Al-Ahram Hebdo, Opinion | Ossama Al-Ghazali Harb, Le réveil de la nation arabe

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 Semaine du 29 juin au 5 juillet 2011, numéro 877

 

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Opinion

Le réveil de la nation arabe
Ossama Al-Ghazali Harb

L’expression « le réveil de la nation arabe » résume le mieux ce qui s’est passé dans le monde arabe à partir de la révolution tunisienne, suivie par la révolution égyptienne puis les événements de Libye, du Yémen et de Syrie. En effet, il semblait que la nation arabe était entrée dans un sommeil profond à la lumière du vieillissement des dictatures corrompues. Cette expression est d’ailleurs le titre d’un livre prédisant l’union arabe, rédigé par le penseur libanais Naguib Azouri il y a plus de 100 ans, en 1905.

A cette époque, Azouri avait rédigé son ouvrage pour défendre l’indépendance des Arabes loin de l’Etat ottoman. Il pensait que les Arabes, les Kurdes et les Arméniens devaient se séparer de l’Empire ottoman pour former un Etat libre et indépendant capable d’assimiler les idées du développement et de la civilisation européenne. Cependant, il penchait pour une relation privilégiée avec la France qui concurrençait la Grande-Bretagne à cette époque. Mais, il est mort en 1916 avant de connaître le visage colonialiste de la France apparu avec le dévoilement de l’accord de Sykes-Picot en 1917, lequel a réparti le pouvoir dans la région entre la France et la Grande-Bretagne.

Le réveil de la nation arabe dont nous parlons en 2011 n’est pas le réveil dont parlait Azouri face aux forces d’occupation étrangères représentées par les forces d’occupation ottomanes. Il s’agit plutôt d’un réveil, d’une intifada et d’une révolution des peuples arabes contre les forces d’occupation interne, les forces des régimes despotes qui les ont étouffés pendant des décennies avant de se décomposer et de s’effondrer sous l’effet de l’extraordinaire force de l’explosion révolutionnaire. Il s’agit du retour des Arabes dans le courts de l’Histoire après en être sortis pendant longtemps.

Bien que les éléments du déclenchement de la révolution étaient présents depuis longtemps dans de nombreux pays arabes, aucun observateur ou spécialiste des affaires arabes n’aurait pu prédire ces déclenchements successifs des révolutions arabes, en Tunisie le 17 décembre 2010, en Egypte le 25 janvier 2011, au Yémen le 11 février et en Syrie le 23 mars. En d’autres termes, ces révolutions contre les régimes despotes arabes ont surpris le monde entier, y compris les observateurs et les chercheurs spécialisés dans les affaires du monde arabe et du Moyen-Orient. Il est certain qu’ils devront réviser leurs théories et outils. Par exemple, la majorité d’entre eux étaient saturés par l’idée de la priorité de l’islam politique en tant qu’unique clé pour comprendre et analyser les conjonctures arabes et les éventualités de changement dans ces pays. C’est l’idée qui s’est répandue dans tout le monde occidental après les événements du 11 septembre. C’est ainsi que l’organisation d’Al-Qaëda est devenue un mythe dont les Américains attendent l’apparition à tout moment.

Cependant, la réalité arabe était beaucoup plus compliquée. C’est pourquoi le réveil actuel de la nation arabe présente au monde entier, et surtout aux chercheurs et observateurs, un nombre de données qui vont changer de nombreuses notions et réarranger de nombreuses priorités. En ce qui concerne les points communs entre les révolutions arabes, nous pouvons signaler plus d’une réalité. Premièrement, ces révolutions sont survenues dans des régimes gouvernementaux et non des monarchies. Les régimes de quatre pays (Egypte, Yémen, Libye et Syrie) étaient les piliers des régimes révolutionnaires arabes. Quant au cinquième régime en Tunisie, il n’était pas révolutionnaire mais républicain aussi. L’important ici, c’est que les autres régimes arabes républicains sont dans des cas spéciaux, comme en Iraq, au Liban et en Palestine, ou instables et susceptibles de connaître à tout moment un changement violent comme en Algérie, au Soudan et en Mauritanie.

Cependant, ceci ne signifie pas que les régimes royaux sont loin de tout changement ou de toute révolution. Cela signifie plutôt qu’ils sont plus stables et capables de répondre aux demandes de réforme et de changement démocratique, même en prenant en considération l’énorme différence entre les deux monarchies constitutionnelles au Maroc et en Jordanie et les royaumes et émirats pétroliers.

La seconde réalité est le rôle pionnier joué par les jeunes dans le déclenchement de ces révolutions. Ce rôle est directement lié à la réalité que cette nouvelle génération a eu accès à l’énorme révolution informatique et technologique. En d’autres termes, cette génération a heureusement échappé à l’influence des outils et mécanismes de l’enseignement gouvernemental officiel désuets et arriérés. Elle a réagi avec le monde extérieur avec des outils que les gouvernements et leurs services de contrôle ne peuvent pas interdire.

La troisième réalité est le rôle central joué par les couches moyennes dans ces révolutions. Un rôle qui s’accorde avec la majorité des expériences des révolutions dans le tiers-monde et au Moyen-Orient où le poids politique et social des deux couches liées à la production moderne, soit les ouvriers et les couches capitalistes, est réduit. Il n’est pas difficile de remarquer que l’une des plus importantes caractéristiques de cette classe moyenne révolutionnaire est qu’elle compte sur l’enseignement moderne et la spécialisation et non pas sur les richesses.

La quatrième réalité est le caractère civil et non religieux de ces révolutions et de ce réveil arabe, même si les dirigeants renversés tentent de leur donner ce caractère afin d’effrayer le monde extérieur. C’est ce qu’a prétendu Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Egypte, Ali Saleh au Yémen, Kadhafi en Libye et ce que diffuse également l’énorme machine de mensonges du régime syrien. C’est la révolution du peuple arabe et non la révolution d’Al-Qaëda. La participation des forces islamiques dans ces révolutions a eu lieu côte à côte avec les autres forces populaires et non pas au-dessus d’elles.

La cinquième révolution concernant le réveil révolutionnaire arabe est l’absence d’éléments étrangers. En effet, les Américains, les Européens et le monde entier ont été surpris par les révolutions arabes qui les ont obligés en même temps à les respecter. C’est ainsi qu’ils les ont favorablement accueillies et qu’ils s’en sont rapprochés pour mieux les connaître et arranger leurs conjonctures avec elles.

En contrepartie, l’absence du conflit arabo-israélien dans ces révolutions attire notre attention, alors que l’histoire nous rappelle que la guerre de Palestine et sa défaite depuis plus de 60 ans était à la tête des facteurs qui ont préparé le déclenchement des révolutions et des renversements arabes, notamment la Révolution égyptienne de 1952. Cependant, ceci ne signifie nullement que les nouveaux régimes révolutionnaires négligeront la cause palestinienne. Cela signifie plutôt qu’ils accordent aujourd’hui la priorité à se reconstruire pour être plus compétents et aptes à affronter cette question. Le comportement du régime en Egypte après la révolution confirme cette supposition !

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