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Labib Al-Sebai
 
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 Semaine du 4 au 10 mai 2011, numéro 869

 

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Syrie. Le Baas, au pouvoir en Syrie, a renoncé suite aux coups d’Etat qui ont amené la dynastie Al-Assad aux notions de démocratie et s’est érigé en parti unique.

Un parti qui a trahi ses principes

Le Parti-nation, et le Parti-Etat. C’est le paradoxe dans lequel a vécu le parti Baas pendant cinq décennies à la tête du pouvoir en Syrie. Ce parti a traversé un long parcours commençant par préconiser l’idée du nationalisme pour s’en tenir à consolider un régime autoritaire à Damas.

Il s’agit du plus ancien parti politique dans tout le Machreq. C’est dans un café à Damas, le 7 avril 1947, que Michel Aflak, un chrétien orthodoxe, et Salaheddine Bitardu, un musulman sunnite, avec une équipe de jeunes nationalistes arabes, qu’ils ont déclaré officiellement la création du parti Baas arabe socialiste. Le mot Baas veut dire renaissance, d’où le lien avec la notion de progrès. Dans sa charte, on parle d’« une seule nation arabe avec une mission éternelle ». Autrement dit, l’idéologie du parti Baas est donc la réalisation de l’unité arabe, à travers la suppression des frontières tout en permettant la mise en commun des ressources de chaque pays.

En 1953, le Baas fusionne avec le Parti socialiste arabe d’Akram Houarani et se rebaptise Parti Baas arabe socialiste. Il crée des sections en Transjordanie, au Liban et en Iraq. En 1958, la Syrie et l’Egypte décident de s’unir en un seul Etat, en créant ainsi la République Arabe Unie (RAU). Cette République, connaissant un grand échec, est dissoute en 1961, et par la suite, le parti Baas vit dans une longue crise interne. Il entre ensuite dans une phase de clandestinité et prend ses distances avec Nasser, mais aussi avec le dogme de l’unité arabe.

Mais il accède au pouvoir en Iraq et en Syrie respectivement en février et en mars 1963. Arrivé au pouvoir dans ces deux grands Etats arabes, le baasisme a entamé son déclin comme idéologie.

Le parti Baas multiplie en Syrie ses critiques contre la démocratie libérale. En parallèle, il épargne les militaires qui imposent leur domination d’appareil. Hafez Al-Assad, Noureddine Al-Atassi et Salah Jdid forment un coup d’Etat en février 1966 et éliminent leurs rivaux. Et les fondateurs du parti, à commencer par Michel Aflak, prennent le chemin de l’exil. En 1970, Hafez Al-Assad devient président après un coup d’Etat et consacre le monopole du pouvoir par les militaires et de la minorité alaouite, qui est de confession chiite.

A l’image du PND égyptien

Depuis son accession au pouvoir en Syrie, le parti Baas domine incontestablement la scène politique du pays. C’est, en fait, une véritable confusion entre appareil d’Etat et parti politique. Sa suprématie est inscrite dans la Constitution de 1973, qui l’a consacré comme « le parti dirigeant de l’Etat et de la société ». La Constitution donne explicitement au parti Baas la fonction de parti dominant, avec la majorité simple des sièges au Parlement et offre au président de très larges pouvoirs. En effet, le parti Baas détient la majorité des 2/3 dans le Parlement syrien qui compte 250 membres, le reste des sièges, 83, est occupé par des députés indépendants.

Ici, les choses ont changé. L’unité, la liberté, le socialisme, les trois composantes de son idéologie n’existent plus dans son dictionnaire. Durant les 30 ans du règne de Hafez Al-Assad et les 10 ans de son fils Bachar, le pluralisme politique et le principe d’alternance au pouvoir sont toujours absents.

Officiellement parlementaire et laïque, la République syrienne est censée être ouverte au multipartisme. Mais seuls sont tolérés les partis qui composent le « Front national progressiste », une coalition de plusieurs formations autorisées par le parti Baas. Les véritables partis d’opposition prônant la démocratie sont réduits au silence. Des répressions, des intimidations, des arrestations arbitraires et de longues peines de prison sont toujours exercées contre ces partis.

Dans le pays, les décisions sont prises dans le cercle baasisto-alaouite du président et des services de sécurité, la population a un pouvoir électoral très restreint.

Ce n’est pas tout. L’adhésion au parti est fortement conseillée aux Syriens qui veulent accéder à un certain niveau de responsabilité dans la fonction publique. Ce qui explique le grand nombre de ses membres qui comptent environ un million et un demi-million de personnes, dont un demi-million sont des membres actifs. Pourtant, les responsables au pouvoir sont pour la plupart issus parmi les Alaouites. Ils détiennent notamment l’essentiel des postes-clès de l’armée et des services de sécurité tels que les commandants des renseignements militaires, des services de la sécurité spéciale, de la sécurité politique, de la sécurité intérieure et des forces spéciales.

Bachar Al-Assad, qui a hérité le pouvoir en 2000 suite à la mort de son père, a peu à peu vidé ce parti de son idéologie. Il suffit de rappeler que la conférence nationale de juin 2005 a adopté des politiques économiques qui sont en contradiction avec les principes du parti. En effet, le slogan du socialisme adopté par le parti Baas a chuté en adoptant l’abandon progressif du socialisme au profit d’une ouverture économique. Les aides publiques sont réduites en vue d’arriver à la libéralisation. Par conséquent, la corruption et le chômage ont régné.

Aujourd’hui, le parti Baas, qui a pris l’habitude en ce mois d’avril de fêter l’anniversaire de sa fondation, se trouve obligé de changer de plan. Pour son 64e anniversaire qu’il devait célébrer cette année, les choses sont différentes et les célébrations ne se font plus entendre face à ces fortes vagues de protestations.

Chaïmaa Abdel-Hamid
Aliaa Al-Korachi

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Chronique de la révolte syrienne

 

15 mars
A Damas, rassemblement à l’appel d’une page Facebook pour une « Syrie sans tyrannie, sans loi sur l’état d’urgence, ni tribunaux d’exception ».

16 mars
Manifestation « silencieuse » à Damas rassemblant 150 parents et amis de prisonniers politiques. Quatre manifestants sont tués et des dizaines blessés par les forces de l’ordre à Deraa, près de la frontière jordanienne.

18 mars
Manifestations à Deraa pour la liberté politique et la fin de la corruption en Syrie.

20 mars
Les manifestants continuent de réclamer la levée de l’état d’urgence, en vigueur de longue date en Syrie, qui interdit toute opposition politique. La foule incendie le siège du Baas à Deraa.

21 mars
Des centaines de membres des forces de l’ordre sont déployés dans les rues de Deraa, mais ne répriment pas les milliers de personnes en deuil, rassemblées en hommage aux manifestants tués dans la ville.

22 mars
Cinquième jour consécutif de manifestations contre le gouvernement ; des centaines de personnes manifestent dans les villes de Deraa et Nawa, dans le sud du pays.

23 mars
Les forces ouvrent le feu sur des centaines de jeunes venus participer à un rassemblement de solidarité. Fayçal Kalsoum, gouverneur de Deraa, est démis de ses fonctions par le président Assad.

24 mars
Les conseillers du président Assad déclarent que ce dernier a donné l’ordre de former un comité pour élever le niveau de vie et étudier l’abrogation de la loi d’urgence.

26 mars
La révolte gagne Lattaquié dans le nord-ouest. Le régime tente de calmer la crise en libérant 260 prisonniers politiques.

27 mars
Présence militaire accrue à Deraa.

28 mars
Les forces de sécurité tirent en l’air pour disperser des centaines de manifestants à Deraa.

29 mars
Démission du gouvernement. Les partisans d’Assad défilent en masse dans le centre de Damas.

30 mars
Dans son premier discours majeur depuis le début des manifestations, Assad accuse un complot international de manipuler les opposants.

1er et 2 avril
Arrestations massives à Damas, Douma et Homs.

8 avril
Les forces de sécurité ouvrent le feu sur les manifestants dans l’ensemble de la Syrie, faisant pas moins de 26 morts, principalement à Deraa.

10 avril
On parle de tirs, de nombreux blessés et 200 arrestations dans la ville côtière de Banias, à 300 kilomètres au nord-ouest de Damas, à la suite d’affrontements dans la région.

12 avril
Le gouvernement accorde la citoyenneté aux Kurdes majoritaires dans le nord, dont un certain nombre étaient privés de la nationalité syrienne depuis 50 ans.

13 au 16 avril
L’ancien ministre de l’Agriculture Adel Safar forme un nouveau gouvernement, chargé de mener des réformes. Assad promet de révoquer l’état d’urgence. Manifestations à Douma et Banias.

Du 17 au 20 avril
La répression continue. Onze personnes sont tuées par les forces de sécurité à l’occasion des manifestations à Homs et dans une ville voisine. Washington appelle Damas à cesser les violences.

21 avril
Le président syrien met fin à l’état d’urgence qui prévalait durant cinq décennies et autorise les manifestations pacifiques. Des mesures insuffisantes, selon l’opposition.

22-24 avril
Une vingtaine de manifestants sont tués dans de nouvelles manifestations à Deraa et dans la région de Damas. Des témoins affirment que 25 autres personnes sont tuées par balle en marge des funérailles.

25 avril
L’armée intervient. Des milliers de soldats investissent Deraa, faisant des dizaines de morts parmi les civils.

30 avril
Six habitants et un militaire ont péri samedi à Deraa, assiégée depuis six jours par l’armée syrienne, alors que les militants se préparaient à de nouvelles manifestations dès dimanche, à la septième semaine d’une contestation inédite contre le régime d’Al-Assad.

1er mai
L’armée et les forces de sécurité syriennes ont procédé à de nombreuses arrestations dans la ville de Deraa, encerclée depuis une semaine, alors que les opposants ont appelé à des manifestations dans le pays pour « la levée du siège ».

 

 




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