Al-Ahram Hebdo,Invité | Dalia Mogahed

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 Semaine du 14 au 22 juillet 2010, numéro 827

 

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Invité

Membre du Conseil consultatif des associations religieuses et laïques, créé par le président Obama, Dalia Mogahed analyse les rapports entre les musulmans et l’Occident.

« Il faut s’investir pour corriger
la perception incorrecte de l’islam »

Al-ahram hebdo : Vous avez été nommée, en février 2009, membre du Conseil consultatif sur les affaires interreligieuses créé par le président Obama à la Maison Blanche. Pourquoi ce choix ?

Dalia Mogahed : J’ai été choisie vu les recherches que j’ai faites et qui concernaient la compréhension de l’attitude et du comportement des musulmans dans le monde. Nous avions comme objectif de collecter et de mesurer les points de vue et opinions des musulmans dans différentes parties du monde.

— Dans vos recherches faites avec le professeur John Esposito, vous avez tiré la conclusion que les différences entre les musulmans et les autres sont beaucoup moins importantes que les caractéristiques qu’ils partagent. Comment êtes-vous parvenue à cette conclusion ?

— Il est vrai que les résultats de notre étude montrent qu’il existe de nombreux points communs entre les musulmans et les gens en Occident. La famille ou la foi sont importantes, aussi bien pour les Américains que pour les musulmans autour du monde. De part et d’autre, les gens sont préoccupés par la violence, le terrorisme et l’extrémisme. En fait, les musulmans sont plus inquiétés par ces phénomènes que les Américains. On est partout à la recherche d’un meilleur avenir, notamment quand on parle des opportunités de travail. La réponse la plus fréquemment obtenue chez les musulmans de par le monde a été que leur rêve pour l’avenir est celui d’avoir un travail valorisant. Les besoins de base, tels que la nécessité d’éduquer leurs enfants, par exemple, sont des ambitions partagées aussi bien dans le monde musulman qu’ailleurs.

— Qu’est-ce qui crée alors les problèmes entre ces deux mondes ?

— En fait, le refus qu’on manifeste dans le monde musulman concerne surtout la politique externe américaine. Les musulmans ne sont pas jaloux de l’Amérique. Ils ne sont pas fâchés ni contre la démocratie américaine, ni même contre les normes culturelles des Américains comme on dit parfois. Au contraire, ils admirent les valeurs américaines ou occidentales de liberté, de démocratie et de professionnalisme. Aujourd’hui, nous avons les instruments pour prouver ces propos : les divergences et les conflits ne sont dus ni aux différences religieuses ni culturelles, mais plutôt c’est une réaction à la politique étrangère des Etats-Unis, notamment, par rapport à la guerre en Iraq, en Afghanistan et au conflit israélo-palestinien. Il y a aussi un sentiment fort chez les gens au Moyen-Orient que les Etats-Unis interfèrent, voire contrôlent leur avenir politique et qu’ils ne soutiennent pas leurs droits à l’autodétermination. Lors de nos enquêtes, nous avons constaté que la majorité des gens dans la plupart des pays où nous avons travaillé ne croient pas que les Etats-Unis sont sincères en parlant du soutien de la démocratie dans ces pays. Ils ne pensent pas que les Etats-Unis permettront que la démocratie s’instaure dans leurs pays. Ils ne pensent pas que les Etats-Unis les laisseront libres pour façonner leur avenir politique.

En outre, les musulmans ont ce sentiment qu’ils ne sont pas suffisamment respectés.

— N’y aurait-il pas là une claire contradiction entre ce que l’on dit, les valeurs qu’on défend et les politiques que l’on met en œuvre ?

— Certainement. Il y a aussi le sentiment que, quand il s’agit de traiter avec les musulmans, les Etats-Unis ne tiennent pas à leurs propres valeurs fondamentales. Les musulmans, malheureusement, pensent qu’ils ne sont pas perçus comme des égaux ou des êtres humains à part entière.

Mais ils ne sont pas contre les valeurs occidentales.

— Comment les musulmans sont-ils perçus par les Américains ?

— La manière dont les musulmans sont perçus aux Etats-Unis, tout comme dans la majorités des pays occidentaux, est très stéréotypée. On les perçoit comme étant des oppresseurs des femmes. 80 % des Américains associent l’islam à l’oppression de la femme. Ils sont très religieux et pratiquants, mais aussi très intolérants par rapport aux autres religions. Ils sont également perçus comme étant plus violents. Il est vrai que cette dernière idée est moins répandue que celle de l’oppression de la femme et l’intolérance.

— Que faut-il faire, selon vous, pour changer cette idée et montrer que l’islam est surtout une religion qui prône avant tout la paix, la miséricorde et la compassion ?

— Mon analyse est la suivante : A cause du fait qu’en Amérique et en Occident, les musulmans sont perçus comme très religieux et pratiquants, tout ce qu’ils font, surtout leurs pratiques négatives, est interprété comme étant une conséquence de leur religiosité. Malheureusement, il y a très peu de connaissance des pratiques positives des musulmans. Des gens comme Mohamad Younès, l’économiste qui a remporté le prix Nobel de la Paix grâce à la réussite de son projet dédié à combattre la pauvreté dans son pays, à travers les micro-crédits. Ou l’Egyptien Mohamad ElBaradei, un autre prix Nobel de la Paix ou n’importe quel autre nom devenu célèbre. On ne présente jamais ces noms-là comme étant représentatifs des musulmans dans le monde. Ils sont toujours considérés comme des cas individuels, qui sont, par hasard, des musulmans. Et non des gens qui ont trouvé l’inspiration dans leur foi.

Par contre, des gens comme Ossama bin Laden, ou n’importe quel autre terroriste ou criminel, sont, eux, vus comme étant des gens qui trouvent leur inspiration dans leur religion.

Le problème c’est que, lorsqu’un musulman agit de manière négative, on généralise et on finit par attribuer cette attitude ou ce comportement à toute la communauté des musulmans. Ce que nous avions constaté, par exemple dans nos recherches, était qu’une des variables les plus puissantes associées aux sentiments antimusulmans est la perception négative que l’on a de l’islam.

— Comment traiter alors ce problème ?

— Il faut s’investir pour corriger la perception incorrecte de l’islam.

Les médias ont un rôle très important à jouer. Mais il est vrai que les médias ont une partie très importante de responsabilité, lorsqu’il s’agit de transmettre des idées fausses ou stéréotypées. Car la manière avec laquelle on encadre le contenu de l’information transmise peut aboutir à l’envoi d’un message ou une idée incorrecte. Par exemple, dans des études sur le contenu et les analyses produites par les médias aux Etats-Unis, nous avons trouvé que la majorité des protagonistes qui représentent l’islam ou les musulmans dans les médias américains sont des militants armés. Donc, ce sont ces gens-là qui représentent l’islam en Amérique. Par contre, la majorité de ceux qui représentent la foi chrétienne sont des prêtres, des pasteurs, des hommes de foi. Donc, la différence dans les paramètres est très visible et impressionnante.

— Mais ne pensez-vous pas que, souvent, les médias reflètent fortement ce qui se passe dans les sociétés ? Donc, si les musulmans sont dépeints de cette manière dans les médias américains c’est qu’il y a quelque part des sentiments qui leur sont antagonistes. Qu’en pensez-vous ?

— Il est vrai que les médias reflètent la réalité, mais ils la façonnent aussi, en quelque sorte. Il s’agit d’un cercle vicieux. La réalité est que le public, en général, croit aux messages transmis par les médias. De nombreuses études confirment cela. La façon avec laquelle on transmet les informations influence certainement l’opinion du public en le dirigeant dans une direction ou dans une autre.

Les médias doivent donc être capables de recarder et de mettre en contexte l’information. Ceci a déjà été fait avec les Afro-Américains. Ils étaient auparavant présentés de manière très négative dans les médias américains. Et quand on a commencé à prendre conscience de cela, les médias ont fait des efforts pour lutter contre les stéréotypes transmis en faisant un travail plus objectif.

— Une année après le fameux discours d’Obama au Caire, un document auquel vous avez contribué, est-ce que vous croyez qu’il a réussi à réaliser ses objectifs ?

— Le discours avait comme objectif, comme nous le savons tous, de créer un front unissant les musulmans modérés, qui représentent certainement la majorité des croyants, et d’exclure ou isoler les extrémistes. Je pense, qu’en un premier temps, il a réussi. Je pense même que, d’une certaine manière, cela continue à être le cas, car je pense que, même avant le discours, la majorité des musulmans rejetaient l’extrémisme. Mais ce qui se passe cependant, une année après le discours d’Obama, c’est que les gens sont moins optimistes par rapport à ce qu’ils ont ressenti à la suite du discours d’Obama à l’Université du Caire, le 4 juin 2009, à cause surtout de l’absence de progrès dans des dossiers essentiels pour tous les Arabes et les musulmans, comme celui du conflit israélo-palestinien. Les gens assistent par exemple à la croissance des colonies israéliennes en territoires palestiniens occupés. Et les Etats-Unis n’ont pas déployé suffisamment d’efforts pour arrêter cela .

 Propos recueillis par
Randa Achmawi

 




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