Al-Ahram Hebdo, Evénement | Un peuple face au tyran

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 Semaine du 4 au 10 mai 2011, numéro 869

 

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Syrie . Le régime de Bachar Al-Assad, de plus en plus contesté, utilise la force contre les manifestants de manière brutale. Il profite cependant d’une certaine faiblesse de l’Occident à son égard.

Un peuple face au tyran

La contestation contre Assad fils est un fait inédit en Syrie. Mais voilà sept semaines déjà que les manifestations ébranlent le pays. Des manifestations qui, au départ, réclamaient la liberté et la fin de la corruption avant d’exiger la chute du régime. Le mouvement, en provenance du Maghreb arabe, frappe le Machreq en direction de l’un des pays les plus grands et plus importants stratégiquement dans la région. Ce printemps, qui a porté ses fruits en Tunisie et en Egypte en moins d’un mois, s’est-il arrêté aux portes de Damas, repoussé par une répression violente des protestations ?

Deraa, symbole de la révolte populaire et ville assiégée par l’armée dans une opération de « traque des groupes terroristes » — comme la décrivent les responsables syriens — est l’un des exemples de cette répression sanglante. Depuis le début de la contestation syrienne le 15 mars, le régime d’Al-Assad accuse des « gangs criminels armés » ou des « groupes terroristes » d’être à l’origine des violences.

Des habitants ont trouvé la mort sous les balles de l’armée et des militants ont été arrêtés. C’est Maher, frère de Bachar Al-Assad, qui aurait dirigé l’opération de répression.

Des interpellations ont eu lieu dans les villes de Rakka et Kamichli et dans les faubourgs de Damas. Mais les militants en faveur de la démocratie ont promis de nouvelles manifestations sous le slogan « Semaine de la levée du siège », en allusion à Deraa et Douma, les deux villes encerclées.

Les Syriens semblent avoir appris de leurs confrères tunisiens et égyptiens en surmontant le mur de la peur et en bravant les interdictions sécuritaires et offrant des morts en faveur de « la liberté ».

« La liberté par un simple non, et elle se rapproche », écrivent les militants syriens sur Twitter.

Mêmes réactions, mêmes erreurs

Le régime, lui, n’aurait pas assimilé la leçon des ses frères de la Ligue arabe : Ben Ali et Moubarak, et semble autant qu’eux attaché au trône. Il réagit de façon presque identique dans son recours à la force et donne l’ordre à son armée de tirer sur le peuple. Les ONG de défense des droits de l’homme évoquent la mort d’au moins 600 personnes depuis le début de la révolte. Des chiffres contestés par le régime qui évoque la mort de « terroristes ».

Assad, qui avait succédé à son père à la tête du pays il y a 11 ans, utilise le même vocabulaire que les ex-présidents tunisien et égyptien et s’efforce de prendre des mesures qui ne diffèrent presque pas de celles qu’adopte Ali Saleh au Yémen et fait appel à l’armée, à l’instar de Kadhafi en Libye.

Il y a deux semaines, Bachar Al-Assad décide ainsi de lever l’état d’urgence en vigueur depuis un demi-siècle. Trop tard ! Les manifestants, qui réclamaient au départ la levée de cet état d’urgence qui imposait des restrictions draconiennes, exigent désormais le départ du fils qui leur était imposé par le père dans une république monarchique.

Le régime fait la sourde oreille aux exigences et annonce dans un nouveau lifting la création de trois comités pour « étudier des réformes politiques, judiciaires et de sécurité, économiques et sociales, avant de les soumettre au gouvernement pour être discutées et adoptées ». Une annonce faite par l’agence de presse officielle sans autre précision.

Entre-temps, le parti Baass, au pouvoir, similaire au Parti National Démocrate (PND) de Moubarak, et qui dirige le pays depuis 1963, a enregistré la démission de quelques centaines de membres (lire page 5).

Rien n’indique pourtant que le cercle au pouvoir autour d’Assad est en train de se briser. L’armée, l’élément le plus important dans l’équation et qui était un facteur décisif dans le cas tunisien et égyptien en refusant de tirer sur les manifestants, lui reste fidèle.

Les révoltes font peur à l’Occident

Le régime syrien compte sur une réticence occidentale à dénoncer les crimes commis par le régime. Une intervention à la libyenne est par ailleurs inenvisageable sur le territoire syrien. L’Occident n’a pas hésité longtemps à intervenir en Libye alors que pour la Syrie, il s’est contenté de quelques menaces et de sanctions sans véritable importance, puisque la Syrie est déjà soumise à un régime de sanctions américaines. Barack Obama s’est limité à une mesure sans intérêt en sanctionnant trois proches de Bachar, notamment son frère et l’un de ses cousins dont il a gelé les avoirs aux Etats-Unis.

Dans le New York Times, l’ancien diplomate américain au Proche-Orient, Martin Indick, estime que « si le nombre de morts se compte par dizaines de milliers, Washington devra envisager une intervention humanitaire ». Mais pas plus ! Autant que l’Egypte, la situation chez les Assad inquiète l’Occident. Même si elles détestent le régime syrien, les diplomaties occidentales craignent que s’il est renversé, les options qu’ils redoutent le plus soient désormais possibles. Ils ne veulent pas d’un lendemain incertain dans un pays allié de l’Iran, de la Turquie, du Liban, du Hezbollah et du Hamas et dont l’influence rejoint même l’Arabie saoudite et s’étend jusqu’à la Russie.

L’après-Bachar, pensent nombre d’observateurs, ouvrira la porte à une islamisation ou une libanisation religieuse de la Syrie, dominée aujourd’hui par la secte chiite minoritaire des Alaouites, dont fait partie le clan Assad. Une Syrie sans Bachar serait encore plus dangereuse à leurs yeux et notamment pour les Israéliens qui occupent toujours le territoire syrien du Golan. A tel point que Benyamin Netanyahu a demandé à ses ministres d’adopter un profil bas à propos de la Syrie. Même Ankara redoute une déstabilisation de la Syrie qui risquerait de se répercuter dans les régions kurdes de la Turquie. Ankara a ainsi dépêché des émissaires à Damas pour tenter de convaincre le régime syrien de renoncer à la force et d’entamer des réformes démocratiques. Il faudrait aussi regarder du côté de Téhéran pour voir si le régime iranien serait près à lâcher son allié de longue date.

Pourtant, tous les ingrédients sont réunis pour un changement en Syrie. Les revendications des manifestants augmentent et le nombre croissant des victimes contribue à la fin du régime. Il finira par tomber un jour ou l’autre, mais quand ?

Samar Al-Gamal

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