Al-Ahram Hebdo, Evénement | Le juge Mahmoud Al-Khodeiri,  « Si Moubarak est innocent, qu’il vienne le dire à son procès »

  Président
Labib Al-Sebai
 
Rédacteur en chef
Hicham Mourad

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 Semaine du 3 au 9 août 2011, numéro 882

 

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Evénement

Jugement de moubarak .Le juge Mahmoud Al-Khodeiri, l’une des plus importantes figures de l’opposition, souligne que seule la pression de la rue a permis aux responsables d’accélérer la tenue du procès de Moubarak.

« Si Moubarak est innocent, qu’il vienne le dire à son procès »

Al-Ahram Hebdo : Vous avez été le magistrat du « tribunal  populaire » pour juger le président déchu. Comment les choses se sont-elles passées ?

Mahmoud Al-Khodeiri : Tout d’abord, il faut savoir qu’avant la dernière décision prise par le ministère de la Justice concernant le jugement de l’ex-président Moubarak le 3 août, le rythme des procédés a été très lent, et cela de manièLe tribunal de la révolution militaire

Après la Révolution du 23 Juillet 1952, les Officiers libres ont formé un tribunal d’exception pour juger les personnalités fortement liées à la monarchie.re provoquante. Donc, on ne pouvait pas rester les bras croisés. C’est pourquoi on a décidé de tenir ce simulacre de procès sur la place Tahrir, comme une réponse de la rue à ce rythme lent adopté par les responsables. L’idée est née à l’ordre des Avocats. On a décidé de tenir un procès entier et on a choisi la place Tahrir comme lieu.

— Et comment avez-vous dirigé ce procès populaire ?

— Il a eu lieu le 8 avril 2011, et comme je viens de le dire, j’étais le président de la cour. A mes côtés se trouvaient Essam Al-Islambolli et Abdel-Aziz Al-Charqawy comme membres de la cour. On a commencé par écouter les différents témoignages qui condamnent les accusés, à savoir : le président déchu Hosni Moubarak ainsi que sa famille, l’ex-président de l’Assemblée générale Fathi Sorour, l’ex-président du Conseil consultatif Safouat Al-Chérif et l’ex-directeur du bureau du président Zakariya Azmi. Les témoins ont accusé  Moubarak d’avoir vendu le gaz égyptien à Israël à bas prix, d’avoir gaspillé les deniers publics, en plus de beaucoup d’autres crimes.

— Comment la rue a-t-elle réagi à cette scène ?

— Par des appels du genre, « Le peuple veut condamner l’assassin », prononcés d’une seule voix par des milliers d’Egyptiens et qui faisaient trembler la place Tahrir. Ils réclamaient tous que la sentence soit prononcée immédiatement sur les lieux. Le tribunal a d’abord décidé de remettre le procès au vendredi suivant pour examiner l’affaire. Et presque une semaine après, le tribunal a décidé de considérer Moubarak coupable et de le condamner à la prison.

— A quel point la pression de la rue a-t-elle influencé les responsables pour accélérer le jugement, officiel cette fois, de Moubarak ?

— Les pressions de la rue, grèves et manifestations, ont joué un rôle majeur pour accélérer le déroulement des événements, et ont même abouti à inciter les responsables à prendre la décision de diffuser tous les jugements en direct à la télévision nationale. Cela nous permet de suivre toutes les séances, et j’espère personnellement pouvoir y assister.

— Que pensez-vous des dispositions prises à l’égard du procès de Moubarak ?

— Que le jugement ait lieu à l’Académie de police, ou qu’une cage spéciale pour lui y soit installée, peu importe. Tous ces détails ne sont pas d’une importance majeure. Pour moi, il s’agit plutôt de critères de sécurité. Mais il faut dire que je suis  strictement contre le fait que l’ex-président soit jugé à Charm Al-Cheikh, c’est absurde. Et en signe de protestation, on a menacé d’étendre les grèves à Charm Al-Cheikh tant que le jugement ne se tiendra pas au Caire. Ce n’est pas logique, et il n’est pas question que la loi ne soit pas respectée. 

— Mais une rumeur dit que les avocats de Moubarak veulent plaider que son état de santé ne lui permet pas d’être jugé. Qu’en pensez-vous ?

— Oui, je l’ai entendue. Les avocats de Moubarak préparent, en effet, des attestations pour assurer que son état de santé ne lui permet pas de se déplacer pour être jugé au Caire. A franchement parler, on ne peut pas dire qu’il s’agit d’une manipulation de la loi. Mais personnellement, je pense que ce n’est pas dans l’intérêt de Moubarak, voire même que cela va contre lui. Enfin, je voudrais dire que si Moubarak est vraiment innocent, qu’il vienne le dire à son procès .

Propos recueillis par Mavie Maher 

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Le tribunal de la révolution militaire

Après la Révolution du 23 Juillet 1952, les Officiers libres ont formé un tribunal d’exception pour juger les personnalités fortement liées à la monarchie.Elle aura été la première Cour du genre de l’histoire moderne de l’Egypte. Formée début septembre 1953, elle a été présidée par Abdel-Latif Al-Boghdadi, aux côtés de Hassan Ibrahim et Anouar Al-Sadate. Il s’agissait pour eux de juger toutes les figures corrompues du régime monarchique, tous ceux qui avaient collaboré avec les occupants britanniques, ainsi que les opposants de la révolution. Malgré ces bonnes intentions, l’on peut critiquer le fait que ce tribunal n’était pas formé de juristes et que, de même, il était juge et partie à la fois.

La liste des personnes jugées et condamnées est longue. Parmi les plus célèbres se trouve le président du Wafd, parti nationaliste égyptien, Fouad Serageddine, à qui fut interdit toute pratique politique. L’un des jugements les plus sévères aura été celui d’Ibrahim Abdel-Hadi, premier ministre de 1948 à 1949, accusé d’avoir impliqué l’armée égyptienne dans la guerre de Palestine sans que celle-ci ne soit préparée pour cette mission. Il fut également accusé d’avoir propagé la terreur pendant son mandat et d’avoir facilité l’assassinat de Hassan Al-Banna, fondateur de la confrérie des Frères musulmans, grâce à des complices. Il a été condamné à mort, jugement commué en emprisonnement à perpétuité par le président Mohamed Naguib.

Dans cette liste se trouve Ahmad Al-Naqib, connu pour avoir fondé l’hôpital Al-Moassat à Alexandrie, qui a été l’un des dix meilleurs hôpitaux du monde. Proche du roi Farouq, il fut accusé de proxénétisme et d’avoir enjoint des infirmières à passer des nuits avec le roi Farouq à l’hôpital. Il a été condamné aux travaux forcés à perpétuité et mourut dans sa prison.

Autres condamnés, Antoine Bouli et Karim Sabet, des courtisans notoires du roi. Bouli a été lui aussi accusé d’avoir favorisé les appétits sexuels attribués au roi et d’avoir causé la ruine de l’Egypte pour cette raison. Il fut condamné à mort, peine commuée en prison à perpétuité, mais libéré en 1954 pour raisons de santé.

Quant à Sabet, la liste des accusations à son encontre était très longue : collaboration avec des parties étrangères pour porter atteinte aux intérêts du pays, actes ayant corrompu la vie politique ... Il a été condamné aux travaux forcés à perpétuité, puis libéré pour raisons de santé.

Ces procès ont été fortement critiqués par la suite, puisqu’ils n’étaient pas basés sur la loi et ont fait cas de beaucoup d’abus. Ils ont cependant fait partie d’un processus de destruction d’une grande partie de la classe régnante, qui était en partie dépositaire de la tradition des élites sociales et culturelles .

Ahmed Loutfi
et Chaïmaa Abdel-Hamid

 




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