Al-Ahram Hebdo,Dossier | Ahmad Yéhia Abdel-Hamid, « Il y a une mauvaise lecture de la société égyptienne de l’après-révolution »

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 Semaine du 18 au 24 mai 2011, numéro 871

 

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Dossier

Insécurité . Ahmad Yéhia Abdel-Hamid, professeur de sociologie politique à l’Université du Canal de Suez, estime que la vision des autorités égyptiennes n’est pas claire, d’où ce chaos.

« Il y a une mauvaise lecture de la société égyptienne de l’après-révolution »

Al-Ahram-Hebdo : Quelle lecture faites-vous des actes de violence qui augmentent d’un jour à l’autre en Egypte et qui se contredisent avec l’euphorie de la victoire qu’a créée la révolution ?

Ahmad Yéhia : Il existe, en fait, une règle sociale qui dit qu’en l’absence de la sécurité dans une société donnée, ceci entraîne des déséquilibres et des défauts qui affectent les autres institutions de la société. La sécurité est l’élément le plus important dans la protection de l’individu, des institutions et de toute la société. Toutefois, cette affaire est liée à la nature de la relation entre les services de sécurité et les individus. A chaque fois que cette relation est positive et basée sur la coopération et la participation, la performance de la sécurité va être en faveur de la société, mais si cette relation est basée sur l’autoritarisme, son impact sur la société sera négatif.

— Que pensez-vous de la situation actuelle en Egypte ?

— Malheureusement, l’Egyptien a senti cette négativité tout au début de la révolution. Et le retrait des forces de sécurité a été une occasion pour le lancement de ce qu’on nomme la baltaga sociale, le banditisme social, qui a touché tous les domaines. En fait, cette baltaga prend plusieurs formes très évidentes ces jours-ci dans la société égyptienne. « La baltaga politique » est menée par quelques groupuscules qui portent la veste de la religion pour obtenir des bénéfices politiques qu’ils ne méritent pas. Alors que « la baltaga sociale » est basée sur l’intimidation des citoyens par l’utilisation des armes et de la violence. « La baltaga économique » fait aussi partie de la liste, basée sur l’exploitation par les commerçants de la situation d’insécurité pour réaliser des profits aux dépens des citoyens. Mais le plus dangereux de tous ces types, c’est « la baltaga médiatique et culturelle » qui se présente dans le discours général culturel, religieux et institutionnel qui se propage.

— Pouvez-vous mieux définir la baltaga politique ?

— Au moment où plusieurs personnalités appellent à la liberté, la démocratie et la primauté du droit, on trouve d’autres groupes politiques qui appellent au retour au passé et à la pratique des systèmes politiques et religieux qui ne conviennent pas à la situation actuelle, sous prétexte de l’application de la charia pour réaliser des gains politiques spéciaux. On peut citer les Frères musulmans, les salafistes et la Gamaa islamiya (groupe islamiste). Le plus périlleux dans cette affaire, c’est de donner l’occasion à des figures des groupes islamistes qui ont été emprisonnées, comme Abboud Al-Zomor, de retourner une autre fois sur la scène politique. On dit que le gouverneur d’Assiout l’a reçu comme un grand et a organisé un colloque et un festival en son honneur.

Le plus risqué aussi c’est de recourir au cheikh salafiste Hassane pour résoudre des problèmes confessionnels.

Tout ceci fait partie de la baltaga politique. Il y a une mauvaise lecture de la société égyptienne de l’après-révolution. La gestion de la société par les autorités, soit le Conseil militaire ou le gouvernement transitoire, n’est pas du tout claire.

— Mais qu’est-ce qui renforce cette baltaga politique ?

— Il est connu qu’un contrat engage ceux qui l’ont signé. Après la révolution, la société égyptienne a changé. La première chose qu’on a dû faire alors, c’est changer la Constitution pour mettre des règles et savoir quels sont nos devoirs et nos droits.

Mais on souffre d’un désordre complet avec l’absence de toutes les composantes d’une vie normale, comme l’absence de l’institution présidentielle, un gouvernement normal et non transitoire, le Parlement, la Constitution et aussi l’institution sécuritaire. Comment peut-on imaginer la situation en l’absence de ces 5 composantes importantes de la société ?

La question est vraiment dangereuse. Elle nécessite une position ferme pour mettre fin à la baltaga politique et appliquer la loi afin de récupérer l’autorité de l’Etat. Autrement, il y aura plus de conflits entre les courants islamistes et le reste de la société.

— La plupart des incidents survenus prennent la forme sectaire, qu’en pensez-vous et qui sont les instigateurs ?

— Il n’existe pas de conflit sectaire en Egypte depuis longtemps. Mais il existe une sédition confessionnelle mue par ceux qui ont des intérêts à l’intérieur et à l’extérieur de l’Egypte. Ceux-ci tentent de soulever la question par la baltaga pour parvenir à leurs objectifs tout en exploitant l’absence des forces de sécurité. Ces incidents n’ont pas du tout une base religieuse.

Parmi les gens impliqués dans ces affaires à l’intérieur, on peut citer les sbires du PND, les groupes islamistes. D’autres parties extérieures jouent aussi le rôle d’enflammer plus la situation pour éviter la répétition de l’expérience de la révolution égyptienne dans leurs sociétés, comme l’Arabie saoudite. Dans cette affaire, on ne peut pas ignorer l’implication d’Israël et du Mossad.

— A votre avis, l’Egyptien est-il violent par nature ?

— La violence n’est pas dans la nature de l’Egyptien mais celle-ci prend de l’ampleur au cas où quelqu’un toucherait ses trois symboles : la religion, la terre ou l’honneur. Tous les incidents qui ont secoué récemment la société égyptienne concernent une histoire d’amour. Cherchez la femme : Wafaa, Camélia et finalement Abir.

Propos recueillis par Aliaa Al-Korachi

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