Al-Ahram Hebdo, Dossier | Contrer les islamistes

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Mamdouh El-Wali
 
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 Semaine du 12 au 18 septembre 2012, numéro 939

 

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Dossier

Alliances. Face à la montée en puissance des Frères musulmans, une vraie opposition peine à se former. Toutefois, de nouvelles formations se profilent à l’horizon.  

Contrer les islamistes 

Dans un coin d’un hebdomadaire égyptien à sensation, une nouvelle. « Des femmes s’apprêtent à défiler nues dans la rue pour protester contre les politiques de Morsi visant à museler les médias ». Le journal Al-Fagr faisait allusion à la poursuite en justice d’un présentateur de télé, pro-ancien régime, et qui lance toutes sortes d’accusations contre le nouveau président Morsi incitant même à son meurtre. Les Frères musulmans qui, du jour au lendemain, sont passés du premier rang de l’opposition au sommet du pouvoir, cherchent à bâillonner toute opposition à leur égard, surtout dans les médias. Les changements à la tête des groupes de presse, de leurs rédactions, au Conseil des droits de l’homme laissent effectivement tout rival de Morsi avec une marge de manœuvre limitée. A ceci s’ajoute tout genre de fatwas qui incriminent toute « opposition » au « candidat de l’islam » et intimident les protestataires et les grévistes. Depuis son arrivée au pouvoir, le 30 juin, Morsi fait face à des critiques en crescendo sans que celles-ci engendrent une opposition de poids capable de le forcer à changer de politique.

L’opposition née dans la foulée de la chute de Moubarak en février 2011 a déjà encaissé un premier échec lors des législatives de novembre à janvier derniers, laissant les islamistes s’emparer des deux tiers des sièges de l’Assemblée du peuple et d’environ 90 % du Conseil consultatif, deuxième Chambre. A ce moment-là, les Frères musulmans avaient encore l’étiquette d’opposition dans une Egypte de transition gérée par un Conseil militaire.

Leur candidat arrive en tête du premier tour, laissant derrière lui des millions de voix non islamistes réparties entre une nuée de candidats. Puis il remporte le second tour profitant du soutien de la gauche et d’une partie des libéraux en plus des voix de ses partisans.

Aux législatives comme aux présidentielles, le parti issu de la confrérie, Liberté et justice, s’est imposé comme le plus organisé comme il l’a toujours été d’ailleurs sous le régime de Moubarak. A l’époque, l’opposition laïque (libéraux ou gauche) semblait plus au moins apprivoisée par le pouvoir, laissant le champ de bataille aux deux rivaux, les Frères, qui n’avaient pas encore leur parti, et le PND.

Derrière eux arrivaient de loin trois partis qui représentaient ensemble moins de 2 % des sièges de l’Assemblée du peuple : néo-Wafd, Al-Tagammoe et le Parti nassérien.

Le néo-Wafd, le plus ancien parti libéral, qui a formé des gouvernements sous la monarchie, est désormais dirigé par un homme d’affaires pharmacien dont l’allégeance au parti de Moubarak n’était pas un secret, menant à la conclusion d’un marché électoral lors des législatives, juste avant la révolution qui devait accorder à son parti quelque 22 sièges. Le PND finit par trahir l’accord, et le Wafd se retire. Après la révolution, le Wafd obtient 8 % des sièges après une alliance avortée avec les Frères. Les libéraux sont répartis en 4 autres partis : Al-Masréyine al-ahrar, du milliardaire Naguib Sawirès, le Social-démocrate, le Front populaire et Al-Ghad d’Ayman Nour, qui a fait une coalition avec les Frères lors des législatives.

Dans l’ancienne carte de l’opposition, Al-Tagammoe, présidé par Réfaat Al-Saïd, a été pendant des décennies la voix anti-islamiste dans les rangs de ladite « opposition apprivoisée ». Il passe le même accord avec le PND. Trahi lui aussi, il n’obtient qu’un seul siège. Et après la chute de son parrain, le PND, il peine à obtenir 2 sièges au Parlement, un état précédé par des dissensions de toutes sortes qui donnent naissance à un nouveau parti de gauche, Al-Tahalof al-chaabi (la coalition populaire) (lire page 5). Le troisième est le Parti nassérien touché par des dissensions et des conflits internes. Dirigé par le président de l’ordre des Avocats, Sameh Achour, il n’emporte aucun siège aux dernières élections législatives, ni aux précédentes sous Moubarak. L’autre Parti nassérien, officialisé après la révolte de janvier, se présente sous la liste électorale des Frères musulmans. Fondé par le candidat à la présidentielle, Hamdine Sabbahi, il refuse pourtant de soutenir Morsi au second tour.

Le succès de Mohamad Morsi a été suivi par un contrôle total de tous les pouvoirs, y compris l’armée. Le Parlement dissous, il s’empare aussi du pouvoir législatif et dispose d’une main haute sur la constituante. Certes, la situation politique en Egypte n’a pas encore sa forme définitive. Il faudrait rédiger une nouvelle Constitution, puis élire un nouveau Parlement avant la fin de cette année.

Morsi a désormais plus de pouvoir que Moubarak. Face à lui, une opposition de gauche qui défend surtout les politiques de justice sociale et paraît comme l’élément le plus dérangeant face à la politique libérale de Morsi, mais sans toutefois pouvoir influencer ses stratagèmes. Les libéraux, eux, se positionnent comme les défenseurs de la laïcité et des libertés, surtout dans les premiers textes de la nouvelle Constitution, alors qu’ils se sont retirés officiellement de la constituante. Leurs critiques ne dépassent pour l’instant pas les simples cris en l’air à travers les chaînes de télévision, incapables de développer un discours qui rallie la rue à leur cause et vice versa.

Cette opposition se dit pourtant en quête de réunification pour constituer une formation qui peut rivaliser avec ce flux de mouvements issus de l’islam politique lors des prochaines élections législatives, dans l’espoir d’empêcher les islamistes de former seuls le prochain gouvernement.

Cependant, l’opposition civile va dans le sens inverse, celui qui a conduit à son échec lors de l’élection présidentielle, tablant sur la même répartition.

Ce scrutin présidentiel divise l’électorat égyptien en trois parties : une première qui veut les Frères musulmans et veut établir une domination religieuse et a donc choisi Mohamad Morsi. Une autre partie qui cherchait « la sécurité et la stabilité », et a donc choisi Ahmad Chafiq, et une troisième qui ne voulait ni l’une ni l’autre des options précédentes. Et malgré la supériorité du pouvoir civil dans cette élection, le candidat islamiste a remporté le siège, profitant de la division de la voix « civile ».

Aujourd’hui, elle n’est pas moins divisée. Trois ex-candidats à la présidentielle s’efforcent de former trois mouvements d’opposition, sans compter le nouveau parti d’Al-Dostour formé par le symbole emblématique de la révolution, Mohamed ElBaradei. Le premier est dirigé par Abdel-Moneim Aboul-Fotouh, l’autre par Hamdine Sabbahi, un troisième par Amr Moussa (lire fiche page 4). Au lieu de compter sur les millions d’électeurs qui ont donné leur voix à Chafiq, qui s’élèvent à environ 49 %, ces derniers tentent d’attirer des voix dans un « troisième courant ». Le rôle de ces trois mouvements et leur place sur la carte politique de l’Egypte ne semblent pas encore clairs.

Samar Al-Gamal

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