Al-Ahram Hebdo,Invité | Abdou Diouf
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 14 au 20 avril 2010, numéro 814

 

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Invité

A l’occasion du quarantième anniversaire de la Francophonie, le secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), Abdou Diouf, revient sur le chemin parcouru et trace les lignes de force de l’action future de l’organisation.

« Les identités linguistiques et culturelles constituent l’un des grands enjeux de ce siècle »

Al-Ahram Hebdo : La Francophonie fête ses 40 ans. L’Agence de coopération culturelle et technique des débuts a laissé place à une organisation internationale d’envergure, regroupant 70 membres. Quels ont été, sur ce chemin, les succès remportés et les difficultés rencontrées ?

Abdou Diouf : Je crois pouvoir affirmer que, si nous n’avons pas gagné la guerre, nous avons toutefois remporté quelques belles batailles ! La plus emblématique reste notre mobilisation exemplaire pour l’adoption de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles à l’Unesco. Mais c’est loin d’être la seule. Je pense, par exemple, à la formation de milliers d’experts du Sud aux négociations commerciales internationales, à Médiaterre, site francophone pour le développement durable qui attire plusieurs millions de visiteurs par an, ou encore à l’initiative Ifadem, ambitieux projet de formation à distance des enseignants du primaire. Je pense également à nos actions pour renforcer l’Etat de droit, consolider les processus démocratiques et promouvoir les droits de l’homme au sein de nos Etats membres. Je pense, en matière de langue, aux milliers de diplomates et de fonctionnaires que nous formons, à nos efforts pour assurer la présence du français sur l’Internet, ou à notre projet de bibliothèque numérique francophone. Enfin, je n’oublie pas notre mobilisation en faveur de la promotion des artistes, ni le soutien que nous apportons à la professionnalisation des entreprises culturelles du Sud.

Vous le voyez, les exemples de réussite sont nombreux ! Pour consolider ces résultats, nous avons initié une ambitieuse réforme de notre fonctionnement, menée sous la houlette efficace de l’administrateur, Clément Duhaime. Nous avons resserré nos programmes. Nos efforts ne nous épargnent pas pour autant toutes les difficultés. Comme le fait par exemple que, malgré un vade-mecum adopté par tous nos pays membres et qui précise les conditions d’emploi du français dans les organisations internationales, de moins en moins de fonctionnaires internationaux font le choix de s’exprimer en français. Or, l’appartenance à la francophonie correspond à un engagement politique volontaire : il ne confère pas seulement des droits, mais impose aussi des devoirs … Quand nos Etats ne respectent pas les engagements pris dans la Déclaration de Bamako en 2000, nous sommes parfois proches du découragement. Mais jamais, jamais nous ne baissons les bras. Nous sommes déterminés à poursuivre sur la voie de la résistance et de l’offensive.

— En quoi l’OIF est-elle une organisation originale ?

— Son originalité réside d’abord dans la variété de ses champs d’action, illustrée par les programmes de l’Agence universitaire de la Francophonie, de TV5 Monde, de l’Association internationale des maires francophones et de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, mais aussi par ceux des organisations non gouvernementales et de tous nos réseaux. Ensuite, j’ai l’habitude de dire que la Francophonie est un laboratoire de la diversité et de la solidarité : nous accueillons à la fois deux pays du G8, quinze membres de l’Union européenne, des pays émergents et d’autres parmi les plus pauvres. Enfin, nous pressentons que les identités linguistiques et culturelles constituent l’un des grands enjeux de ce siècle. C’est parce que nous croyons qu’une mondialisation sans autre moteur que le profit conduit à la prolifération des conflits que la Francophonie, espace géolinguistique de soixante-dix membres, se bat pour la diversité et le multilatéralisme réel, où chaque voix compte et où chacun apporte ses richesses à la table de l’échange.

— Vous avez qualifié 2010 « de l’aube d’un avenir prometteur ». Quelles sont les ambitions de la Francophonie pour les prochaines années ?

— Les chefs d’Etat et de gouvernement qui se réuniront à Montreux pour notre XIIIe Sommet au mois d’octobre donneront les grandes orientations. Mais d’ores et déjà, il est évident que la Francophonie a enregistré, en quarante ans, des acquis indéniables. Loin de nous en contenter, il faudra, demain, aller plus loin. Je pense à certains enjeux fondamentaux pour nous, comme la Convention sur la diversité des expressions culturelles : nous devons poursuivre notre mobilisation afin de relancer les ratifications et accélérer sa mise en œuvre. Un dialogue responsable et fructueux entre les civilisations est nécessaire pour dessiner un avenir plus équitable, plus pacifique, plus démocratique.

En matière politique justement, l’espace francophone connaît toujours, en dépit d’avancées notables, de nombreux cas de dérive ou de rupture de la démocratie, y compris sous l’habillage du droit. La Déclaration de Bamako nous permet d’adopter des mesures – pouvant aller jusqu’à la suspension du pays concerné de nos instances – à l’encontre des pays qui ne respectent pas les règles. Je précise que ces mesures sont toujours étayées de programmes d’accompagnement des processus de sortie de crise, de transition et de consolidation de la paix. Cependant, nous devons être plus audacieux encore et rechercher des mécanismes plus performants pour régler ces crises, surtout pour rendre véritablement opérationnelle la démarche préventive que nos instances privilégient. C’est là une des préoccupations prioritaires de l’OIF.

— La solidarité est l’une des principales valeurs revendiquées par la Francophonie …

— Absolument !

— Comment celle-ci peut-elle se traduire à l’endroit d’Haïti meurtrie ?

— L’ensemble de la Francophonie s’est tout de suite mobilisé au chevet d’Haïti. Dès les premiers jours qui ont suivi le séisme, l’OIF a débloqué une aide d’urgence pour la population civile de 100 000 euros que nous avons versée au fonds de la Banque de la République d’Haïti.

Au-delà, la Francophonie souhaite participer à la reconstruction aux côtés de nos membres impliqués et des organisations multilatérales avec lesquelles nous menions déjà des projets en Haïti, en particulier la Commission européenne et l’Onu. L’objectif premier est de favoriser un retour aussi rapide que possible à la normale, en particulier pour la jeunesse : les écoles doivent rouvrir et les étudiants reprendre leurs études, les enseignants du primaire,  avec lesquels nous travaillons, suivre leur formation.

En parallèle, nous effectuons avec les autorités haïtiennes l’inventaire précis des besoins suscités par cette situation sans précédent. Nous sommes à l’écoute du gouvernement haïtien afin de l’appuyer dans la « reconstruction » de l’Etat et de ses institutions démocratiques. Nous mettons à disposition ce qui constitue la force de la Francophonie : son expertise. Tous nos réseaux sont mobilisés.

— Votre deuxième mandat à la tête de l’OIF s’achève dans quelques mois. Envisagez-vous son renouvellement ?

— Un de vos confrères m’a posé cette question en décembre 2009. Ma réponse est la même aujourd’hui : je suis disponible. Si les chefs d’Etat et de gouvernement le souhaitent, je suis à leur disposition pour continuer ma mission. Je tiens d’ailleurs à dire que j’ai été très touché par les témoignages d’encouragement qui m’ont été adressés. Mais je le répète : si la Francophonie a résisté à l’épreuve du temps, si elle a su se régénérer et se réformer tout en restant elle-même, c’est d’abord grâce à l’engagement militant de celles et de ceux qui l’ont, tout au long de ces quarante ans, fidèlement servie et promue.

Propos recueillis par Ariane Poissonnier (MFI)

 




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