Al-Ahram Hebdo, Enquête | Pour un procès sans compromis]

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 Semaine du 1er au 7 juin 2011, numéro 873

 

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Enquête

Moubarak . L’ancien chef de l’Etat a été déféré devant le Tribunal pénal pour meurtre et corruption. De nombreux Egyptiens dénoncent la lenteur des procédures.

Pour un procès sans compromis

C’est la première fois dans l’histoire de l’Egypte qu’un ancien chef de l’Etat soit condamné par un tribunal. Avec deux de ses anciens ministres, Hosni Moubarak a été condamné à une amende de 540 millions de L.E. pour avoir « porté préjudice à l’économie » nationale en coupant Internet et le téléphone mobile pendant la révolution du 25 janvier. Cette somme correspond au coût estimé de la coupure de ces moyens de communication pendant 5 jours décidée par le gouvernement. Le président déchu, son ancien premier ministre, Ahmad Nazif, et l’ex-ministre de l’Intérieur, Habib Al-Adely, ont été respectivement condamnés à payer à l’Etat 200 millions, 40 millions et 300 millions de L.E.

Tout aussi « historique » qu’il soit, ce précédent a été éclipsé par un autre. Celui de la décision, quelques jours plus tôt, du procureur général, Abdel-Méguid Mahmoud, de déférer l’ex-président et ses fils Alaa et Gamal devant un tribunal pénal. Ils sont accusés cette fois d’avoir « planifié le meurtre de certains participants aux manifestations pacifiques de la révolution du 25 janvier » et d’avoir abusé de leur position pour s’enrichir. Selon un bilan officiel, 846 personnes ont été tuées et 6 000 blessées entre le 25 janvier et le 11 février 2011. S’il est reconnu coupable, l’ex-président est passible de la peine capitale, avait affirmé le ministre de la Justice Abdel-Aziz Al-Guindi. Le tribunal décidera de la date du procès dès qu’il aura reçu le dossier que le Parquet doit lui envoyer dans les jours à venir, a indiqué une source judiciaire.

En fait, les procès relatifs à la corruption ou dont les jugements impliquent un remboursement des fonds détournés ou dilapidés, loin de propager de la satisfaction auprès d’une population « qui a soif de justice », provoquent plutôt des vagues de protestations. Les Egyptiens réclament le jugement des caciques de l’ancien régime, l’ex-président en premier lieu, pour leurs « crimes politiques ».

La plupart des Egyptiens jugent la détention préventive de Hosni Moubarak dans un hôpital luxueux de népotisme non justifié. Ils protestent notamment contre une lenteur jugée parfois intentionnelle, et souvent incompréhensible des poursuites contre Moubarak, sa famille et son régime. Jusqu’à présent, le lieu des audiences (Le Caire ou Charm Al-Cheikh) n’a pas été précisé. L’armée a annoncé que le procès se déroulera au Caire alors que le ministre de la Justice affirme que les rapports médicaux sur l’état de santé de l’ex-président et la difficulté pour le ministère de l’Intérieur à sécuriser les lieux ne permettent pas le déroulement du procès au Caire.

Le 13 avril, l’ancien raïs avait été placé en détention préventive à l’hôpital international de Charm Al-Cheikh, station balnéaire sur la mer Rouge où il s’est réfugié après sa chute. Alaa et Gamal sont, eux, dans la prison de Torah, au Caire.

« Cette semaine, un professeur a été déféré à la justice le lendemain de la diffusion d’une vidéo où il battait des enfants. Alors que ceux qui ont commis des meurtres prémédités contre des manifestants pacifiques au vu et au su de tout le monde ne provoquent pas autant d’indignation », constate Amal Charaf, activiste du mouvement du 6 Avril.  

Un tribunal révolutionnaire pour le jugement

Face à cette lenteur, de plus en plus de personnes sont prêtes à croire que seul un tribunal révolutionnaire, voire exceptionnel, est à même de juger les hommes de l’ancien régime. « Hosni Moubarak doit comparaître devant la justice comme un citoyen ordinaire. Personne n’est au-dessus de la loi. Ses crimes dépassent de loin ceux qui lui ont été attribués. Il nous a volés pendant 30 ans, il nous a volé la vie, la santé et la dignité », s’indigne Mohamad Aboul-Ela, vice-président du Parti nassérien. Il a présenté un mémorandum au Conseil militaire réclamant la formation immédiate d’un « tribunal révolutionnaire » pour juger Moubarak et les prévaricateurs de son régime. Selon Aboul-Ela, la loi civile souffre de lacunes que ces derniers « utiliseront sûrement à leur profit ».

Un souci partagé par Adel Eïd, directeur de l’initiative arabe des droits de l’homme, qui trouve indispensable de purger les institutions de l’Etat avant de procéder au jugement des hommes de l’ancien régime. « La révolution n’a réussi qu’à écarter Moubarak. Ses institutions juridiques et politiques sont toujours là. Comment peut-on s’attendre à un jugement équitable sous des lois taillées hier par les accusés d’aujourd’hui ? », se demande-t-il. « Des dizaines de lois sur les investissements ont été spécialement adaptées aux intérêts des anciens responsables, même les crimes contre les manifestants peuvent être justifiés à travers la loi d’urgence qui interdisait les manifestations », cite Eid à titre d’exemple.

Une « expérience » qui ne fait toutefois pas l’unanimité. « La révolution du 25 janvier a le mérite d’avoir renversé le régime tout en épargnant les institutions de l’Etat, dont la Justice », estime Amr Al-Shobaki, du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. En outre, il souligne le danger de ces demandes sur le processus de démocratisation. Il se sert de l’exemple de la révolution iranienne de 1979 « qui a commencé par des jugements exceptionnels des symboles du régime du Shah, avant de se retourner contre tous les opposants, considérés comme ennemis du nouveau régime de Khomeiny ». Al-Shobaki estime que le fait de demander aux magistrats de se politiser ou de juger au gré de la rue est contraire au principe même de la justice revendiquée.

Le magistrat Mahmoud Al-Khodeiri pense, de son côté, que le procès de Moubarak peut s’étendre sur des mois. Pour lui, ce qui compte ce n’est pas la durée, mais « c’est que les gens voient que la procédure est irréprochable ». Pour les rassurer, « il est important d’en ôter le caractère mystérieux, et que les audiences soient retransmises en direct, sinon, la population ne croira pas à l’intégrité de la procédure », estime-t-il.

May Al-Maghrabi

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