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 Semaine du 1er au 7 septembre 2010, numéro 834

 

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Société

Le Caire. Anarchie, embouteillages monstres et pollution rendent la vie des Cairotes infernale. Certains vont jusqu’à quitter la capitale étouffante. Cependant, elle reste la cible de nombreux visiteurs quotidiens à cause de la centralisation des services.

Une cité chaotique

Le caire, qui a toujours attiré les gens de tous les coins de l’Egypte, et même de l’étranger, surnommé par l’écrivain Youssef Idriss « la sirène », est devenu aujourd’hui une ville complètement folle. Avec ses presque 20 millions d’habitants, ses embouteillages monstrueux, sa pagaille, le nombre de ses institutions et bâtiments administratifs et sa pollution, cette ville est devenue pour beaucoup de gens insupportable à y vivre. Certains vont jusqu’à dire qu’elle a même commencé à rejeter ses habitants. Qu’elle ne soit plus « la sirène » aujourd’hui, les raisons ne manquent pas. Dans les rues qui ne dorment jamais, plus de 2 millions de voitures circulent, le bruit est assourdissant, entre les klaxons et les sirènes des ambulances, en plus du harcèlement et d’un laisser-aller dont les conséquences sont désastreuses. Il semble que l’anarchie devient loi. Les gens se comportent de plus en plus de manière indécente, et ce au détriment de l’autre, sans que l’on ne se soucie de l’intérêt général. Un individualisme effréné et aveugle, doublé d’une méconnaissance des lois de la convivialité. Un état des lieux qui semble pessimiste, mais qu’on ne peut guère démentir. Ce qui a poussé l’écrivain Soliman Gouda à écrire une série d’articles dans le quotidien Al-Masry Al-Youm appelant à sauver Le Caire, à ne pas laisser la capitale mourir. Il a tiré la sonnette d’alarme en racontant l’histoire de Dr Dalal, professeur à l’université et écrivaine libanaise qui vit au Caire depuis dix ans et qui a décidé récemment de plier bagage et retourner dans son pays. Quand il lui a demandé la raison, elle a répondu : « Le Caire comme ville est devenue insupportable à cause de ses embouteillages et sa pollution. J’ai essayé de résister mais mes nerfs ont flanché ».

Des phrases qui ont marqué Gouda, sachant pertinemment que des millions de citoyens souffrent de ce quotidien infernal au Caire et n’ont pas le choix de quitter la capitale. Alors que d’autres sont obligés à s’y rendre pour obtenir leurs papiers officiels ou chercher une opportunité de travail à cause de la centralisation. En fait, selon la journaliste de télévision Farida Al-Choubachi, Le Caire a été planifié pour accueillir environ 3 millions de personnes. Aujourd’hui, entre ses habitants et ses visiteurs, il étouffe avec ses 15 ou 20 millions. « Sans compter ses infrastructures défaillantes qui ne peuvent nullement servir ce grand nombre de citoyens. A cela s’ajoutent la pauvreté et les difficiles conditions de vie surtout dans les zones sauvages, résultant de l’exode rural, et où des Cairotes vivent dans un autre Caire bien plus misérable. Ce qui rend la ville un foyer de pollution et d’anarchie. Nous passons des heures dans la rue, bloqués par le trafic. Et en ce moment, il y a des pannes d’électricité et des coupures d’eau, ceci est dû au manque de planification du gouvernement. C’est la catastrophe, et le pire est que nos responsables semblent être coupés de ces réalités », dit Al-Choubachi.

Des villas et des palais splendides ont laissé place à des bâtiments anarchiques ou des gratte-ciel, regrette Mohamad Radwane, professeur et ancien habitant du beau quartier de Rodah : « Je me demande où est parti ce beau visage du Caire des années 1960, 70 et même 80 ».

La laideur se généralise

« Comment la ville a-t-elle pu changer de physionomie et avoir ce look laid et informel ? Un changement qui touche même le comportement des gens qui réagissent à chaud à tous les niveaux », observe l’homme âgé d’une soixantaine d’années. Il se souvient d’une grande dispute qui a éclaté dans le quartier de Rodah il y a une trentaine d’années et qui a fait des blessés. « C’était parce qu’un jeune garçon avait dragué une fille. Il avait reçu une belle correction. Aujourd’hui, c’est une scène courante de voir un jeune harceler et toucher une jeune fille, sans que personne n’intervienne, même si elle demande de l’aide. Jadis il n’y avait pas ce genre de harcèlement bien que les filles s’habillaient en jupes et robes courtes », dit l’homme, regrettant les jours d’antan au Caire. Une capitale qui présente un grand nombre de services et où l’on trouve des universités, des institutions, des lieux de divertissements, selon Saïd Al-Masri, chef du département des études sociales au centre d’informations du Conseil des ministres. « Cette centralisation a fait du Caire une ville vivante, mais aussi débordante d’habitants qui pensent que le fait de résider au Caire est une source de privilège et de prestige. Ce qui provoque cet étouffement », remarque-t-il.

Exode urbain ou rural ?

« Une souffrance qui a fait que les plus riches se sont éloignés du centre à la recherche d’espaces verts et d’air moins pollué dans des nouvelles villes aux alentours de la capitale », analyse Al-Masri, en ajoutant qu’une large tranche de la population est toujours là, menant un train de vie infernal dans Le Caire qui accueille encore des provinciaux à la recherche de quelques services ou d’une opportunité de travail dans une ville qui souffre elle-même d’un taux de chômage élevé. Un flux de citoyens provenant des zones rurales et qui a tendance à diminuer avec le temps. Mohamad Chamroukh, journaliste originaire de Qéna, explique qu’avec la présence des services et des infrastructures dans les villages, en plus de la révolution technologique, beaucoup de villageois ne pensent pas aujourd’hui à venir habiter au Caire pour éviter tous ces problèmes. « Pas moyen d’y trouver une opportunité de travail, d’y vivre avec ce niveau de vie élevé, et de supporter ce quotidien répressif et déprimant au sein du Caire », dit le jeune qui rêve aujourd’hui de retourner à sa ville natale pour habiter dans une maison entourée d’espaces verts. Un rêve difficile à réaliser pour beaucoup d’habitants qui sont encore liés par la capitale. Travail, niveau d’écoles et centres d’activités pour enfants, comme l’argumente Sayed, originaire de Gharbiya. Cependant, son neveu Amr semble bien avoir appris la leçon. Etudiant, il met deux heures pour se rendre à son université. « Je ne pense pas continuer ma vie au Caire après avoir terminé mes études, j’aimerais mener un quotidien plus paisible dans ma ville natale Al-Gharbiya », dit Amr, essayant de conseiller ses voisins de Gharbiya qui rêvent d’habiter au Caire. « Ils viennent dans la capitale pour aller au cinéma ou se distraire, mais s’ils y habitent ce rêve va avorter », explique le jeune étudiant qui confie que s’il ne trouve pas une opportunité de travail dans sa ville natale, il ira ailleurs mais pas au Caire. « Y vivre est une sorte de torture quotidienne », dit Amr. Une torture et une vie maladive comme le confirme le psychiatre Ahmad Abdallah qui pense que la vie au Caire est une source de diverses maladies psychiques. « C’est l’enfer sur terre », dit-il, en ajoutant que le grand problème est que beaucoup d’habitants se sont adaptés à ce chaos. Ceux qui ressentent la catastrophe sont les étrangers en visite au Caire ou les Egyptiens qui ont passé de longues années à l’étranger. A l’exemple de Hayam qui vit aux Etats-Unis depuis 40 ans. Aujourd’hui, elle a du mal à reconnaître sa capitale. « Je recherche la propreté, le respect d’autrui, l’ordre. Je ne cesse d’observer des apparences religieuses dans les rues de la capitale en contradiction avec des comportements anarchiques et souvent disproportionnées à la réalité et parfois même violentes », se lamente la femme qui voudrait après sa retraite revenir pour vivre dans son village natal. Une décision qu’elle hésite à prendre à cause des conditions de vie dans cette capitale qui grouille de monde. Raison pour laquelle beaucoup de citoyens ont préféré la fuir. Ce qui suscite l’inquiétude de beaucoup d’intellectuels et éditorialistes comme Soliman Gouda qui appelle à la décentralisation du Caire. « Sauver Le Caire de la mort », conclut-il.

Doaa Khalifa

 




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