Al-Ahram Hebdo, Evénement | Les Frères poursuivent leur avancée

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 Semaine du 12 au 18 septembre 2012, numéro 939

 

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Remaniements. Ils ont permis aux Frères musulmans de placer leurs partisans au sein du Conseil national des droits de l’homme, du Conseil suprême de la presse, ou encore à la tête de plusieurs gouvernorats. Beaucoup dénoncent une mainmise islamiste sur les institutions de l’Etat, une accusation systématiquement rejetée par le nouveau régime.  

Les Frères poursuivent leur avancée 

Le conseil consultatif a annoncé, le 11 septembre, les noms des nouveaux membres du Conseil national des droits de l’homme. Celui-ci sera présidé par Hossam Al-Gheriani, ancien président de la Cour de cassation. Ce magistrat réputé proche des Frères musulmans est également président de l’assemblée chargée de rédiger la nouvelle Constitution. Au sein du Conseil des droits de l’homme, celui-ci aura pour député le militant de gauche Abdel-Ghaffar Chokr.

Les islamistes sont pour la première fois représentés dans ce conseil. On y dénombre notamment Mahmoud Ghozlan et Abdel-Moneim Abdel-Maqsoud, respectivement porte-parole et avocat de la confrérie des Frères musulmans, ainsi que plusieurs de ses cadres, dont Mohamad Al-Beltagui et Mohamad Tosson.

D’autres personnalités, des laïcs et des coptes, ont également été représentés. Il s’agit de Abdallah Al-Achaal, candidat à la présidentielle de 2012, et Ahmad Seif Al-Islam, fondateur du centre Hicham Moubarak des droits de l’homme, Ihab Al-Kharrat, président de la commission des droits de l’homme au Conseil consultatif, Hanna Qaldas, président du Centre culturel copte, Marianne Malak et Mona Makram Ebeid, du Parti Egyptien social-démocrate, entre autres.

Les jeunes militants se revendiquant de la mouvance révolutionnaire ont également trouvé leur place au sein du nouveau conseil, comme Wael Khalil, activiste de gauche, et Ahmad Harara, dentiste ayant perdu ses yeux lors des manifestations hostiles contre l’ancien régime et contre le pouvoir militaire l’ayant succédé.

Fait remarquable, tous les membres de l’ancien Conseil des droits de l’homme ont été écartés lors de ce remaniement. Parmi eux figurent des pionniers dans ce domaine, comme le président de l’Organisation égyptienne des droits de l’homme, Hafez Abou-Saeda, et Georges Ishaq, cofondateur du mouvement de protestation Kéfaya. Pour la première fois également, les syndicats des Journalistes et des Avocats ne sont pas représentés au sein du Conseil.

Certains nouveaux membres ont fait l’objet de critiques, soit parce qu’ils n’ont aucune expérience dans le domaine des droits de l’homme, soit parce qu’ils ont proféré par le passé des propos ou pris des positions hostiles à ces mêmes droits qu’ils sont supposés défendre.

Le prédicateur Safouat Hégazi en est un exemple. Suite à la chute de l’ancien président, Hosni Moubarak, Hegazi a aligné son discours sur les positions de la junte au pouvoir, condamnant les révolutionnaires dans ses prêches. Mahmoud Ghozlan, porte-parole de la confrérie, s’est récemment prononcé en faveur de l’incarcération des journalistes pour les délits de presse.

Au-delà des appartenances partisanes, certains pensent que l’idéologie rigide des Frères musulmans est intrinsèquement opposée aux droits de l’homme et que leur littérature regorge de discours hostiles à ces droits fondamentaux de la personne.

Hossam Tammam, spécialiste des Frères musulmans, estime que les principes d’obédience inculqués aux membres de la confrérie détruisent l’esprit critique chez ces derniers. « Bien que la confrérie ait commencé à recruter parmi les diplômés et les professeurs d’université, la formation et les compétences de ces derniers sont placées au service du poste ou de la fonction qu’ils occupent au sein de la hiérarchie, au lieu d’être méthodiquement exploitées dans l’interaction avec la société et la réalité », critique le chercheur.

« La confrérie est une secte close, elle rejette les divergences et la diversité. Comment ses partisans prendront la défense des libertés individuelles, de la liberté de culte, des libertés politiques auxquelles ils ont du mal à croire ? », se demande à son tour l’activiste Adel Wassili.

Malgré tout, les membres non islamistes de la nouvelle équipe du Conseil préfèrent ne pas s’attarder  devant le passé de certains de leurs collègues, mais plutôt les juger par leurs futurs actes. « Au lieu de nourrir des préjudices vis-à-vis de certains membres il vaut mieux attendre de voir leur travail au sein du Conseil. La diversité des backgrounds est bénéfique, et de toute façon on n’acceptera aucune décision ni discours hostile aux libertés et aux droits de l’homme. Si on ressent une tentative d’hégémonie de la part d’un certain courant politique, on claquera la porte, mais on aura au moins essayé », promet le nouveau vice-président du Conseil, Abdel-Ghaffar Chokr, également un vétéran de la gauche. Indépendamment des aspects idéologiques, sur le plan politique, l’indépendance (ou plutôt sa dépendance) du Conseil représente une autre source d’inquiétude pour les activistes. « Le seul fait que le Conseil national des droits de l’homme dépend du Conseil consultatif est susceptible de réduire son indépendance. Ses membres sont plutôt choisis pour des considérations politiques », critique, de son côté, le militant de la gauche, Khaled Ali.

Au début des années 2000, alors que les violations de l’appareil policier contre les citoyens étaient devenues évidentes, le président Moubarak a cédé aux pressions américaines en faveur de la « démocratisation » et a décidé de créer le Conseil national des droits de l’homme comme une démarche dans ce sens.

Formé d’un président, d’un vice-président et de 26 membres, ce Conseil obéit à la loi 94 de l’année 2003. Une campagne de presse a été orchestrée pour faire l’éloge de cette démarche, qui s’était aussitôt révélée cosmétique. En effet, les sièges du nouveau conseil ont été occupés par les acolytes de Gamal Moubarak, et les multiples abus des services de sécurité passaient sous silence.

Aujourd’hui, le président Morsi est critiqué pour n’avoir pas usé du pouvoir législatif dont il dispose pour changer le statut légal de ce genre d’organismes décoratifs. « Le président Morsi s’est engagé à ne pas user de ce pouvoir que dans les limites les plus restreintes. Naturellement les lois qui régissent le Conseil des droits de l’homme seront amendées par le prochain Parlement, pour lui garantir plus d’autonomie », estime l’avocat de la confrérie, Abdel-Moneim Abdel-Maqsoud.

May Atta

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