roi Sénousret III connu sous le nom de Sésostris. Il reliait le Nil aux lacs Amers, et ces derniers à la mer Rouge.

285 à 246 av. J.-C.

Ptolémée II élargit le canal.

1574

La possibilité du percement d’un canal à travers l’isthme de Suez est soumise au Conseil des dix par la République de Venise. Le projet est abandonné en raison de son coût trop important.

1798

Accompagnant Bonaparte sur la terre des pharaons, des ingénieurs reçoivent du Directoire la mission de percer l’isthme. Bonaparte charge J.-B. Le Père d’établir un relevé du canal. Le Père conclut que le niveau de la mer Rouge dépasse celui de la Méditerranée, erreur qui devait ajourner le projet d’un demi-siècle.

1833

Le projet d’un canal à travers l’isthme de Suez est proposé par le saint-simonien Prosper Enfantin. Celui-ci n’est pas pris au sérieux.

30 novembre 1854

Premier acte de concession accordé par Saïd pacha, fils de Mohamad Ali, à Ferdinand de Lesseps pour le creusement et l’exploitation pendant 99 ans d’un canal à travers l’isthme de Suez.

5 novembre 1857

Ouverture d’une souscription du Canal de Suez. 207 229 des 400 000 actions d’une valeur de 500 frs trouvent preneur.

15 décembre 1858

Constitution de la Compagnie universelle du Canal maritime de Suez.

25 avril 1859

Début du creusement du canal maritime à Port-Saïd.

9 juin 1859

Le gouvernement égyptien ordonne officiellement l’arrêt des travaux. Ferdinand de Lesseps passe outre.

23 octobre 1859

Ferdinand de Lesseps rencontre Napoléon III qui soutient officiellement son projet du canal.

18 novembre 1862

Les eaux de la Méditerranée entrent dans le lac Timsah.

18 janvier 1863

A la mort de Saïd, Ismaïl pacha devient vice-roi d’Egypte. La Turquie suspend le projet.

1864

Le conflit entre l’Egypte et la Turquie est résolu grâce à l’arbitrage de Napoléon III. La compagnie abandonne par conséquent le canal d’eau douce et accepte la fin du travail obligatoire des fellahs. Ces derniers sont remplacés partiellement par des machines.

15 août 1869

Les eaux de la mer Rouge rejoignent celles de la Méditerranée.

16 novembre 1869

Inauguration du Canal maritime de Suez.

1872

La faillite de la compagnie est évitée de justesse.

25 novembre 1875

Le gouvernement anglais rachète les 176 602 actions de la Compagnie universelle du Canal de Suez, détenues par Ismaïl et en devient ainsi le principal actionnaire.

Juin 1884 à février 1885

Etablissement d’un programme de travaux d’agrandissement du Canal de Suez.

22 décembre 1888

Convention internationale de Constantinople garantissant la neutralité et le libre usage du Canal de Suez.

26 juillet 1956

Nationalisation du Canal de Suez par le colonel Nasser.

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Qui est De Lesseps ? 

Ferdinand de Lesseps est né à Versailles, le 19 novembre 1805. Son père Mathieu de Lesseps était diplomate. Surnommé « Le Grand Français », Ferdinand de Lesseps a été le principal promoteur des deux projets de canaux les plus ambitieux de son temps, le Canal de Suez et le Canal de Panama. Ce dernier a fait perdre beaucoup d’argent aux actionnaires à tel point que le promoteur du projet a été condamné à cinq ans de prison, peine qu’il ne purgea pas en raison de son âge (88 ans) et de son état de santé précaire. Sa statue trône sur la place de France au Panama avec son nom écrit de cette manière : Fernando Maria Vizconce de Lesseps. A l’âge de 20 ans, à la demande de son oncle Barthélemy, De Lesseps commence une carrière diplomatique. Aux côtés de son oncle, il devient un attaché diplomatique à l’ambassade de France à Lisbonne pour deux ans. Il passe ensuite quelques années avec son père, alors chargé d’affaires à Tunis. En 1828, De Lesseps est nommé vice-consul auxiliaire à Tunis, où son père était consul général.

En 1832, le jeune diplomate est nommé vice-consul à Alexandrie en Egypte, trois ans plus tard en 1935, il devient consul général à Alexandrie. A cette époque, le gouverneur d’Egypte, Mohamad Ali pacha, avait déjà commencé à transformer profondément le pays. Sa politique ambitieuse avait donné aux institutions étrangères l’occasion d’investir en Egypte. Mohamad Ali lui a alors demandé d’éduquer l’un de ses plus jeunes fils, Mohamad Saïd, avec qui il s’entendait particulièrement bien.

Pendant les moments libres, il continue à travailler sur les projets qu’il avait engagés au cours de son premier séjour en Egypte, entre 1832 et 1837. Parmi eux, le Canal de Suez. De Lesseps avait toujours manifesté de l’enthousiasme pour ce projet qui, à l’époque, était appelé « le Canal des deux mers ». En 1852, il écrit un rapport sur le projet qu’il fait traduire en arabe et soumet au vice-roi, Abbass pacha. Mais cette première tentative, malheureusement, a été un grand échec.

Deux ans plus tard, après la mort de Abbass pacha, Mohamad Saïd lui succède. De Lesseps saisit alors l’occasion étant donné qu’il le connaît bien depuis son premier séjour en Egypte. Il lui écrit en offrant ses félicitations. Par retour de courrier, De Lesseps reçoit une invitation à se rendre en Egypte. Le 7 novembre 1854, il débarque à Alexandrie et présente au vice-roi son projet.

Le 30 novembre 1854, Mohamad Saïd a accordé à son ami Ferdinand de Lesseps le pouvoir exclusif de constituer et de diriger une entreprise internationale afin de construire un canal entre la Méditerranée et la mer Rouge.

Après trois années de travail constant, le 15 décembre 1858, De Lesseps enfin met en place la Compagnie universelle du Canal maritime de Suez. Malgré une multitude de difficultés techniques et diplomatiques, le canal a été achevé et inauguré entre le 17 et le 20 novembre 1869. Ce diplomate a été élu membre de l’Académie française en 1884 et a été bienvenu dans cette prestigieuse institution. Il avait également été décoré de la Grande Croix de la Légion d’honneur.

Il est décédé le 7 décembre 1894 au Chesnay. Il a reçu des funérailles nationales et a été enterré au cimetière du père Lachaise à Paris. 

 




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