Al-Ahram Hebdo,Dossier | Une gauche qui dérange

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Mamdouh El-Wali
 
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 Semaine du 12 au 18 septembre 2012, numéro 939

 

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Dossier

Alliances. Répression de l'Etat, manque de financement et conflits internes sont à la base de la faiblesse de la gauche. Depuis la révolution, elle s'efforce de remédier à ces défaillances et cherche à s'imposer contre la politique libérale des Frères musulmans.

Une gauche qui dérange

« il faut apprendre des erreurs du passé. Laisser tomber les différends et unifier les rangs ». C’est ainsi que Hussein Abdel-Razeq, membre du bureau politique du parti Al-Tagammoe (Rassemblement), décrit le trajet que la gauche devrait suivre dans la période à venir sous peine, prévient-il, de se voir « engloutie ».

Autrefois, cette gauche était l’une des plus grandes forces de l’opposition, mais elle agonise depuis des décennies à cause des vagues de répression successives et des contraintes imposées par l’Etat. « Des campagnes successives de détention ont été menées contre nos militants qui s’opposaient au régime. On nous a même interdit de jouer un rôle social de peur que nos idées ne se propagent. Certains membres ont dû adhérer à des ONG pour pouvoir agir librement », souligne ainsi Abdel-Razeq, dont le parti agonisant a difficilement obtenu un siège lors des dernières législatives.

Le manque de financement a également miné le champ d’action de la gauche. Rares, en effet, sont les hommes d’affaires qui acceptent d’injecter de l’argent dans les projets politiques de ceux qui critiquent l’ouverture des marchés et la privatisation. La gauche dépend ainsi des frais mensuels d’adhésion et des donations de ses sympathisants.

Les conflits internes, enfin, ont mené à un véritable morcellement des forces de gauche. Il s’agit non seulement d’un conflit de génération doublé d’un conflit idéologique, mais aussi d’un conflit autour de la stratégie à adopter sur l’échiquier politique. Par exemple, lorsqu’Al-Tagammoe opte, à travers son dirigeant Réfaat Al-Saïd et à quelques mois seulement de la chute de Moubarak, pour une alliance avec le parti au pouvoir afin de barrer la route aux Frères musulmans aux élections législatives, le parti se divise, et il connaîtra dans la foulée de la révolution la plus importante vague de dissidence, toutes formations politiques confondues.

Une nouvelle génération, plus jeune, arrive alors sur le devant de la scène. Elle sera au premier rang de la mobilisation contre Moubarak. Scandant « Liberté, justice sociale et dignité », les révolutionnaires réussissent à inclure les revendications populaires à leur révolte pour la démocratie. Leurs idées sont largement acceptées, leur légitimité n’est plus remise en cause, et ils ont donc le champ libre pour agir. Le terme « justice sociale » n’était auparavant véhiculé en Egypte que par cette jeunesse de gauche qui soutient depuis des années le mouvement de contestation ouvrière.

Le mouvement de gauche est apparu en Egypte en 1921, avec la fondation d’un parti socialiste, transformé en parti communiste en 1922, et défendant la classe ouvrière. Sévèrement attaqué par le parti du Wafd et sa politique de « nationalisme bourgeois », il est dissous en 1925. Les communistes réapparaîtront en 1947, avec le Mouvement démocratique pour la libération nationale. En 1965, ils rejoignent le projet nassérien prônant la justice sociale, l’éducation obligatoire et gratuite, l’amélioration de la condition des travailleurs et l’élection de représentants ouvriers au Parlement. Après les émeutes du pain de janvier 1977, la répression gouvernementale contre les mouvements de gauche reprend sous Sadate qui les accuse d’être financés par l’étranger. Les années 1990 voient ensuite le déclin de la gauche, par ailleurs divisée sur le plan interne, avant la recrudescence puis l’intensification des luttes sociales et ouvrières pendant les années 2000, qui permettront une légère progression de la gauche. Aujourd’hui, on compte une dizaine de regroupements et partis de gauche aux côtés du très traditionnel parti d’Al-Tagammoe, miné par des divisions internes et en quête de sa popularité d’antan. Un nouveau parti nassérien a été approuvé : Al-Karama (la dignité) du candidat à la présidentielle, Hamdine Sabbahi. Mais il s’est rallié aux Frères musulmans lors des législatives. A côté du parti communiste et de celui des travailleurs, se trouve un nouveau-né qui dérange : Al-Tahalof al-chaabi (l’alliance populaire socialiste), qui regroupe des figures classiques de la gauche aux côtés de jeunes révolutionnaires et qui progresse rapidement prenant la tête des listes électorales des candidats de la révolution aux dernières législatives.

 

Un tournant ?

Pour Abdel-Ghaffar Chokr, sous-secrétaire d’Al-Tahalof al-chaabi, c’est une nouvelle chance pour la gauche de se réorganiser et de jouer un rôle significatif sur le terrain politique, après avoir été pendant des années cantonnée dans des canaux de représentation mineurs ou restreints. « Si elle ne tire pas le meilleur parti de cette occasion, elle perdra la bataille contre les forces politiques organisées », explique Abdel-Ghaffar Chokr. Déjà, Al-Tahalof al-chaabi a formé avec le Parti des Travailleurs, le Parti Socialiste et des socialistes révolutionnaires, un front des forces socialistes, afin de coordonner leurs stratégies face aux forces contre-révolutionnaires.

Ce front a réussi à remporter 10 % des sièges aux dernières élections de l’Assemblée du peuple maintenant dissoute. « C’est parce qu’ils ne sont pas encore suffisamment organisés, et qu’ils partent de zéro », se défend Chokr. Pour Essam Al-Erian, président par intérim du Parti Liberté et justice, cette défaillance est à porter au compte de « la division interne, du financement étranger et de la négligence du rôle de la religion ». Ces termes accusateurs, qu’il utilisait récemment via Twitter, ont suscité une vague de colère dans les rangs de la gauche. Ces accusations coïncident avec l’initiative du Nassérien Sabbahi de former un « large courant populaire », regroupant toutes les forces nationales, partis et mouvements révolutionnaires, afin de faire barrage à l’hégémonie des Frères musulmans. Cette même démarche est reprise par l’islamiste modéré penchant vers la gauche, Abdel-Moneim Aboul-Foutouh, arrivé quatrième à la présidentielle et qui a entamé déjà des réunions avec différentes forces politiques en vue de les rassembler dans un nouveau parti, « L’Egypte forte ». Ce dernier semble plus apte à former une sorte d’opposition qui serait, en outre, embarrassante pour les Frères musulmans puisque regroupant aussi des islamistes et donc rompant le monopole de la religion qui revient de fait aux Frères et aux salafistes. Le Parti Liberté et justice des Frères est davantage dérangé par l’Alliance populaire qui avec les socialistes révolutionnaires sont les deux mouvements qui critiquent la politique des islamistes au pouvoir. Tous deux continuent de défendre la lutte ouvrière, les grèves et les sit-in de tout ordre. Ils ont même lancé une vaste campagne pour protester contre la décision du gouvernement de s’endetter auprès du Fonds monétaire international. Des marches sillonnent déjà les villes pour expliquer les dangers d’un tel prêt et pour proposer des alternatives. De même, depuis quelques semaines déjà, le militant ouvrier Kamal Khalil, fondateur du Parti des Travailleurs, appelle à une manifestation hebdomadaire contre l’hégémonie des Frères.

Héba Nasreddine

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