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 Semaine du 20 au 26 janvier 2010, numéro 802

 

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Nulle part ailleurs

Exode rural . Un rapport du PNUD a démontré que 2009 a été l’année où ce phénomène a atteint son apogée. Périple de Hosni, un villageois qui a décidé de partir au Caire sans couper ses liens avec son bourg natal.

Entre Tama et Le Caire … mon cœur balance

Sa vie est un voyage continu entre la ville et la campagne. Quand Hosni, 43 ans, portier, a décidé de quitter son village natal depuis 20 ans, il a pris soin de garder un pied au Caire et l’autre à Tama, au gouvernorat de Béni-Souef. Dans la capitale, il vit avec ses cinq enfants dans une pièce exiguë située dans le garage de l’immeuble où il travaille. Pourtant, il garde sa maison construite sur 12 qirats à Tama. Bien que ses cinq enfants poursuivent leurs études au Caire, Hosni, dont la femme attend actuellement son sixième enfant, a décidé qu’elle ira accoucher à Tama. Il continue de planifier pour l’avenir de ses enfants et veut acheter une maison dans les bidonvilles du Caire où les prix sont abordables. Cependant, il a décidé de finir sa vie là où il est né, car il estime que c’est plus raisonnable de retourner chez soi une fois à la retraite.

Hosni n’est qu’un parmi les millions de personnes qui ont pris la décision de quitter leur village natal à la quête d’un gagne-pain. Seul moyen pour lui d’échapper à la pauvreté et pouvoir vivre dans de meilleures conditions. Mais entre ces deux destinations, son cœur vacille. Selon un rapport publié par le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD), l’exode rural a atteint son apogée à travers le monde en 2009. D’après la même source, le taux des provinciaux dans les grandes agglomérations risque d’atteindre les 70 % en 2050 face aux dures conditions économiques qui secouent les villages. Le Caire occupe la 15e place dans le monde en ce qui concerne l’accueil de l’exode rural. Le rapport prévoit que le nombre de ses habitants (estimé actuellement à 13 millions) atteindra les 15,6 millions en 2025 contre 11,3 millions en 2007. En effet, la destination des provinciaux est Le Caire ou Alexandrie.

Un départ forcé dû aux conditions économiques. La quête d’un gagne-pain modeste pour lutter contre cette pauvreté qui ne cesse de peser et d’élargir le fossé entre la ville et la campagne. Des idées trottaient dans la tête de Hosni avant de prendre sa décision de quitter son village natal … « Je ne possédais pas de boue (terre agricole dans le langage des paysans) pour me permettre de vivre comme il faut dans mon village natal. C’est pour cela que j’ai pris la décision de partir en laissant ma famille. Le salaire d’un journalier au Caire est plus élevé et les chances d’emplois sont plus variées », avance Hosni, qui est parti en laissant sa femme et ses enfants à Tama. « Je suis resté cinq ans tout seul au Caire comme un simple visiteur. Car je devais travailler 20 jours par mois et passer le reste du temps avec ma famille ». Son quotidien au Caire semble refléter une certaine nostalgie. La plupart des gens avec qui il travaillait étaient de pauvres villageois comme lui. Et pour passer la nuit, il devait faire le tour des maisons où les portiers, ou les gardiens, étaient natifs de son village pour y dormir.

Mais les dépenses pour ses déplacements entre Le Caire et Tama ont commencé à lui peser. « Je dois subvenir aux besoins de ma famille restée au village, assumer les miens au Caire et ce, sans compter les frais du transport mensuel. J’ai décidé alors de ramener ma famille au Caire, surtout que j’ai eu une offre de travail comme gardien d’un terrain vide. C’est là où j’ai dressé mon taudis, quatre murs pour abriter ma famille », avance Hosni. Là, il entreprend son petit business pour pouvoir survivre dans la ville. Il se rend de bon matin au four pour acheter des galettes de pain et les revendre. Il travaille comme porteur dans une usine de confitures non loin de sa résidence et charge 18 camions par jour. Il n’hésite pas non plus à laver les voitures des voisins pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. « A la campagne, l’argent n’est pas très important dans la vie quotidienne des individus, car il existe plusieurs moyens de vendre ou d’acheter comme par exemple le système du troc. On peut acheter ce dont on a besoin et si vous n‘avez pas d’argent, le commerçant accepte de vous faire crédit car les gens se connaissent et se font confiance. Au Caire, la situation est tellement différente, au point où j’ai parfois l’impression de payer même l’air que je respire », estime Hosni.

Les avantages de la capitale

Pourtant, ce père reconnaît que ses enfants suivent un enseignement de meilleure qualité au Caire, contrairement à ce qui se passe à la campagne, mais que les leçons particulières pèsent sur son budget. « Maintenant que je travaille comme gardien d’un immeuble, mes enfants côtoient des enfants cairotes dont le niveau de vie est supérieur au leur. Pour ne pas ressentir ce sentiment d’infériorité, ils doivent à la fois s’instruire et avoir une apparence irréprochable », confie Hosni. Une raison pour laquelle ses garçons travaillent durant l’été pour l’aider à régler toutes ces dépenses.

Un train de vie que mène cette famille et auquel elle s’est habituée sans rompre le fil qui la lie au village. C’est grâce à leurs économies rassemblées au Caire que cette famille a pu construire une maison à la campagne. La famille aspire à ce que cette maison soit construite en pierres blanches ou en béton plutôt qu’en brique crue pour qu’elle soit plus résistante. « Je ne me sens à l’aise que dans cette maison, celle de Tama. C’est vraiment mon nid douillet. Et quand je me dispute avec mon mari, je quitte Le Caire pour aller me réfugier dans cette maison », confie Oum Fathi, sa femme.

Un avis qui semble être partagé par les enfants qui, pourtant, apprécient plus leur vie dans la capitale. Pour eux, la campagne reste une détente. Là, ils se sentent moins pauvres et là, ils préfèrent passer toutes les fêtes. « Au village, la fête a un autre goût. Retrouver tous les proches qui vous aiment, vous gâtent et sont prêts à tout faire pour vous satisfaire comme ils le feraient pour un invité », explique le petit Mohamad de 7 ans.

Un lieu de transit ?

Hamdi Rizq, rédacteur en chef du magazine Al-Mossawar, ayant quitté lui aussi son village natal au début des années 1970 en quête d’une vie meilleure, estime que « la ville n’est, en fait, qu’un lieu de transit pour les villageois. Pour eux, ce n’est que l’endroit où ils gagnent leur pain. Mais quand il s’agit de relations sociales et de vies humaines, ils éprouvent cette nostalgie pour leur campagne. L’idée de retour est pour tout provincial une obsession, car sa nostalgie pour ses racines est souvent plus forte que tout ».

Le retour, un jour, est donc évident mais la décision est souvent reportée à plus tard. « Même si je n’ai pas cette chance d’y retourner vivant, je tiens à être enterré là-bas. Tel a été le vœu de ma mère avant sa mort, même après avoir passé ses derniers jours au Caire. Pour nous, si un des villageois est enterré en dehors du village, sa famille sera montrée du doigt toute sa vie », avance Hosni.

C’est pour cette raison que même si les villageois, selon Rizq, tiennent à acheter un logement au Caire, ils doivent posséder une tombe au village.

Pour tout villageois, le village représente le repos et le calme. Quant à la capitale, « elle reflète cette bataille permanente de la vie avec tous ses conflits que tout le monde doit affronter au quotidien », analyse Rizq.

Et c’est ainsi que Hosni balance entre deux univers, deux modes de vie, deux allures et deux mentalités.

Des idées qui lui semblent parfois étrangères et un train de vie qui l’oblige à faire des choix en permanence pour garder cet équilibre entre ses racines provinciales et ces nouvelles idées, celles de la capitale. Il n’a pas hésité un seul instant à inscrire sa fille Magda à l’université, mais sous condition de ne pas se vêtir comme les Cairotes. Il permet à sa femme de travailler à condition de lui choisir les gens chez qui elle va travailler. Il s’impose tout de même une tenue vestimentaire dans la capitale, un jean usé et une chemise.

Alors que sa tenue saïdienne, la djellaba aux manches larges, son turban et son écharpe, font partie intégrante de sa garde-robe. « Je ne peux pas assister à des funérailles sans porter cette tenue dans mon village. Sinon, je ferai l’objet de commérage et l’on me considérera comme un homme orgueilleux parce que je vis au Caire ».

La vie dans les villes modernes avec ses routes pavées, ses bâtiments hauts et froids, ce rythme insupportable et inhumain, ne semble cependant pas satisfaire au goût du provincial.

« La vie dans le village convient mieux à son humeur et à ses habitudes, car c’est là où il partage ses idées et mène son mode de vie comme il l’entend avec l’accoutrement auquel il est habitué, entouré de ses intimes et vivant tout à fait à l’aise », conclut Hamdi qui, malgré les 60 km qui séparent son village du Caire, se sent toujours en exil …

Dina Darwich

 




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