Musique. Avec près de 300 000 visiteurs cette année, le Festival de Salzbourg est toujours un succès. Revue de ce qui en a fait, en 2012, un événement incontournable.

 

Saison exceptionnelle

 

Jamais depuis sa création en 1920, le Festival de Salzbourg n’avait connu une telle affluence. On comptait dans les 45 jours du festival 279 000 visiteurs venus assister aux 256 représentations dans 16 lieux différents. La plupart des spectacles étaient archicombles, malgré le prix des tickets parfois astronomique surtout pour les opéras Carmen, La Bohème, La Flûte enchantée et les concerts des grands orchestres comme le Wiener Philharmoniker, le Berliner Philharmoniker ou le London Symphony Orchestra.

Le nouveau directeur artistique, Alexander Pereira, a réaffirmé sa conviction qu’un festival devait être chaque année un événement unique. Il n’y aura plus de reprises ni d’opéras ni de pièces de théâtre d’une année sur l’autre.

Pour le cru 2012, La Création de Joseph Haydn et Le Messie de Georg Friedrich Haendel constituaient les œuvres majeures, aux côtés d’œuvres de Mozart, Schubert, Dvorak et Bruckner interprétées par des ensembles de grande renommée. Le public s’est rendu en masse non seulement dans les grandes salles du festival, mais aussi dans les nombreuses églises de Salzbourg qui participaient à cette manifestation.

La production la plus spectaculaire de cette année était l’opéra Die Soldaten de Bernd Alois Zimmermann (1918-1970), qui a vu sa première mondiale à Cologne en 1965. Cet opéra est basé sur un drame de Jakob Michael Reinahrd Lenz (1751-1892) qu’on peut considérer comme un appel au respect de la dignité de tout être humain et contre la violence, à l’instar du drame Wozzeck de Georg Büchner. La Felsenreitschule, cet hippodrome de 1683 transformé en salle de spectacle pour le festival en 1926, accueillait non seulement les trois orchestres de l’opéra, mais aussi les officiers de cavalerie autrichiens qui ont donné une représentation tout au long du spectacle.

Comme lors des années précédentes, des concours récompensaient de jeunes metteurs en scène, de futurs chanteurs — quelques-uns ayant déjà de petits rôles dans des productions de cette année — ainsi que de jeunes chefs d’orchestre.

Un programme spécial était dédié aux enfants, invités à découvrir La Flûte enchantée, au programme du festival dans une mise en scène destinée à faire travailler l’imagination enfantine, notamment à travers des ateliers où les plus jeunes étaient invités à développer leurs propres visions de Carmen de Georges Bizet, de La Bohème de Giacomo Puccini ou de Giulio Cesare in Egitto de Haendel.

 

Barenboim toujours acclamé

Le rôle de la musique à créer des liens entre les peuples pour une entente mutuelle demeure au centre de la philosophie du West-Eastern Diwan Orchestra, acclamé avec enthousiasme pour la cinquième année de suite à Salzbourg. L’interprétation des symphonies numéro 5 et 6 de Ludwig van Beethoven sous le bâton du maestro Daniel Berenboim a remporté un succès fulminant.

Daniel Barenboim, qui est aussi un pianiste de renommée mondiale, a interprété dans trois concerts toutes les sonates pour piano de Franz Schubert, un événement unique. Il dirigeait aussi le 1er septembre l’orchestre et le chœur de la Scala de Milano dans le Requiem de Giuseppe Vrdi.

Lors d’une conférence de presse à laquelle participaient Mariam Saïd, la veuve de Edward Saïd, le cofondateur de l’orchestre avec Daniel Barenboim, le souhait de jouer Beethoven place Tahrir a été évoqué. Les membres du Diwan restant fortement touchés par leurs souvenirs du concert donné à Gaza l’an dernier. La musique pour la paix, c’est aussi l’un des buts du Festival de Salzbourg.

Fawzi Soliman et Ilse Joana Heinle