Al-Ahram Hebdo, Economie | Un libéralisme ambigu

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Labib Al-Sebai
 
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 Semaine du 13 au 19 avril 2011, numéro 866

 

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Economie

Frères Musulmans . Ils viennent d’annoncer un programme économique libéral avec une juste répartition des richesses. Un objectif difficile à réaliser vu les différences de perception dans la confrérie.

Un libéralisme ambigu

Une économie libérale assurant l’égalité sociale. Tel est le slogan du programme économique des Frères musulmans. Le nouveau projet de la confrérie adopte les mêmes principes que ceux du cabinet Nazif : un marché libre et ouvert au monde. Mais « l’application des lois régissant cette orientation est différente », tempère Achraf Badreddine, Frère musulman et ancien parlementaire. Il poursuit : « La lecture de notre projet économique souligne la différence de vision. Nous avons une analyse différente de l’économie libérale. Un marché libre implique plutôt d’utiliser les capacités du secteur privé et les forces internationales pour améliorer la situation du pays. Et non le contraire ».

L’Egypte s’est en fait tournée vers une politique libérale dès les années 1970, après une longue période de socialisme. Le gouvernement contrôlait tous les projets et précisait même le prix des produits de base. En 1971, la Constitution a été modifiée pour annoncer le début d’une ère libérale où l’Etat se contentait d’un rôle de surveillance et le secteur privé est devenu le pilier de toute activité économique. Ce libéralisme a pris une plus grande ampleur en 2004 avec l’arrivée du cabinet Nazif.

« La corruption et le monopole exercé par le lobby d’une élite d’hommes d’affaires ont apporté des résultats inverses. Pauvreté, chômage, inégalité dans les revenus … Une longue liste des symptômes d’un système libérale handicapé », explique Badreddine. Or, « notre objectif est de pouvoir mettre en place un système libéral juste, résume-t-il.

Rôle essentiel au secteur privé

La confrérie énumère les principes de son programme, et en parallèle, annonce des mécanismes assurant une justice sociale. Accorder un rôle croissant, voire essentiel au secteur privé, attirer des investissements étrangers, développer les exportations, s’ouvrir au monde et respecter les conventions internationales. Comme le clarifie Badreddine, il s’agit de lutter contre les monopoles des entités privées sur les produits stratégiques, assurer un salaire minimum aux employés, et même restructurer tout le système des salaires. Bref, assurer une justice sociale entre les différentes classes de la société. « La privatisation, par exemple, est un moyen d’améliorer ou de sauver une entité publique. C’est une solution ultime à envisager si les ressources de l’Etat sont incapables de la sauver, et non une autorisation de vendre toutes les propriétés de l’Etat », dit Sameh Al-Barqi, un jeune Frère et expert économique.

Pour ce qui est de l’octroi des terrains, dossier épineux ces jours-ci, Al-Barqi assure que la confrérie plaide plutôt pour le système BOT (Build, Operate, Transfer). « Nous ne sommes pas obligés de vendre nos richesses. C’est un autre point de différence ».

La confrérie a précisé des mécanismes afin de réaliser ces objectifs. Entre autres, des privilèges — subventions et exemptions douanières — pour les investisseurs visant des projets lourds et ayant recours à une forte main-d’œuvre. Et non des projets de service qui n’offrent aucune valeur ajoutée au pays. Il faut aussi rééchelonner le système des taxes afin d’imposer des taxes progressives, car « les riches doivent payer un peu plus pour augmenter les ressources des pays », comme l’évoque le programme.

Pas si original

Quand les membres de la confrérie parlent de leur programme économique, il n’apparaît pas si original. Or, comme le révèle Sameh Al-Barqi, un des jeunes Frères et expert économique, il y a une ambiguïté sur quelques articles. « Elle provient peut-être d’un manque d’expérience, de formulation économique loin de la charia et d’un manque d’expérience dans le domaine de l’économie », dit-il.

Samer Soliman, professeur d’économie à l’Université américaine du Caire (AUC), va plus loin que Barqi. Selon lui, cette ambiguïté est due en premier lieu à une division au sein des Frères musulmans sur leur vision économique. « La confrérie compte des classes moyennes et des hommes d’affaires. Chacun des deux groupes a des intérêts différents qu’il essaye de protéger et de refléter dans le programme économique », explique-t-il.

Il appuie ses propos. « Si vous revenez à leurs vieilles discussions au Parlement, vous réaliserez tout de suite ce conflit dans les intérêts. Une frange soutenait la nécessité de l’intervention de l’Etat pour imposer des restrictions à la tarification des produits de base, alors que l’autre appelait à l’urgence de se débarrasser des deux tiers des fonctionnaires. Quel amalgame entre une vision socialiste et une autre libérale ! », s’exclame Soliman en affirmant que ce conflit va prendre une forte dimension, car après la révolution du 25 janvier, tous les partis bannis sous Moubarak gagneront en importance dans la société. « Les discussions formelles lèveront le voile sur de telles contradictions », affirme-t-il. Et d’ajouter : « La justice sociale est devenue un mot-clé en ce moment, vu les demandes de tous les secteurs de la société. Mais quand les intérêts personnels prendront le dessus, tout changera ».

Les opinions contradictoires dans la confrérie appuient une telle vision. Un homme d’affaires, membre qui garde l’anonymat, a ainsi critiqué les nouveaux fardeaux, telles que les taxes progressives sur les hommes d’affaires. « Ni les hommes d’affaires ni les classes moyennes ne doivent être le bouc émissaire de la corruption », conclut-il. Des divisions plus radicales dans la vision économique de la confrérie ne sont pas loin.

Névine Kamel

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Principaux traits du programme

— Appliquer une économie libre mais en assurant une justice sociale.
— Respecter les conventions internationales qui sont dans l’intérêt du pays. Tout accord peut être révisé.
— Le secteur privé est le garant de la relance, mais l’Etat sauvegarde son rôle de surveillance.
— Appliquer un système d’impôts progressifs et mettre fin à l’unification des taxes.
— Préserver les terrains de l’Etat et se contenter de les louer ou d’appliquer le système BOT.
— Restructurer le système des revenus et fixer un salaire minimum juste.
— Encourager les investissements lourds exploitant de la main-d’œuvre.
— La vente d’une entreprise est l’ultime solution pour sauver une entreprise déficitaire.
—         Abolition des taux d’intérêt usuriers. Etendre progressivement l’activité des banquesslamiques.

 




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