Al-Ahram Hebdo, Monde | L’insécurité : une préoccupation majeure

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 Semaine du 25 au 31 mai 2011, numéro 872

 

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Afghanistan . Tiraillé entre les attaques talibanes et les manifestations sanglantes, le pays s’enlise dans l’insécurité. De quoi inquiéter, alors que le retrait des troupes de l’Otan est prévu en 2014.

L’insécurité : une préoccupation majeure

Instable, déchirée et déstabilisée. Tels sont les trois adjectifs qui qualifient la situation dans « le bourbier afghan », alors que les forces de l’Otan doivent commencer, en juillet, à transférer à leurs homologues afghanes la responsabilité de la sécurité du pays, avec pour objectif de parvenir à un retrait complet d’ici fin 2014.

Outre les menaces talibanes quasi-quotidiennes, une série de graves manifestations meurtrières ont éclaté cette semaine dans le nord-est de l’Afghanistan avec pour slogan « Mort à Karzaï, mort à l’Amérique ! », afin de réclamer justice, après un raid de l’Otan qui aurait tué quatre civils d’une même famille la semaine dernière. Pour disperser les milliers de manifestants, la police a utilisé des canons à eau et a tiré à balles réelles alors qu’une partie de la foule attaquait un complexe de la police et a mis le feu à des motos. Selon un communiqué publié cette semaine par la mission de l’Onu en Afghanistan (Unama), ces violentes manifestations ont fait 14 morts et 87 blessés. Dans son communiqué, l’Unama s’est dit profondément inquiète des récents événements, où la tension reste importante et exhorte toutes les parties au calme et à la retenue.

Pour contenir la colère de son peuple, le président afghan Hamid Karzaï a tenté samedi de se disculper en condamnant l’opération de la force de l’Otan en Afghanistan (Isaf), la qualifiant d’« unilatérale ». Le président afghan a également promis qu’il entamerait « une enquête exhaustive sur la mort des quatre civils et demanderait des explications au commandant de l’Otan » en Afghanistan, le général américain David Petraeus. L’Isaf avait reconnu avoir tué, dans la province de Takhar, 4 personnes, dont 2 femmes armées, lors d’une opération contre un complexe supposé abriter une base du Mouvement Islamique d’Ouzbékistan (MIO), un groupe islamiste ouzbek qui serait affilié à Al-Qaëda.

Outre cette vague de colère populaire qui fragilise le pouvoir du président afghan, une série d’attaques talibanes ont aussi secoué l’Afghanistan cette semaine. Une façon de faire d’une pierre deux coups : d’une part, prouver aux Américains que l’épine des talibans demeure incassable en Afghanistan comme au Pakistan, même après la mort de Bin Laden et, d’autre part, inciter les forces de l’Otan à quitter l’Afghanistan le plus vite possible, dans l’espoir de récupérer le pouvoir d’où la milice islamiste a été chassée en 2001. Dimanche, au moins 3 personnes ont été tuées dans l’attaque d’un quartier général de la police routière à Khost, dans l’est de l’Afghanistan, alors que la veille, 6 personnes ont été tuées et 23 blessées dans l’explosion survenue à l’hôpital militaire de Kaboul. Samedi toujours, deux attaques séparées près de la frontière pakistano-afghane ont fait une quinzaine de morts lors d’un incendie, provoqué par des bombes, d’un camion-citerne de l’Otan qui faisait route vers l’Afghanistan. Sans oublier que la plus grande partie des approvisionnements et des équipements destinés aux militaires de l’Otan en Afghanistan sont acheminés à travers le Pakistan, même si les Etats-Unis tentent de négocier d’autres voies de transport à travers l’Asie centrale.

Détruire les axes routiers

Intensifiant leurs frappes, les talibans ont également tué cette semaine 36 employés d’une entreprise de construction dans l’est du pays. Selon les experts, ce genre d’attentat qui vise les chantiers routiers est très fréquent en Afghanistan, car les talibans veulent détruire les axes routiers les plus importants pour rendre difficiles les mouvements des troupes internationales, ou peut-être aussi pour les isoler, afin d’enlever les employés et exiger une rançon. D’aucuns vont jusqu’à affirmer que certaines entreprises de construction payaient les insurgés pour éviter que leurs chantiers soient attaqués.

D’ores et déjà, une réalité semble indiscutable : les talibans ont largement réussi à organiser leurs rangs et à fixer leur stratégie dans le seul objectif d’évacuer les forces étrangères du pays. Déjà, leur stratégie a commencé à remporter ses fruits, puisqu’une récente étude de l’armée américaine sur la santé mentale des troupes vient de révéler que l’intensité des combats en Afghanistan plombe le moral des soldats américains et accroît le nombre de militaires souffrant de stress post-traumatique.

A la lumière de cette situation inquiétante qui n’augure rien de bon, plusieurs ONG ont affirmé cette semaine l’incapacité des forces afghanes à prendre le relais des forces étrangères d’ici 2014, surtout qu’elles sont accusées d’atteinte aux droits de l’homme. « Les forces nationales de sécurité afghanes (ANSF) ont été responsables de 10 % des morts civiles en 2010 en Afghanistan, et cette statistique ne rend pas pleinement compte de l’ampleur des maux infligés à la population civile par les ANSF », affirment les ONG. Parmi les atteintes présumées aux droits de l’homme de la part des forces afghanes, les ONG citent des raids nocturnes menés sans les précautions nécessaires pour protéger les civils, l’enrôlement d’enfants et les sévices sexuels qui leur sont infligés, ou encore les mauvais traitements de prisonniers.

Dans une tentative de calmer les Afghans qui craignent que le retrait de l’Otan fasse du pays une proie facile aux talibans, un haut responsable militaire britannique, le général James Bucknall, qui commande le contingent britannique en Afghanistan, a affirmé que les Occidentaux ne vont pas « abandonner » l’Afghanistan à son sort après le transfert par la coalition internationale de la responsabilité de la sécurité aux forces afghanes d’ici fin 2014. D’autres vont encore plus loin. « Nous ne partirons pas jusqu’à ce que les Afghans puissent assurer leur sécurité de manière indépendante », a déclaré le représentant spécial de l’Alliance pour la région du Caucase et de l’Asie centrale, James Appathurai, selon lequel l’Otan pourrait rester en Afghanistan après 2014, pour aider le pays dans tous les domaines où ce sera nécessaire.

Les Etats-Unis et leurs alliés de l’Otan, qui comptent environ 140 000 soldats en Afghanistan, s’étaient mis d’accord l’an dernier pour confier la responsabilité de la sécurité de l’ensemble du pays aux forces afghanes d’ici fin 2014. Réalisant la gravité d’une telle transition, plusieurs influents sénateurs américains avaient mis en garde, la semaine dernière, le président Barack Obama contre un retrait précipité et arbitraire des troupes américaines d’Afghanistan prévu en juillet. « Un retrait précipité d’Afghanistan serait une erreur », a estimé le sénateur démocrate, John Kerry. Selon les analystes, le retrait de l’Otan est, en effet, trop risqué, car il ne ferait qu’enhardir l’épine des talibans qui tenteraient à tout prix de récupérer le pouvoir d’où ils étaient chassés en 2001. Cette hypothèse, une fois réalisée, réduirait en poudre les efforts monstres des Occidentaux tout au long de toute une décennie en Afghanistan, c’est-à-dire que ce serait un retour à la case départ pour les pays de l’Otan, et surtout pour les Etats-Unis.

Maha Al-Cherbini

 




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