Al-Ahram Hebdo, Enquête | L’acte fou d’un homme sans histoires

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 Semaine du 14 au 22 juillet 2010, numéro 827

 

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Enquête

Faits divers . La tuerie provoquée par un chauffeur de l’entreprise Arab Contractors, qui a tué 6 de ses collègues de travail et en a blessé 16 autres, alimente des interrogations sur la violence sociale en Egypte.

L’acte fou d’un homme sans histoires

Comme à son habitude, Mahmoud Taha Soweilam, chauffeur à l’entreprise Arab Contractors depuis 25 ans, effectue sa tournée matinale pour le ramassage des employés de l’entreprise vers leur lieu de travail à la cité du 6 Octobre, se trouve un des locaux de l’entreprise. Arrivé à 200 mètres des locaux de l’entreprise, Mahmoud arrête soudainement son véhicule, sort un fusil automatique et se met à tirer anarchiquement sur les occupants du bus en hurlant. L’incident survenu le 6 juillet a fait 6 morts et 16 blessés. Le reste de l’histoire est digne d’un film de Hollywood. L’homme se met à hurler avec frénésie. « On ne se fout pas de la gueule d’un Saïdi ». L’un des occupants du bus se rue sur lui et tente de le maîtriser. Heureusement, il n’y avait plus de balles dans le fusil. L’homme est maîtrisé et enfermé dans un lieu proche en attendant l’arrivée de la police. A l’intérieur du bus, six corps gisaient dans un bain de sang. L’auteur du drame affirmera à la police : « J’ai défendu ma dignité. Ils se sont payés ma tête. Je ne regrette pas ce que j’ai fait et j’attends la mort sans crainte ».

Vengeance ou coup de folie ?

Ce drame alimente bien évidemment les interrogations. D’autant  plus que Mahmoud Taha Soweilam était un employé sans histoires. « On le connaît depuis très longtemps, il était toujours assidu dans son travail et n’a jamais manifesté de signe d’instabilité », explique Mohamad Al-Nomeiri, qui se trouvait dans le bus au moment de l’incident. Et d’ajouter : « Le jour du drame, et contrairement à son habitude, il était en retard de 10 minutes. Son visage était tendu. Avant d’entamer son acte fou, il a appelé 3 employés, puis il a commencé à tirer au hasard dans toutes les directions ». Les responsables de l’entreprise Arab Contractors affirment que Soweilam avait une bonne réputation et n’a jamais eu de problèmes avec qui que ce soit. La direction de l’entreprise a décidé d’indemniser les familles des victimes en versant 20 000 L.E. à chaque famille qui compte un mort dans ses rangs et 5 000 L.E. pour les blessés.

Lors de l’enquête, Soweilam a déclaré que certains de ses collègues se moquaient de lui et du fait qu’il était un Saïdi (habitant de la Haute-Egypte). « J’en avais marre que l’on se moque de moi », a-t-il dit lors de l’enquête. Et d’expliquer que le quartier dans lequel il habite était réputé pour contenir des antiquités. Des ingénieurs de la compagnie Arab Contractors, en accord avec les habitants, effectuaient des fouilles clandestinement dans le quartier. « Les murs de ma maison ont été fissurés à cause de ces fouilles. J’ai décidé alors de porter plainte. Une commission est venue et les fouilles clandestines ont cessé. Mais quelque temps après, elles ont repris. Les ingénieurs d’Arab Contarctors, ils étaient trois, ont mal pris le fait que j’ai porté plainte. Ils se sont mis à se moquer de moi. Ils disaient la maison du Saïdi va s’écrouler. Je n’ai pas supporté », a affirmé Soweilam au Parquet. Il s’agit donc, a priori, d’un acte de vengeance qui a pris des dimensions disproportionnées.

Le « facteur explosion »

Azza Korayem, sociologue au Centre national des recherches sociales et criminelles, place cet acte dans le contexte plus large de la violence sociale qui s’exprime de manière plus prononcée en Egypte depuis quelques années. « Le phénomène de la violence s’est propagé dans la société égyptienne dans les récentes années en raison des pressions économiques et des injustices sociales, ce qui donne lieu à des frustrations », affirme Korayem. Et d’ajouter que la corruption et l’absence de justice étatique sont d’autres raisons de ce phénomène. « Cette frustration se manifeste par des actes violents comme les meurtres, mais aussi les suicides dont le taux a augmenté en Egypte », lance la sociologue. Et de rappeler cet homme d’affaires, qui avait tué il y a quelques mois sa femme et ses deux enfants après avoir perdu de l’argent à la Bourse. Mahmoud Soweilam a décidé de se faire justice lui-même, car il avait visiblement perdu tout espoir. Si l’incident de l’entreprise d’Arab Contractors n’a pas encore livré tous ses détails, il y a un trait commun entre cet incident et d’autres actes traumatisants qui ont eu lieu au cours des récentes années, c’est le facteur explosion. « Un nombre croissant d’Egyptiens sont frustrés mais retiennent leur colère pendant longtemps, et tout d’un coup, ça explose », pense le sociologue Mohamad Al-Mahdi.

Un autre point important se rapporte à l’arme utilisée. D’où Soweilam a-t-il pu se procurer une arme automatique ? L’intéressé a dit que les gens de Haute-Egypte ne trouvent aucune difficulté à se procurer des armes. C’est encore un autre dossier à étudier.

Ola Hamdi

 

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