Al-Ahram Hebdo, Dossier | L’échec stratégique des libéraux

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 Semaine du 21 au 27 décembre 2011, numéro 901

 

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Dossier

Législatives . Les islamistes poursuivent avec confiance leur large percée au Parlement. Les libéraux, instigateurs de la révolte populaire, restent divisés et peinent à se faire entendre, laissant la place au nouveau parti salafiste Al-Nour.

L’échec stratégique des libéraux

La deuxième phase des élections législatives, à la veille de l’attaque musclée des forces armées contre les manifestants de « Occupy Cabinet », en sit-in devant le siège du Conseil des ministres, confirme les premiers résultats. Le dépouillement des bulletins de vote s’est déroulé alors que le sang des jeunes révolutionnaires coulait rue Qasr Al-Aïni et de nouveau place Tahrir.

Ces législatives « libres » auxquelles la majorité des révolutionnaires participent pour la première fois, ont vu la confirmation de la domination des Frères musulmans et de la percée des salafistes. Les partis libéraux et les mouvements issus de la révolution anti-Moubarak sont arrivés en troisième et quatrième positions, loin derrière les islamistes.

Le taux de participation à la deuxième phase des législatives égyptiennes a été de 67 %, d’après la commission électorale. Soit un chiffre supérieur à celui de la première phase qui comprenait notamment Le Caire et Alexandrie.

Le Parti Liberté et Justice (PLJ), bras politique des Frères musulmans, qui avait récolté 36,6 % des voix lors de la première phase, a obtenu 39 % des suffrages dans la deuxième. Le parti salafiste Al-Nour a, quant à lui, obtenu environ 30 % au scrutin de liste. Le Bloc égyptien (libéraux) et la Révolution en continu (gauche) auraient obtenu respectivement 12 % et 3 %. Le reste des votes est disputé entre l’ancien parti libéral Al-Wafd et un parti islamiste modéré Al-Wassat.

Sur le vote uninominal, soit le tiers des sièges, il faudra attendre le deuxième tour de cette deuxième phase pour connaître les résultats. Sur les 60 sièges à pourvoir, un seul candidat a été élu au premier tour. Face au ras-de-marée islamiste, les libéraux avaient parlé d’une nouvelle « coordination » : une réorganisation qui leur permettrait de rallier un plus grand nombre d’électeurs, au moins pour obtenir le tiers des sièges à l’Assemblée. Mais pour l’instant, ils semblent encore loin de ce taux de « blocage ».

Divisé et mal implanté, le mouvement libéral, grand moteur des événements ayant poussé au départ de Moubarak, n’a pas réussi à former un seul front organisé capable de contrer leurs adversaires. Au-delà de cela, il n’a pas réussi à traduire son message révolutionnaire en projet politique.

Le soutien de la rue a échappé au mouvement libéral. Un sondage de l’institut Gallup du 28 novembre en témoigne. La majorité des Egyptiens interviewés, qui soutiennent encore les militaires, n’a pas apprécié les accrochages entre l’armée et les manifestants à la veille du scrutin. La rue souhaite avant tout la stabilité et une amélioration tangible des conditions du quotidien. Les islamistes ont été ainsi perçus comme un refuge de stabilité sociale et d’aide économique.

Discours élitiste

La rue a-t-elle été mal comprise par certains mouvements ? Les libéraux n’ont saisi la tendance de la population que trop tard, à quelques semaines du vote. La grande majorité des figures du mouvement libéral s’est laissée entraîner dans un débat voulu par les islamistes sur « la laïcité » de l’Etat et, au lieu de travailler dans la rue au contact des électeurs, elles sont restées dans un discours élitiste pourfendant les déclarations des islamistes. Une polarisation entre « islamistes » et « non religieux » est ainsi apparue.

Les libéraux sont aussi facilement tombés dans le piège de la diffamation. « Ces apostats qui veulent finir avec la religion » est, en gros, le message que les islamistes ont fait passer sur ce mouvement dans cette campagne électorale. Une campagne où le vote a été qualifié de sectaire dans certains cas (lire page 5). Des campagnes religieuses ont eu lieu en violation de la loi tandis qu’aucun responsable n’est intervenu ni pour remettre les choses en place, ni pour sanctionner ces actes.

Les libéraux — nés de la révolution du 25 janvier — n’ont eu qu’environ 8 mois pour apprendre le jeu électoral. Pareil pour les salafistes, la grande surprise de ce scrutin post-Moubarak, qui n’ont que peu d’expérience politique. Mais les libéraux accusent ces nouveaux « religieux politiciens » de recevoir des fonds importants des pays du Golfe. Ces derniers investissent depuis des années dans des œuvres de charité au sein des régions les plus démunies.

L’armée serait un autre élément dans cet échec libéral. Des interrogations se multiplient depuis l’arrivée du Conseil suprême des forces armées à la tête du pays sur son « favoritisme » réservé aux islamistes.

Le printemps arabe a commencé par une révolte des libéraux, mais son automne porte les fruits des islamistes. Le constat est peut-être décevant. Mais ce sont les alliances post-électorales lors de la première séance du Parlement qui dessineront le nouveau visage de l’Egypte .

Samar Al-Gamal

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