Al-Ahram Hebdo, Evénement | Un président aux pouvoirs limités

  Président
Abdel-Fattah El Gibali
 
Rédacteur en chef
Hicham Mourad

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 Semaine du 20 au 26 juin 2012, numéro 927

 

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Présidentielle. Selon les premiers résultats non officiels, Mohamad Morsi, candidat des Frères musulmans, a remporté le scrutin face à Chafiq, candidat de l'ancien régime. Mais les militaires ne lâchent pas prise en se dotant de vastes prérogatives.

 

 

Un président aux pouvoirs limités

 

 

D’un dictateur accumulant presque toutes les prérogatives, le président égyptien qui devra succéder à Moubarak à la fin du mois risque de se limiter aux fonctions honorifiques. Les Egyptiens, qui se sont rendus aux urnes samedi et dimanche derniers dans l’espoir d’élire un nouveau chef d’Etat 16 mois après la révolution, se retrouvent toujours dans une transition sans fin, dirigée par les militaires, même si le candidat des Frères musulmans revendique déjà sa victoire avant l’annonce des résultats officiels. Il était encore 5h du matin, les bureaux de vote ayant fermé leurs portes 8 heures auparavant, Mohamad Morsi achève la prière de l’aube dans son Q.G. et monte au créneau entouré des dirigeants de la confrérie et de son Parti Liberté et justice. Il annonce sa victoire sur son concurrent et homme fort du régime de Moubarak, Ahmad Chafiq.

 

La bataille était serrée. Morsi, qui a récolté environ 6 millions au premier tour, double son score après avoir été soutenu par les révolutionnaires espérant empêcher un retour à l’ancien régime avec Chafiq. Celui-ci double aussi son score et la différence entre eux tourne officieusement autour de 1,5 %. Certes, les résultats officiels ne seront connus que jeudi, mais le décompte provisoire ne laisse prévoir une issue différente, sauf coup de théâtre de dernière minute. Un résultat qui constitue une victoire symbolique sur les militaires et la police qui ont mis tout l’appareil de l’Etat au service de l’héritier de Moubarak. Chafiq crie pourtant victoire et refuse de reconnaître cette défaite qui s’ajoute à sa chute précédente en mars de l’an dernier, lorsque des manifestations massives réclamaient son limogeage de son poste de premier ministre.

 

Les Egyptiens étaient d’ailleurs devant un choix difficile, entre « le mauvais et le pire », entre un islamiste dont ils craignent l’hégémonie absolue sur le pays et un général du régime corrompu qui reconduira le régime Moubarak. Un dilemme qui a poussé un certain nombre d’électeurs à voter blanc en notant sur le bulletin « la révolution continue ». D’autres ont opté pour le boycott, et d’ores et déjà la participation table autour de 40 % des électeurs inscrits, soit le quart d’une population de 82 millions d’habitants.

 

Le malaise s’exacerbe

 

Le malaise nourri par la dissolution, deux jours avant le scrutin, de la première Chambre du Parlement, issue des premières législatives libres de l’histoire du pays, s’est encore accentué au lendemain du vote.

 

Le Conseil Suprême des Forces Armées (CSFA), qui s’est attribué les prérogatives législatives avec la dissolution du Parlement, a du mal à voir un islamiste pour la première fois à la tête du pays. Du coup, il s’est immiscé dans les pouvoirs du prochain président. Une « Déclaration constitutionnelle complémentaire » qui fait que le président n’aura comme seule prérogative que de nommer un gouvernement dont chaque loi devra être validée par les militaires. Les forces armées et son budget échapperont à son pouvoir. Il ne sera plus chef suprême des forces armées, à l’instar de ses prédécesseurs. Selon le texte, « le contrôle intégral des affaires internes de l’armée, notamment les nominations et les destitutions du personnel militaire et le budget de la Défense, sera du ressort du CSFA ».

 

Le président ne pourra pas non plus prendre la décision de guerre sans aval du CSFA et siégera au sein d’un conseil de « défense nationale » aux côtés de 11 militaires et 4 ministres, mais dont les décisions doivent être prises à l’unanimité.

 

Les militaires conservent aussi le contrôle du budget, fixent « la politique générale du pays » et s’approprient le monopole de former une nouvelle constituante pour la rédaction de la future Constitution avec un veto sur tout article qu’ils estimeraient « contraire aux intérêts suprêmes du pays », pour protéger entre autres leurs intérêts économiques. Et pour désarmer davantage le prochain président, le chef de l’armée a décidé de nommer le cabinet présidentiel qui sera désormais dirigé par un militaire et un ancien collaborateur de Moubarak avec 4 autres membres du cabinet dissous dont le chef Zakariya Azmi est aujourd’hui en prison.

 

Un coup d’Etat selon certains

 

Un coup d’Etat militaire pour résumer. Et comme s’il n’y a pas eu de révolution. De quoi faire redouter une tension plus accrue. Les forces politiques, à leur tête les Frères, vainqueurs de la présidentielle, ont annoncé déjà qu’elles rejetaient ce texte adopté par les militaires et avaient appelé à un rassemblement massif mardi sur la place Tahrir pour réclamer la remise du pouvoir au prochain président.

 

Conformément au calendrier, les militaires devraient retourner à leurs casernes et remettre le pouvoir aux civils à la fin du mois de juin. Mais il semble que les militaires ont finalement décidé de ne pas lâcher le pouvoir sans préserver une « immunité ». Ainsi, ils gardent le pouvoir législatif et contrôlent les verrous du pays au nom de « l’équilibre des pouvoirs ». Ils s’efforcent aussi de réduire la crise à un différend avec les Frères, assez puissants d’ailleurs, mais omettent que d’autres poids leur font face aussi. C’est ce que démontre les résultats du premier tour où deux candidats, issus de la révolution, Hamdine Sabbahi et Abdel-Moneim Aboul-Foutouh, ont obtenu respectivement 20 et 17,5 % alors que Morsi, le Frère, n’a obtenu que 25 % des voix.

 

La prochaine phase sera une confrontation avec les militaires, il n’y a aucun doute. Les Frères ont déjà réagi en annonçant qu’ils ne respecteront pas l’arrêt de la Haute Cour constitutionnelle de dissoudre l’Assemblée du peuple qu’ils dominaient. « Le Parlement est encore valide », affirment-ils, ainsi que plusieurs juristes. Mais oseront-ils défier les militaires ?

 

Les partis issus de la mouvance révolutionnaire et la Coalition des jeunes de la révolution, à l’origine de la révolte contre Moubarak, ont répondu, eux, par un oui. Ils ont dénoncé ce « putsch constitutionnel » et ont annoncé la poursuite de leur lutte en faveur d’un Etat « civil ». La place Tahrir reste aux aguets.

 

Samar Al-Gamal

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