Al-Ahram Hebdo, Opinion |Hicham Mourad, Nouvelles règles du jeu entre l’Egypte et Israël

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 Semaine du 7 au 13 septembre 2011, numéro 887

 

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Opinion

Nouvelles règles du jeu entre l’Egypte et Israël
Hicham
Mourad

Les rapports entre l’Egypte et Israël ne seront plus jamais comme avant. Les règles du jeu semblent irrévocablement changées. L’on s’attendait à un tel changement depuis la révolution du 25 janvier et la conséquente chute du régime de Hosni Moubarak. L’évolution a commencé à prendre forme à l’occasion des incidents frontaliers, le mois dernier, qui ont provoqué une vive tension entre les deux pays ainsi que des manifestations de protestation devant l’ambassade de l’Etat hébreu au Caire, réclamant l’expulsion de l’ambassadeur, voire l’annulation du traité de paix signé depuis plus de 32 ans, le 26 mars 1979.

L’un des griefs formulés à l’encontre de l’accord de paix est qu’il démilitarise pratiquement le Sinaï, restreignant par même la souveraineté de l’Egypte sur une partie de son territoire. Les conséquences de cet état étaient visibles lors des derniers incidents qui ont montré le vide sécuritaire exploité par des éléments djihadistes, notamment après la révolution. Sentant le danger qui guette aussi bien Israël que l’Egypte, Tel-Aviv était prompt à accéder à la demande de cette dernière de renforcer ses troupes dans la région frontalière qui s’étend sur 220 kilomètres. Il a ainsi accepté le déploiement de quelque 2 500 soldats, puis de 1 500 supplémentaires la semaine dernière, dans les zones B et C du Sinaï. Des négociations sont en cours pour renforcer davantage le nombre et les équipements de l’armée et des services de sécurité égyptiens. Conformément au traité de paix qui a divisé le Sinaï en trois zones militaires (A, B, C), l’Egypte ne peut déployer dans la région frontalière (zone C) que 750 gardes-frontières avec des armes légères. Des restrictions sont également imposées dans la zone du centre (B). Toute modification de l’annexe militaire de l’accord qui régit la présence de l’armée égyptienne au Sinaï doit être soumise à l’approbation des deux parties.

L’impact des incidents frontaliers qui ont provoqué le meurtre par l’armée israélienne de cinq militaires égyptiens est allé bien au-delà de la question de la sécurité du Sinaï pour jeter leur ombre sur l’ensemble des relations entre les deux pays. L’Etat hébreu redoute un durcissement de la politique du Caire à son égard, voire la remise en cause de leurs rapports, après l’installation d’un nouveau pouvoir. Pour limiter les dégâts, Israël serait disposé à une large révision des clauses de l’annexe militaire portant sur la démilitarisation du Sinaï. Il est également désireux de lancer un « dialogue stratégique » avec L’Egyptejugé « prématuré » par cette dernière sur les principaux problèmes entravant les rapports bilatéraux. Le but étant d’éviter que le traité de paix soit une question de surenchère pour les candidats aux prochaines législatives et présidentielles en Egypte, endommageant davantage des rapports bilatéraux déjà tendus. Israël, pour réussir cette stratégie, compte sur le soutien des Etats-Unis. Ceci explique le silence observé par Tel-Aviv, malgré son inquiétude, vis-à-vis de l’annonce par le Pentagone, en juillet, de la vente de 120 chars Abrams à l’armée égyptienne. Washington, de son côté, semble aussi tenir à poursuivre son aide militaire à l’Egypte, malgré la récente tension entre les deux pays, afin de garder un moyen de pression sur le Conseil suprême des forces armées, au pouvoir, le gouvernement intérimaire et le prochain pouvoir.

Les craintes d’Israël et son désir d’éviter une dégradation de ses rapports avec Le Caire tiennent à sa prise de conscience que la révolution du 25 janvier a créé une nouvelle réalité. Les nouveaux dirigeants égyptiens sont plus à l’écoute de leur opinion publique, sensible aux politiques israéliennes envers non seulement l’Egypte, mais aussi les Palestiniens. Entre l’Egypte et Israël, les rapports ne sont pas uniquement bilatéraux, mais aussi trilatéraux, incluant les Palestiniens. Les dirigeants israéliens sont conscients que les difficultés avec l’Egypte ne font que commencer et que le prochain pouvoir égyptien sera plus ferme avec Tel-Aviv, car il devrait rendre des comptes à son électorat. Un pouvoir démocratiquement élu en Egypte sera plus en phase avec les sentiments populaires et, de ce fait, moins enclin à coopérer avec Israël dans des questions impopulaires telles que le bouclage de la bande de Gaza.

Il agira aussi comme un frein aux agressions israéliennes contre les Palestiniens. Le ministère égyptien des Affaires étrangères a fait savoir à l’Etat hébreu que la politique de l’ancien régime tolérant les exactions israéliennes contre les Palestiniens ne serait plus acceptable. Il est ainsi établi que le gouvernement de Benyamin Netanyahu a accepté à contrecœur de limiter ses derniers raids contre la bande de Gaza, lancés en représailles aux attaques frontalières contre des Israéliens à Eilat fin août, pour ne pas exacerber la crise avec l’Egypte. Le premier ministre israélien a refusé les appels d’autres membres du gouvernement, notamment le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, pour un bombardement massif de Gaza, après avoir reçu plusieurs messages de l’ambassade d’Israël au Caire soulignant le climat résolument anti-israélien en Egypte et avertissant que l’escalade de la violence contre les Palestiniens provoquerait une plus importante détérioration des rapports avec Le Caire.

Les dirigeants israéliens se rendent compte au fur et à mesure que les temps ont changé, qu’ils doivent désormais traiter l’Egypte avec plus de respect et que la politique du laisser-aller pratiquée par l’ancien régime est révolue. Certes, ils savaient que l’Egypte, après le soulèvement populaire, n’aurait pas la même réaction que celle à laquelle ils étaient habitués du temps de Hosni Moubarak. A l’époque, les directives étaient claires de contenir tout incident bilatéral et de ne pas en faire l’écho dans la presse. Mais ils étaient surpris de voir l’ampleur de la protestation et de l’hostilité exprimées par la population et la difficulté pour les autorités égyptiennes d’en contenir les manifestations. Dès lors, le constat est simple : tant que perdureraient les mêmes politiques israéliennes à l’encontre de l’Egypte et des Palestiniens, Tel-Aviv devrait s’attendre à davantage de difficultés avec l’Egypte.

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