Al-Ahram Hebdo,Société | Un été différent

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 Semaine du 29 juin au 5 juillet 2011, numéro 877

 

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Société

Vacances . La crise économique et le manque de sécurité ont poussé beaucoup de familles à revoir leurs plans de départ. Certaines préfèrent renoncer totalement à l’idée. Promenade.

Un été différent

« Allez-vous partir au bord de la mer cet été ? ». Une question que l’on entend souvent ces derniers jours. Car cette année n’est pas comme les autres. En plus des événements politiques, des débats houleux autour de la nouvelle Constitution, des prochaines élections et des candidats potentiels aux présidentielles, d’autres sujets semblent préoccuper les citoyens.

La crise économique qui pèse sur les foyers, le manque de sécurité dans les rues ainsi que les faits divers publiés tous les jours dans les journaux, tout cela constitue une préoccupation des familles. Et le soir, devant les écrans de télévision, ce sont les mêmes questions qui reviennent dans les discussions. « Quand est-ce que les policiers vont-ils retourner dans les rues ? La nièce d’une amie a été kidnappée en plein jour devant l’Université du Caire par deux jeunes en moto et personne n’a osé intervenir pour la sauver. Si tel est l’état au Caire, imaginons la situation dans les stations balnéaires qui ne sont certainement pas sécurisées », s’interroge Hend, qui travaille dans une banque et qui possède un chalet au bord de la mer sur la Côte-Nord.

Si l’an dernier cette jeune femme pouvait se payer le luxe de passer tous ses week-ends au bord de la mer, accompagnée de ses deux enfants et de sa maman, cet été, elle ne compte pas y mettre les pieds. « Je ne peux pas prendre le risque de conduire ma voiture sur l’autoroute entre Le Caire et la Côte-Nord et passer la nuit avec mes enfants dans un endroit isolé du monde. Comment peux-je garantir que notre village touristique soit suffisamment sécurisé et que la police soit présente si jamais des hors-la-loi nous agressent ? ». Et ce ne sont pas les seuls soucis de Hend. Quitter et fermer sa maison au Caire pendant une semaine ou plus semble aussi l’angoisser.

Sur la route Le Caire-Alexandrie, Ammar passe la plupart de son temps. Ce chauffeur de microbus travaille dans l’usine du fer et d’acier de Amériya, à 20 km d’Alexandrie. Depuis le début du mois de juin, il constate que des vendeurs de bâtons électrochocs, de matériel de défense et d’armes blanches proposent leurs marchandises aux automobilistes sur cette route qui mène aux villages touristiques de la Côte-Nord. « Vous pouvez trouver tout ce dont vous avez besoin durant vos vacances d’été : casquettes, lunettes de soleil, maillots de bain et matériels de protection », confie Ammar, qui se sert d’un bâton en bois comme outil de défense en cas d’attaque. « Je prends parfois la route tard la nuit, je transporte des ouvriers et je circule souvent avec de l’argent », confie Ammar, qui compte aussi sur son gabarit et son allure robuste pour faire face aux bandits.

L’autoprotection : une astuce

Certaines familles ont recours à d’autres astuces pour se protéger sans sacrifier ce plaisir de passer quelques jours au bord de la mer. Karima et Soheir sont deux voisines. Ces deux femmes quinquagénaires ont décidé de partir ensemble cet été à Marina, accompagnées de leurs filles, leurs époux et leurs petits-enfants ainsi que leurs chauffeurs et leurs servantes. « Nous étions répartis en 6 voitures et nous avons choisi de prendre la route tôt le matin. Et nous ferons de même au retour. C’est le fait de se sentir en groupe qui nous rassurait », confie Soheir, veuve. « Il est impossible de passer l’été dans cette chaleur, enfermée chez soi près du climatiseur. Rien ne peut être comparé à cette belle vue sur la mer et cette brise d’air frais », dit Karima, dentiste à la retraite.

Selon elle, ce sont ces quelques jours passés au bord de la mer qui lui permettent de supporter, durant le reste de l’année, le vacarme de la capitale. Tout faire pour assurer sa sécurité : tel est le mot d’ordre cet été. Faire le trajet durant la journée et non pas le soir, opter pour l’autoroute Le Caire-Alexandrie qui est plus animée avec ses nombreux cafés, restaurants et stations d’essence, et surtout éviter la route d’Al-Alamein, bien qu’elle soit un raccourci, mais qui est déserte et non éclairée.

Le ministère de l’Intérieur affirme que cet été, les mesures de sécurité seront renforcées, que ce soit sur les routes menant aux stations balnéaires ou dans les villages touristiques et les hôtels. Un nombre important de véhicules et d’agents de sécurité ainsi que des policiers seront présents sur ces lieux afin que les estivants se sentent en sécurité.

Pourtant, dans les villages touristiques, la méfiance est de mise. A la Côte-Nord, les propriétaires des chalets privés dans l’un des villages touristiques ont décidé de durcir les mesures de sécurité dans leur village. « Nous avons demandé à une agence spécialisée d’installer dans le village des clôtures métalliques à l’entrée et plus de lampadaires dans les rues. Nous avons recruté des agents de sécurité avec des talkies-walkies pour nous informer si jamais un étranger met le pied dans le village », confie Walid Moustapha, homme d’affaires.

Bien qu’il ait les moyens de passer les vacances d’été dans un pays européen, cet homme d’affaires a choisi, cet été, de ne pas quitter le pays. « Il y a des offres de séjour attrayantes dans la plupart des hôtels en Egypte. Je peux emmener ma famille dans différentes stations balnéaires et à des prix très abordables. Avec la crise économique cette année, je préfère dépenser cette somme ici et aider mon pays à surmonter la crise », ajoute Walid, qui a conseillé à tous ses amis de faire de même cet été. Un avis partagé par Cherly Chalaby, une fidèle de Agami. Cette propriétaire d’une école d’étiquette a fait le tour du monde, mais trouve que le charme de son petit chalet situé à Agami est incomparable. « Ma villa donne sur la mer directement. J’ai invité toutes mes amies à venir me joindre. Il faut tout simplement être un peu plus prudent. Avant de passer au lit, je vérifie que les portes et les fenêtres sont bien fermées », dit-elle, tout en gardant sur son portable le numéro de l’agent de sécurité à l’entrée du village, pour demander secours en cas de danger.

Alexandrie vit malgré tout

Non loin de Agami, à Alexandrie, les estivants ne semblent pas trop se soucier, ni de l’absence de sécurité, ni de la crise économique. Ici, les embouteillages dans les rues et les queues devant les restaurants de poissons donnent l’impression que c’est un été comme les autres. « Ce n’est pas la police qui va nous donner un sentiment de sécurité. Nous sommes le peuple qui a inventé les comités populaires pour protéger les maisons, les familles et les biens. Rien ne nous empêchera de vivre », dit sur un ton plein d’optimisme Gaber, courtier. En plus des clients fidèles d’Alexandrie et qui ont l’habitude de venir des provinces pour passer leurs vacances, cette année, une autre clientèle semble opter pour cette ville. Gaber accueille cet été des citoyens libyens qui ont préféré passer ces quelques mois à Alexandrie en attendant que la situation se calme dans leur pays. « Après le printemps de la liberté, c’est un été qui a son propre charme », confie Gaber.

Magdi, un autre courtier qui travaille à Marina, voit les choses différemment. Pour lui, la récession se ressent, comparé à l’été dernier. Chaque année durant cette saison, Magdi pouvait se permettre de louer certaines villas à 3 000 L.E. la nuit. Aujourd’hui, il appelle ses anciens clients pour leur demander s’ils ne veulent pas passer le week-end à Marina. « Que Dieu pardonne aux présentateurs des talk-shows. Ce sont eux qui ont effrayé les gens », se plaint Magdi, qui rêve de voir les choses s’améliorer après les examens du bac.

Mais cela n’est pas évident. Nadia est une employée dans un centre de recherches agricoles. Cette citoyenne de Choubra a décidé d’annuler tous ses plans de voyage cet été. Elle, qui avait l’habitude de passer ses vacances à Ras Al-Bar, près de Damiette, ne peut plus se permettre ce luxe. « Il est vrai que mon travail assume une part des frais de notre voyage et que le reste du payement peut être versé à crédit, mais cela reste un fardeau pour moi », confie Nadia. Et d’ajouter : « Le salaire de mon mari a été réduit de 30 % après la révolution. Il n’est pas question de penser aux vacances d’été. L’important c’est de pouvoir subvenir à nos besoins de tous les jours ». Maher, employé dans une société privée, a décidé de passer ses vacances d’été à Charm Al-Cheikh. « L’ex-président se trouve à l’hôpital de Charm Al-Cheikh. Ce qui a eu un impact négatif sur le tourisme là-bas. La ville est en pleine stagnation. Les hôtels sont déserts et toutes les réservations ont été annulées ». Maher a donc décidé de passer 10 jours dans cette ville. « Il y a un an, l’idée de passer une nuit ici ne pouvait pas me traverser l’esprit. Les prix des hôtels à Charm étaient très élevés. Mais, grâce à la révolution, j’ai pu visiter ces lieux et sentir pour la première fois que je suis un vrai citoyen », conclut Maher.

Dina Ibrahim

 




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