Al-Ahram Hebdo, Afrique | Maigre bilan
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 Semaine du 31 mars au 6 avril 2010, numéro 812

 

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Afrique

Kenya. Le gouvernement d’union peine à mettre en œuvre les réformes promises pour sortir le pays de la crise politique auquel il fait face depuis plus de deux ans.

Maigre bilan

Deux ans après la signature d’un accord de partage du pouvoir au Kenya, salué à l’époque pour le caractère ambitieux de son programme de réformes et présenté par la communauté internationale comme un exemple de résolution de crise sur le continent, l’euphorie est retombée. Le médiateur dans la crise kényane, l’ex-secrétaire général des Nations-Unies Kofi Annan, et les puissances occidentales rappellent inlassablement les parties kényanes à leurs obligations et tirent régulièrement la sonnette d’alarme sur les questions d’impunité et de tribalisme rampant.

En visite à Nairobi, Kofi Annan s’est dit vendredi inquiété et frustré des faibles progrès enregistrés au Kenya dans la lutte contre la corruption et l’impunité. « La question de l’impunité, y compris la corruption, demeure d’une importance fondamentale et doit être encore réglée de façon significative », a regretté M. Annan, lors d’une conférence de presse à l’issue d’une visite de travail au Kenya. « Je suis particulièrement inquiet d’informations concernant l’intimidation de témoins potentiels (de la Cour Pénale Internationale, CPI) et de défenseurs des droits de l’homme, ainsi que d’exécutions extrajudiciaires. Des mesures du gouvernement pour assurer la protection des témoins sont indispensables », a-t-il ajouté. M. Annan a cité d’autres motifs de déception au regard du processus de sortie de crise : manque de coopération entre le président Mwai Kibaki et le premier ministre Raila Odinga, lenteur de la réforme de la justice, aide insuffisante aux victimes des violences électorales encore déplacées dans le pays.

A la tête d’une médiation internationale, M. Annan était parvenu à arracher un accord de partage du pouvoir en février 2008 pour mettre fin aux violences qui avaient accompagné la réélection controversée du président Mwai Kibaki fin 2007. Quelque 1 500 personnes avaient été tuées et environ 300 000 déplacées lors de ces violences. M. Kibaki avait été maintenu à la présidence du pays, tandis qu’un poste de premier ministre était créé et confié à son adversaire Raila Odinga. Les dysfonctionnements du gouvernement d’union se succèdent depuis à un rythme métronomique, avec en point d’orgue le récent veto du président Kibaki à la décision de son premier ministre de suspendre deux ministres cités dans des scandales de corruption. « J’ai discuté avec les deux (leaders) de ce sujet. C’est une preuve des difficultés de la coalition. Ils doivent travailler plus étroitement ensemble et il faut qu’ils consultent, consultent, consultent », a de nouveau insisté M. Annan.

L’ancien secrétaire général des Nations-Unies a toutefois salué les progrès dans la réforme, cruciale, de la nouvelle Constitution qui est actuellement débattue devant le Parlement. Une fois adopté, le texte définitif de la Constitution devrait être soumis à l’approbation de la population lors d’un référendum national organisé au courant de l’année. Outre la Constitution, le gouvernement d’union doit s’atteler à une série de réformes aussi étendues que difficiles : réformes foncières, de la police, de la justice, du système électoral ... Une tâche ardue.

« Il fallait faire quelque chose pour mettre un terme au conflit, mais peut-être cela aurait-il pu être mieux pensé », résume l’activiste Mwalimu Mati, en référence à l’accord signé le 28 février 2008 par le président sortant réélu Mwai Kibaki et son adversaire à la présidentielle Raila Odinga, qui a mis fin aux violences post-électorales. De fait, la confiance des Kényans dans leur classe politique est au plus bas, les réformes promises à l’état embryonnaire et nombre d’observateurs estiment que la corruption a augmenté autant que la taille du gouvernement, multipliée par deux pour intégrer les deux camps rivaux.

« La communauté internationale et l’équipe de médiation ont davantage cru en cet accord que les Kényans eux-mêmes », estime Tom Wolf, sondeur et politologue. Il souligne également la rapidité des médiateurs et du corps diplomatique à passer, outre la question, cruciale, des résultats des élections générales du 27 décembre 2007. Le président sortant Mwai Kibaki, donné perdant dans la quasi-totalité des sondages avant l’élection, avait dépassé sur le fil M. Odinga au terme d’un processus de dépouillement pour le moins confus. Les camps rivaux « ont été contraints au mariage, sans que la boîte de Pandore sur les vrais résultats de l’élection n’ait été ouverte ni que l’on ait tenté de déterminer les responsables de tout un éventail de fraudes documentées par les observateurs », analyse M. Wolf.

Les pays occidentaux, qui avaient soutenu l’accord arraché par M. Annan, se posent aujourd’hui des questions sur sa pertinence. L’un des diplomates en poste à Nairobi reconnaît des carences dans l’approche occidentale de la crise et y voit des effets pervers sur le

continent, citant Madagascar et le Zimbabwe. « Je pense qu’un nombre d’autocrates peuvent trouver le scénario attrayant : Tu veux rester au pouvoir ? Tu voles les élections, tu agites le spectre des violences ethniques et tu attends une communauté internationale paniquée pour mettre sur pied un accord de partage du pouvoir », explique-t-il.

Reste qu’en dépit d’une litanie de scandales de corruption et de son très maigre bilan, le gouvernement de coalition est toujours en place. Il devrait gérer la crise et rester au pouvoir jusqu’aux élections de 2012. « La vérité c’est que Kibaki n’y mettra pas un terme, car cela voudrait dire la fin de sa présidence, pas plus qu’Odinga, car en tant que premier ministre, il est sous les feux de la rampe », prédit un observateur kényan. Avant de livrer une conclusion sans appel : « C’est un complot quasi-parfait contre le peuple kényan ».

Hicham Mourad

 




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