Al-Ahram Hebdo, Monde | Un futur incertain sans les Américains

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 Semaine du 29 juin au 5 juillet 2011, numéro 877

 

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Afghanistan . Le président américain, Barack Obama, a annoncé le retrait, d’ici l’été 2012, du tiers des forces américaines du sol afghan, soit 33 000 hommes. Un retrait fort « risqué » qui pourrait enliser le pays dans l’abîme de la violence et permettre aux talibans de reprendre le pouvoir.

Un futur incertain sans les Américains

A quelques jours du mois de juillet 2011, date du début du retrait des forces étrangères du « bourbier afghan », le président américain, Barack Obama, a enfin dévoilé le plan de retrait de ses « boys » : 33 000 soldats seraient retirés d’ici la fin de l’été 2012, avant d’aboutir à un retrait total en 2014. Ces 33 000 soldats constituent le tiers des forces américaines déployées sur le sol afghan et leur nombre correspond au même nombre de forces envoyées en renfort en 2009. Actuellement, plus de 140 000 militaires de l’Otan et des Etats-Unis sont déployés dans ce pays en proie à une insurrection talibane depuis toute une décennie.

Le retrait des troupes américaines ne serait que la goutte qui annonce la pluie. En d’autres termes, il ne sera qu’un début puisque d’autres pays de l’Otan vont suivre l’exemple américain. « C’est attendu », a affirmé le général David Petraeus, commandant des forces des 48 pays qui participent à la coalition. « La question est de savoir quelle est l’ampleur de ces réductions », a-t-il ajouté. Les alliés de l’Otan disposent de 47 000 hommes en Afghanistan, aux côtés des 99 000 Américains. Déjà, le Royaume-Uni et l’Allemagne, les deux principaux contingents après celui des Etats-Unis, ont annoncé leur intention de réduire leurs soldats avant la fin de l’année, alors que la France a annoncé, cette semaine, le « retrait progressif » du quart de ses effectifs qui comptent 4 000 hommes entre 2011 et 2012, « de manière proportionnelle » et dans un calendrier comparable au retrait des renforts américains.

La décision de M. Obama n’a pas constitué une surprise, car il était connu depuis le sommet de Lisbonne en novembre dernier que l’Otan commencerait le retrait de ses soldats en juillet 2011 et que la fin de l’opération aurait lieu en 2014. Il restait seulement à connaître le calendrier exact du retrait. De peur de perdre son électorat dans la perspective des présidentielles de 2012, Obama a tenu à justifier son calendrier de retrait. Premièrement, ces renforts ont bien rempli leur mission et limité l’influence des talibans dans le sud du pays. Ensuite, après la mort de Bin Laden et l’effondrement de sa légende, il n’existe aucune raison qui justifie la continuité de la présence des forces étrangères dans leur totalité sur le sol afghan. Enfin, il faut penser à résoudre la crise afghane par la voie politique, puisque la militaire n’a pas remporté les fruits escomptés. Pour prouver la justesse de ce dernier motif, le président américain a affirmé que des « contacts préliminaires » ont déjà commencé entre Washington et les talibans pour aboutir à une réconciliation. Des contacts confirmés par le président afghan lui-même.

Mais ces motifs ne convainquent pas tous les experts qui estiment que la rébellion a gagné du terrain ces dernières années et ensanglanté le pays. Et si la situation sécuritaire s’est améliorée dans le sud du pays, elle a beaucoup empiré dans le nord. Bien plus, la mort de Bin Laden ne constitue, en fait, qu’une victoire « symbolique » dans la guerre contre le terrorisme, car Al-Qaëda existe toujours et s’est aussi choisie un nouveau chef, Ayman Al-Zawahiri, plus dur et radical que son prédécesseur. En un mot, tout retrait brutal signifierait un retour à la « case départ » pour les Américains.

Foulant des pieds ces risques, M. Obama n’a pas d’autres choix. Il est tiraillé entre deux choix : un retrait massif et trop rapide qui aurait été jugé comme un départ risqué et n’aurait pas été accepté par l’armée, et un départ trop lent qui ne pouvait plus être accepté par les Américains. Aussi a-t-il tenté de concilier l’inconciliable, alors qu’il était sous forte pression à l’approche des présidentielles de 2012. Plusieurs autres motifs le poussaient aussi à retirer ses troupes. D’abord le bilan de la présence des forces américaines en Afghanistan était devenu assez lourd sur le plan humain et financier. Outre les pertes humaines qui ne cessent de s’alourdir sous le feux des attaques talibanes, l’opération américaine coûte 10 milliards de dollars par mois, soit plus de 1 000 milliards en 10 ans. Puis un récent sondage montre qu’environ 60 % des Américains sont favorables au départ des troupes américaines d’Afghanistan, devenue un vrai cimetière. La perspective de l’élection présidentielle en novembre 2012 oblige donc Obama à satisfaire l’opinion publique. En annonçant son plan de retrait, il espérait satisfaire le camp démocrate qui l’incitait depuis longtemps à retirer le plus vite possible ses « boys » du bourbier afghan. Pourtant, la décision d’Obama a largement déçu les Démocrates qui souhaitaient un retrait plus rapide et plus définitif de toutes les troupes. « La décision du président est une initiative positive, même la situation sur le terrain exige un retrait beaucoup plus important dès cette année », estime ainsi Carl Levin, sénateur démocrate.

Entre optimisme et pessimisme

Optimiste, le chef de l’Onu, Ban Ki-moon, a salué l’annonce par le président Barack Obama du retrait du tiers des forces américaines d’Afghanistan, estimant qu’il marquait « le début d’une transition » vers un pays responsable de son destin. De sa part, le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, a estimé que les « progrès » réalisés en Afghanistan permettaient ce retrait partiel. « Les talibans sont sous pression. Les forces de sécurité afghanes se renforcent chaque jour et pourront prendre le relais des forces internationales en 2014 », a-t-il dit. Partageant le même enthousiasme, le chef de l’Etat afghan, Hamid Karzaï, a salué la décision du président Obama. « Nous considérons que c’est une bonne mesure pour eux comme pour l’Afghanistan et nous la soutenons », a-t-il dit, considérant qu’il s’agissait d’un pas vers la prise en charge par le peuple afghan de la défense de son propre territoire. Malgré cet enthousiasme, maints défis attendent M. Karzaï car, après le départ des troupes, l’Afghanistan s’enlisera dans l’abîme des violences talibanes, il ne sera pas une démocratie exemplaire ou une utopie comme l’espérait M. Karzaï. Selon les analystes, les talibans, qui ont transformé l’Afghanistan en un vrai « enfer » pour les forces internationales pendant toute une décennie, feront de leur mieux pour récupérer le pouvoir d’où ils étaient chassés en 2001. Bien plus, l’armée et la police afghanes ne sont pas encore à la hauteur de la responsabilité cauchemardesque qui leur incombe. Il reste, en principe, trois ans et demi pour que les Occidentaux finissent de former les forces de sécurité et une administration afghanes capables de sécuriser et servir l’ensemble du pays. Or, tous les responsables américains admettent que cette période ne sera pas suffisante. Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a d’ores et déjà appelé Kaboul à « redoubler d’efforts » car maints points faibles pourraient entraver le bon déroulement de la transition en Afghanistan (corruption, manque d’entraînement, guerres ethniques, absence de dialogue avec les rebelles...), qui minent l’armée et la police afghanes, fortes aujourd’hui de 300 000 hommes. Selon la plupart des analystes, l’échéance de 2014 est irréaliste, car l’armée afghane ne sera pas capable de faire face à une insurrection qui se renforce.

Cette vision pessimiste des choses a sa part de crédibilité puisque les rebelles n’ont pas favorablement accueilli la décision d’Obama, la qualifiant de « symbolique » et d’« insuffisante ». « La solution à la crise afghane réside dans le retrait total et immédiat de toutes les troupes étrangères », ont défié les insurgés. Les talibans ont toujours fait publiquement du retrait total de toutes les « forces étrangères d’occupation » un préalable impératif à toutes négociations de paix. Bien que le président afghan et le secrétaire américain à la Défense aient déclaré la semaine dernière que des pourparlers ont déjà commencé entre les talibans et la direction américaine pour instaurer la paix dans le pays, les rebelles n’ont cité aucun contact avec les Américains, accusant les Etats-Unis d’avoir donné plusieurs fois de faux espoirs de fin de la guerre à leur nation. D’ores et déjà, une seule réalité semble indéniable : le futur de l’Afghanistan serait obscur car tout retrait hâtif signifierait le chaos pour l’Afghanistan et l’enfer pour les Afghans. Tant sur le plan civil que militaire, le travail est loin d’être terminé en Afghanistan.

Maha Al-Cherbini

 




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