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 Semaine du 29 septembre au 5 octobre 2010, numéro 838

 

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Société

Femmes en prison . Derrière les barreaux pour des délits de chèques non remboursés ou de créances non honorées, et souvent pour cause d’ignorance, certaines ont pu compter sur l’Association de protection des enfants des prisonnières. Focus.

Une perche dans un océan

Finalement, Naglaa est sortie du tunnel. Elle est enfin libre après 9 mois derrière les barreaux de la prison d’Al-Qanater. Elle peut enfin serrer dans ses bras ses deux enfants, les cajoler et prendre soin de sa vieille maman. « Pendant neuf mois, je broyais du noir dans les couloirs de la prison. Pour moi, ma vie était brisée car je devais passer neuf ans enfermée dans cette cellule lugubre », explique Naglaa, 30 ans, femme au foyer, diplômée technique et mère de deux enfants de 5 et de 7 ans.

Un déluge de questions la torturait. « Quel va être le sort de mes enfants ? Qui va en prendre soin ? Vont-ils poursuivre leurs études ou se retrouver dans la rue ? A quoi va ressembler ma vie après cette expérience amère ? », s’interrogeait la jeune femme issue d’une famille pauvre. Elle aurait pu continuer à le faire pendant de longues années au fond de sa cellule si ce n’est sa mère qui a pu prendre contact avec l’Association de protection des enfants des détenues. Cette dernière s’occupe essentiellement de femmes dans son cas. Après un premier mariage qui n’a pas réussi, Naglaa a tenté sa chance avec un commerçant. Elle rêvait de changer de statut et de vivre dans le confort avec ses enfants. Le nouveau mari se présente comme étant le propriétaire d’une exploitation piscicole. Après 20 jours de vie avec lui, il lui demande de se porter garant pour un emprunt afin d’agrandir son exploitation piscicole.

Bien qu’elle ne possède aucune connaissance du monde du business, elle accepte. Quelques mois plus tard, ce dernier disparaît dans la nature la laissant avec une dette atteignant les 250 000 livres, en plus des intérêts. Le tribunal prononce son verdict. Une peine qu’elle assumera toute seule alors que son mari s’est enfui en Libye. Incapable de rembourser une telle somme, elle se retrouve donc en prison.

Depuis sa création en 1990, cette association est venue en aide à plusieurs femmes à l’intérieur des prisons, mais plus tard, elle a décidé de soutenir les femmes emprisonnées dans des affaires d’argent et les sortir de prison. Durant cette année seulement, 15 femmes dans la même situation que Naglaa ont retrouvé leur liberté. Sans compter les 30 détenues qui bénéficient de l’aide de l’association à l’intérieur de la prison.

En fait, cette association présente des services aux mamans qui sont en prison ou qui viennent de retrouver leur liberté. Son objectif : améliorer les conditions de vie des enfants nés en prison ou ayant passé une période de leur vie avec leurs mamans incarcérées comme la loi égyptienne le permet. A travers leurs visites mensuelles à la prison d’Al-Qanater, les membres de l’association distribuent des boîtes de lait, des couches, des couvertures, des vêtements et de petits réchauds. D’après Rabie Abdel-Hamid, responsable du dossier des prisonnières, l’association a commencé récemment à présenter un nouveau service, à savoir aider ces femmes à améliorer leurs conditions de vie. Des femmes qui se sont retrouvées en prison pour des procès économiques (chèque sans provision ou détournement de fonds).

Aujourd’hui, le but essentiel de l’association est d’aider ces femmes à ne plus tomber dans ce piège, à rembourser leurs dettes et à porter assistance à leurs enfants à l’intérieur de la prison, et même une fois à l’extérieur. « On estime que la meilleure place pour une mère, c’est d’être chez elle, auprès de ses enfants et non pas en prison »  explique Nawal Moustafa, présidente de l’association, qui a lancé une campagne médiatique pour le soutien des mamans détenues. Aujourd’hui, l’association collabore avec quelques institutions juridiques, des organisations de droits de l’homme et des associations caritatives, à l’exemple de la Fondation égyptienne de la charité. Et c’est grâce aux dons des hommes d’affaires que ce projet continue d’exister. Avec la crise économique, beaucoup de femmes non instruites se sont retrouvées en prison pour avoir signé des chèques en blanc ou pour avoir accepté de se porter garantes pour des emprunts, à l’exemple de Naglaa qui l’a payé très cher.

Une aide salvatrice

Durant sa détention, Naglaa a pensé à plusieurs reprises au suicide. La première nuit dans la cellule 12 a été atroce. Elle n’a arrêté ni de pleurer ni de penser comment se venger de ce mari qui a pris la fuite. Elle a même dessiné son portrait sur les murs pour ne pas oublier ce visage qui l’a trahi. « J’ai passé des jours affreux, je faisais des cauchemars, je sentais que j’allais devenir folle », lance-t-elle.

Durant sa détention, l’association a déployé de grands efforts pour la sortir de ce traquenard. C’est la mère de Naglaa qui a fait bouger les choses dans le gouvernorat d’Ismaïliya. Grâce à l’imam de la mosquée où elle fait la prière, elle a pris contact avec l’association. « On est parvenu à négocier avec l’entreprise créancière par l’intermédiaire de l’avocat de l’ONG. Celle-ci a accepté d’annuler le procès à condition que Naglaa restitue la somme de base sans les intérêts, soit 75 000 L.E. Sa mère a vendu tout ce qu’elle possède pour la tirer de l’affaire. Mais elle n’a réussi qu’à réunir 40 000 L.E. seulement. La somme qui restait à rembourser, à comparer avec nos ressources, était trop élevée. Une telle somme pourrait aider plusieurs détenues, surtout que l’association ne prévoit qu’une aide financière de 1 000 ou 2 000 L.E. à chaque détenue en difficulté », explique Rabie Abdel-Hamid.

Par compassion pour Naglaa et sa mère, dont les conditions sont déplorables, un homme d’affaires qui a requis l’anonymat a offert les 30 000 L.E. qui restaient à rembourser. « Mon tort est d’avoir fait une confiance aveugle à mon mari », confie Naglaa, qui a retrouvé sa coquetterie après être sortie de prison. Aujourd’hui, elle considère que l’expérience de la prison ne l’a pas détruite. Enfermée dans sa cellule, elle a suivi les conseils d’une autre détenue qui lui a recommandé de ne pas baisser les bras, d’être patiente et de lire le Coran.

Il existe bien sûr des critères qui précisent les priorités de l’aide financière octroyée par l’association. Cette dernière opte souvent pour la mère détenue dont les conditions sont bien difficiles. La crédibilité est aussi une chose primordiale. Il faut préciser qu’il y a des sociologues qui étudient chaque cas pour s’assurer que l’argent des donateurs aille dans le bon sens.

Actuellement, l’association mène une campagne à travers le site Internet du magazine Ouyoun www.tefl-fizenzana.com, les talk-shows, les articles de presse. Elle tente de sensibiliser les femmes en leur conseillant de faire attention surtout que certains vendeurs d’électroménagers profitent de l’ignorance des femmes pour inscrire des sommes exorbitantes sur des factures dont le payement se fera à crédit.

Mais l’aide ne se limite pas à cela, les membres de l’association tiennent à suivre de près ces femmes. « On garde un dossier de chaque prisonnière où sont mentionnées ses coordonnées et ses conditions, et on reste en contact avec elles pour les aider à résoudre leurs problèmes », ajoute Amr, membre de l’association.

Dès sa sortie de la prison, elle s’est retrouvée sans ressources, sans logement pour abriter ses enfants. « On l’a aidée à trouver un toit et on lui a avancé une petite somme pour subvenir aux besoins de ses enfants. On est en train de lui chercher en ce moment du travail », assure Amr.

Mais un autre défi attend Naglaa, celui d’affronter le regard des gens après avoir passé un séjour en prison.

Malgré tout, elle tente de tourner cette page de sa vie et d’oublier ces 9 mois de détention qui l’ont traumatisé et qui lui ont paru comme une éternité.

Dina Darwich


 

Rabie Abdel-Hamid,
responsable du dossier des prisonnières
à l’Association de protection des enfants des prisonnières.
« Nous aidons les prisonnières à commencer une nouvelle vie »

Al-Ahram Hebdo : Il semble que beaucoup de femmes tombent dans le piège des affaires de délits économiques, comment les familles peuvent-elles se mettre en contact avec vous ?

Rabie Abdel-Hamid : C’est à travers notre site internet www.tefl-fizenzana.com que les internautes peuvent nous contacter. Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur toutes les activités de l’association, ils peuvent avoir toutes les informations nécessaires . D’ailleurs, une ligne téléphonique est consacrée à cet effet, c’est le 014 245 9524. On reçoit des appels de femmes de partout qui demandent notre aide. Il faut signaler aussi que nous effectuons des visites périodiques à la prison d’Al-Qanater, nous sommes au courant de chaque cas et nous touchons de près les besoins de chaque détenue.

— Votre activité dépend des donations, et ce, pour assurer la continuité de votre œuvre, comment pourriez-vous aujourd’hui élargir votre cercle ?

— Au départ, nous avons compté sur les relations personnelles et les médias. Mais, on coopère désormais avec plusieurs associations caritatives et autres ONG. Tout récemment, on a pu créer un espace sur Facebook à travers lequel on tente de réunir les gens qui soutiennent notre cause. On traite chaque cas à part. On présente sur le site ce cas qui se trouve en prison, on explique ses conditions, on met ses coordonnées et les nôtres, puis on lance une campagne pour l’aider afin d’avoir accès aux hommes d’affaires ou aux autres personnes intéressées.

— Comment choisissez-vous les femmes qui méritent votre aide ?

— On œuvre à travers un nombre de mécanismes et avec la collaboration de nombreux comités. Un comité juridique, qui examine le dossier juridique de la prisonnière rassemble les documents nécessaires pour négocier avec le créancier et trouver une solution. Un autre comité tente aujourd’hui d’élargir ses interventions dans des affaires internationales. Il y a aussi un comité de recherche qui étudie le cas de chaque détenue et ses conditions et s’assure de sa crédibilité. On choisit souvent les prisonnières qui ont besoin d’être aidées en prenant connaissance de leurs conditions et de celles de leurs enfants. Le comité de suivi reste en contact avec les femmes qui sont sorties de prison et les aide à entamer une nouvelle vie. Et enfin, il existe un comité de communication qui a pour mission d’informer sur les activités de l’ONG et de motiver les gens à y participer.

Propos recueillis par D. D.

 




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