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 Semaine du 17 au 23 novembre 2010, numéro 845

 

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Ancienne analyste politique à la CIA et auteure de nombreux ouvrages sur la politique étrangère des Etats-Unis au Proche-Orient, Kathleen Christison décortique l’impasse actuelle des négociations de paix et la politique américaine vis-à-vis du conflit palestino-israélien.

« L’Autorité palestinienne est prête à tout pour plaire à l’administration américaine »

Al-Ahram Hebdo : Comment évaluez-vous les rapports entre les Etats-Unis et les pays arabes, en particulier sur la question du conflit israélo-palestinien ?

Kathleen Christison : Tout d’abord, je pense qu’un phénomène malheureux, à mon avis, est le fait que la majorité des pays arabes reste encore excessivement conciliante vis-à-vis de la politique étrangère américaine en ce qui concerne leur position dans le conflit israélo-palestinien. La vérité est que beaucoup de pays arabes ne s’opposent pas de manière claire à la politique étrangère américaine au Proche-Orient et, au contraire, coopèrent avec les Etats-Unis dans toutes leurs démarches dans cette région, au détriment, parfois, de leur opinion publique et positions de leur peuple.

— A quels pays faites-vous référence ?

En fait, de nombreux pays arabes ont besoin de l’aide directe accordée par Washington et d’autres ont besoin des Etats-Unis pour protéger leurs ressources ou leur pétrole, comme c’est le cas de l’Arabie saoudite ou des pays du Golfe, qui voient l’Amérique comme une sorte de parapluie qui les protège. A cause de cela, la coopération avec les Etats-Unis reste donc incontournable à plusieurs niveaux, et surtout en politique. Personnellement, je pense que l’homme de la rue dans les pays arabes soutient les Palestiniens. Mais les gouvernements, eux, font toujours ce que Washington leur demande. On ne voit pas, par exemple, le roi de Jordanie critiquer explicitement les positions américaines vis-à-vis du conflit israélo-palestinien, et en faisant cela, il soutient indirectement l’appui inconditionnel que le gouvernement américain accorde à Israël. La réalité est que les Etats-Unis ne font pas pression sur Israël pour que celui-ci fasse les moindres concessions pour parvenir à la paix. Mais il est aussi vrai que les pays arabes n’exercent pas, eux non plus, de grandes pressions sur les Etats-Unis pour que ce pays adopte des positions plus justes et équilibrées.

— Et qu’en est-il des rapports avec l’Autorité palestinienne ? Il s’agit de la partie ayant le plus intérêt à parvenir à une solution au conflit ...

Malheureusement, l’Autorité palestinienne est elle aussi trop conciliante, et prête à tout faire pour plaire à l’administration américaine. Ils n’ont pas le pouvoir de dire quoi que ce soit aux Etats-Unis, et pour cette raison, ils finissent par prononcer un discours très peu convaincant, comme celui par exemple des représentants de l’Autorité palestinienne dans lequel ils se plaignent des pratiques israéliennes. Ils n’ont pas le courage de s’attaquer aux Etats-Unis, qui est la véritable source de puissance derrière Israël. Ils critiquent Israël à cause de la poursuite de sa politique de colonisation en Cisjordanie, etc. Mais ils ne critiquent jamais Washington, même sachant que c’est là qu’Israël puise sa force et que ce sont les Etats-Unis qui fournissent à l’Etat hébreu les armes qu’il utilise pour attaquer le peuple palestinien.

— Il en est pourtant de l’intérêt national, même des Etats-Unis, d’aider les parties à parvenir à la paix au Proche-Orient. Le président Obama l’a souligné à plusieurs reprises …

Il est vrai que la paix entre Israéliens et Palestiniens représente un intérêt majeur aux Etats-Unis. Barack Obama a affirmé que le règlement du problème israélo-palestinien fait partie de l’intérêt national des Etats-Unis. Mais le problème c’est que, pour parvenir à une paix dans ce conflit, il serait nécessaire d’exercer de fortes pressions sur Israël, et cela n’est dans l’intérêt personnel d’aucun politicien américain. Aucun membre de la classe politique aux Etats-Unis n’oserait faire cela.

— On observe, ces dernières années, l’émergence sur la scène politique américaine de groupes de pression juifs comme le JStreet qui, contrairement à l’AIPAC, est connu pour ses positions plus progressistes et modérées vis-à-vis du règlement du conflit israélo-palestinien. Qu’en dites-vous ?

Il existe, en effet, de nombreux groupes juifs plus modérés aux Etats-Unis. Le plus important d’entre eux et qui a réussi à faire opposition à l’AIPAC c’est, comme vous le dites, le JStreet. Celui-ci est sans doute modéré et s’oppose souvent aux politiques d’extrême droite du premier ministre israélien Benyamin Netanyahu. Mais le problème avec ce groupe c’est que la plupart de ses positions soutiennent les positions américaines telles que nous les connaissons, c’est-à-dire qu’il veut des pressions américaines sur Israël pour un arrêt ou un gel de la colonisation, mais il a déjà fait savoir qu’il est contre un recours à des pressions économiques ou des sanctions de toute sorte contre Israël. Le JStreet a aussi émis des critiques très claires contre le rapport Goldstone qui, comme nous le savons tous, est un document honnête et équilibré, écrit par un sioniste et dans lequel il dénonce toutes les parties ayant commis des crimes dans la bande de Gaza.

— Pensez-vous donc que dans les conditions d’impasse actuelle et vu la poursuite de la colonisation, la solution des deux Etats n’a plus de raison d’être ?

Le problème c’est que ceux qui soutiennent la solution des deux Etats ne disent pas ce qu’Israël dit : garder la totalité de la Cisjordanie. Ils disent simplement qu’ils ne vont jamais diviser Jérusalem. Ils veulent garder Jérusalem-Est où vivent actuellement à peu près 200 000 colons israéliens. Par ailleurs, je dois dire qu’Obama a proposé dernièrement aux Israéliens de garder leurs troupes dans la vallée du Jourdain en cas de règlement, en échange du gel des colonies. Or, la vallée du Jourdain devrait être la frontière est du futur Etat palestinien. Cette vallée constitue 25 % de la totalité de la Cisjordanie qui, elle, constitue seulement 22 % de la Palestine historique. Alors, si on prend ces 25 % et on leur ajoute les 10 % du territoire palestinien qui se trouvent de l’autre côté du mur de séparation (à l’ouest) que les Israéliens veulent aussi garder, on arrive à la conclusion que les Palestiniens n’auront rien. Selon le rapport de l’ONG israélienne B’Tselem, les colonies ont le contrôle de pratiquement 41 % des terres en Cisjordanie. Donc, si les Israéliens acceptent une solution de deux Etats, ils garderaient le 10 % à l’ouest du mur, 25 % à l’est dans la vallée du Jourdain, et cela en plus des nombreuses colonies, sans parler des routes, etc. Dans ces conditions, nous ne pouvons pas parler d’Etat palestinien. Nous pouvons conclure de ce qui précède que si les Israéliens acceptent un règlement à deux Etats, ce serait, pour les Palestiniens, une Palestine en « petits morceaux ».

— Que pensez-vous du refus des Etats-Unis de reconnaître le mouvement de la résistance islamique (Hamas) comme un interlocuteur palestinien valable, notamment après sa victoire électorale et son gouvernement de facto dans la bande de Gaza ?

La question des rapports avec le Hamas est un nouvel exemple de l’alignement total des Etats-Unis sur les positions d’Israël. Il est vrai que le Hamas a commis quelques actes terroristes et que c’est un groupe de fondamentalistes qui ne reconnaît ni Israël ni les accords signés avec l’Autorité palestinienne et qui ne veut pas renoncer à la violence. Mais d’un autre côté, ni Israël, ni les Etats-Unis n’ont reconnu les résultats des élections remportées par le Hamas. Ces conditions imposées aux Palestiniens ne s’appliquent pas aux Israéliens. C’est-à-dire qu’ils n’étaient pas obligés de reconnaître le droit d’un Etat palestinien d’exister. Israël n’a pas non plus respecté les accords signés auparavant avec les Palestiniens. Il n’a pas respecté les accords d’Oslo dès le départ. Et aussi, évidemment, il n’est pas obligé de renoncer à la violence contre les Palestiniens. Israël a été par exemple beaucoup plus violent que le Hamas dans ses attaques contre la bande de Gaza en 2008/2009.

— De nombreux membres du Hamas ont déclaré, à plusieurs reprises, qu’ils étaient prêts à reconnaître Israël dans les frontières de 1967 …

C’est vrai. Mais la réalité est que ni les Etats-Unis, ni Israël n’acceptent cela. Ils disent que ces propos ne sont pas adéquats, tout simplement parce qu’ils ne veulent pas avoir affaire avec le Hamas.

Propos recueillis par Randa Achmawi

 




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