Al-Ahram Hebdo,Société | La quarantaine même après la guérison !
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 2 au 8 septembre 2009, numéro 782

 

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Société

Grippe porcine . Au début de l’annonce du virus A (H1N1), il suffisait d’éternuer pour provoquer un mouvement de recul autour de soi. Depuis, la panique a gagné au point où les personnes atteintes sont considérées par les proches, collègues ou voisins comme des pestiférées, même après leur rétablissement. Témoignages.

La quarantaine même
après la guérison !

En rentrant chez lui, la semaine dernière, Abdalla ne se sentait pas bien du tout. Il avait des difficultés à respirer, une forte fièvre, une toux et des courbatures. Des symptômes qui l’ont poussé à douter qu’il pourrait être atteint du virus A(H1N1), car il travaille dans un hôtel et est constamment en contact avec des touristes. Effrayé, il s’est rendu à l’hôpital de Abbassiya, au service des maladies contagieuses, en traînant les pieds. Les tests qu’il a passés ont prouvé qu’il était atteint de la grippe porcine.

« A ce moment, je me suis remis à Dieu et je me suis dit que si un malheur devrait m’arriver, alors il arrivera car tel est mon destin. En fait, ce qui m’a le plus inquiété est que j’habite avec mes parents et j’ai eu peur qu’ils ne soient contaminés. Les deux sont âgés et souffrent déjà de maladies chroniques. Heureusement, leurs tests se sont avérés négatifs », dit-il. Après une mise en quarantaine d’une semaine et des soins au Tamiflu, Abdallah s’est senti beaucoup mieux et les médecins lui ont dit qu’il pouvait sortir et reprendre sa vie le plus normalement du monde. Une guérison qui a soulagé ses proches mais n’a pas atténué leurs craintes face au virus A(H1N1). Et même si tous ont la preuve concrète que le traitement au Tamiflu est efficace et que Abdallah est complètement guéri, ils ont continué à l’éviter. Ce dernier a insisté pour que personne ne sache rien sur son hospitalisation, mais la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre et il a été surpris de voir son nom cité par les médias. Le jour de sa sortie de l’hôpital, il fut assailli par une foule de gens et de journalistes. « Les questions des journalistes et les rumeurs qui circulaient disaient que j’étais encore porteur du virus. Une chose qui risquait d’avoir de l’influence sur mon entourage ou mon travail », relate-t-il. Et comme Abdallah a été l’une des premières personnes à avoir contracté la grippe porcine et vu le manque d’informations à propos de cette nouvelle maladie et la peur de la contagion, tout cela a poussé les gens à l’éviter. Une fois guéri, Abdallah a vu sa mère distribuer de la viande pour remercier Dieu d’avoir sauvé son fils, mais les habitants du quartier ont préféré garder leurs distances et ne sont pas venus lui rendre visite, craignant d’être contaminés. Quelques-uns de ses collègues n’ont pas hésité à porter des masques en le voyant, d’autres ont mis des mouchoirs sur le nez et ont évité de le saluer. Et si par hasard l’un d’eux se retrouvait face à face avec lui, il reculait en mettant la main sur son nez ou sa bouche et prenait la fuite.

En effet, depuis que la grippe porcine a fait son apparition en Egypte, l’inquiétude a atteint son apogée. L’Egypte a mis en place un dispositif de prévention. L’alerte à cette grippe fait encore la une de la quasi-totalité des journaux.  

La menace s’étend tous les jours avec de nouveaux cas suspects détectés sans compter les conseils du ministère de la Santé afin d’éviter de fréquenter les lieux de grands rassemblements, d’annuler le hadj et la omra et de respecter certaines mesures pour éviter toute contamination. On compte aujourd’hui 621 cas avérés dont 483 ont guéri et un cas de décès. Et malgré la tentative faite par les responsables de calmer les esprits, plusieurs citoyens ont la phobie de s’approcher des gens qui ont été atteints par ce virus. « C’est d’ailleurs étonnant tout ce tapage fait autour de cette maladie qui, au final, n’aura fait que très peu de morts, alors que tout le monde ignore la grippe normale qui fait chaque année des milliers de morts partout dans le monde ... là, pas de masques, on ne parle pas de pandémie ni de fin du monde ! La grippe porcine n’est pas plus ou moins dangereuse que la grippe normale. L’incidence de mort liée à cette grippe est de l’ordre de 1 à 4 %, pas plus que celle qui sévit tous les ans dans toutes les populations du monde, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) », explique Dr Amr Qandil, responsable au ministère de la Santé pour la médecine préventive. 

Des regards méfiants !

Ramez, pilote, guéri de la grippe porcine, relate sa dure expérience. « Je n’ai pas eu peur de la mort lorsqu’on m’a appris que j’étais atteint du virus A(H1N1), car je suis exposé à tout, vu mon travail. Ce qui était vraiment abominable, c’était la réaction des gens qui me regardaient avec méfiance. Comme on dit, mieux vaut prévenir que guérir et les gens ont bien le droit d’être prudents, mais nous n’allons pas aussi continuer à vivre comme des pestiférés. Nous sommes des cas bénins, notre guérison a été confirmée par les différents examens cliniques et para-cliniques, dont nous avons bénéficié au terme de notre hospitalisation et la vie doit reprendre son cours. Et puis, quel intérêt pourraient tirer les médias en publiant les noms et les adresses des personnes atteintes ? », se plaint Ramez tout en disant qu’il a voulu au début recevoir son traitement dans un hôpital privé et non pas dans le service des maladies contagieuses à Abbassiya, afin de suivre un bon traitement et éviter les médias. Mais dès qu’il est rentré à l’hôpital de Abbassiya, il a été surpris par la bonne qualité de services alors que l’endroit est très modeste.

Ramez pense que le problème réside dans le manque de sensibilisation et d’informations sur la grippe porcine. « Il faut donc sensibiliser sans exagérer ni semer la panique au sein de la population en expliquant aux gens que la guérison est possible, surtout si le diagnostic a lieu précocement. Elle se fait dans les six à sept jours qui suivent l’incubation en utilisant le Tamiflu, très efficace si le traitement est commencé à temps ». Pourtant, la panique s’est propagée après l’annonce de la mort d’une jeune femme venue d’Arabie saoudite à l’issue de la grippe porcine. Des gens ont même fait un stock de Tamiflu. Comme Hassan, un des voisins de Ramez, qui par mesure de précaution a acheté plusieurs boîtes de Tamiflu et a insisté pour que toute sa famille en prenne. Ce qui est déconseillé par les médecins qui ont déclaré que l’utilisation de ce médicament est inefficace si on n’est pas atteint de ce virus.

Autre victime. Racha (18 ans), étudiante aux Etats-Unis, est arrivée la semaine dernière avec sa mère au Caire. Le détecteur thermique n’a pas décelé de fièvre chez la jeune fille à son arrivée à l’aéroport, mais son état a attiré l’attention du médecin de l’antenne médicale de l’aéroport qui, après un examen sans particularité, lui a conseillé de le contacter en cas de parution d’un signe quelconque. Le lendemain, le père de la jeune fille a contacté le médecin de l’aéroport pour signaler une fièvre. L’examen clinique a révélé l’existence d’une fièvre de 38,8° et une inflammation à la gorge évoquant une rhinopharyngite. Vu le contexte épidémiologique, l’équipe médicale a procédé aux prélèvements nécessaires et les a acheminés vers l’hôpital des maladies contagieuses à Abbassiya. Les résultats ont confirmé l’existence du virus A(H1N1) chez la jeune fille. Chose surprenante, dès que la fille a été hospitalisée, ses proches ont évité de s’approcher d’elle ou de lui rendre visite de peur d’être contaminés. Même situation quand elle est retournée chez elle. « Même si le danger est passé, la prudence reste de mise. Les spécialistes de la santé ne peuvent pas prévoir l’évolution de ce virus avec certitude. Est-il possible que ce virus mute, c’est-à-dire risquer de se transformer, inhibant alors l’efficacité de ce type de médicament antiviral ? », conclut Karima, la tante de Racha, dont l’attitude illustre l’état de panique générale qui sévit autour du H1N1.

Chahinaz Gheith

La polémique
du
certificat
médical

Une décision du ministre de la Santé imposant un certificat médical à ceux qui veulent aller en pèlerinage de La Mecque provoque une vive polémique.

« Me laver de mes péchés et redevenir blanc comme neige, tout comme au jour ma mère m’a mis au monde, ou mourir et être enterré à Al-Baqiaa (cimetière collectif à Al-Madina), c’est le souhait de tout pèlerin. Il n’y a rien de mieux que de mourir dans les lieux saints », dit Hassan Abdallah qui s’apprête cette année à faire le grand pèlerinage. Un rêve pour lequel il a économisé pendant de longues années. Depuis sept ans, Hassan se présente au tirage au sort pour un hadj subventionné par l’Etat. Cette année, son nom est sorti dans la fameuse liste. Mais il craint de ne pas voir son rêve se réaliser. « Une fois ils disent qu’ils vont interdire le pèlerinage à cause de la grippe porcine, une autre fois ils interdisent aux gens de plus de 65 ans d’aller en pèlerinage et maintenant ils exigent d’eux un certificat de bonne santé », se plaint Hassan, paniqué, car il ne veut en aucun cas rater ce pèlerinage à La Mecque.

En fait, la récente décision promulguée par le ministre de la Santé stipule que tout musulman désirant accomplir le pèlerinage doit présenter un certificat garantissant qu’il ne souffre ni de maladies chroniques, telles que le diabète et l’hypertension, ni de problèmes cardiaques. Et ce, parce que l’immunité de ces personnes est faible, et donc elles ne peuvent pas résister à la contamination. Une décision prise suite aux  nombreux cas de grippe porcine récemment confirmés en Egypte et  surtout après le décès d’une Egyptienne revenue du petit pèlerinage. Cette dernière avait attrapé le virus A(H1N1) et avait aussi un problème au cœur. « Ce n’est pas nouveau, vu que les pèlerins n’obtiennent le visa qu’après avoir présenté un certificat disant qu’ils ont été vaccinés contre le choléra, la méningite et les maladies contagieuses. De plus, les travailleurs qui partent pour l’Arabie saoudite doivent aussi présenter un certificat prouvant qu’ils n’ont ni le sida ni le virus C », explique Dr Abdel-Rahmane Chahine, porte-parole du ministère de la Santé, tout en soulignant que le prix de ce certificat de bonne santé varie entre 250 et 400 L.E. Un prix, selon lui, modeste par rapport aux grandes sommes versées pour se rendre en pèlerinage. Et d’ajouter : « Nous avons pris des mesures strictes pour éviter toute falsification de ce certificat. D’abord, il doit porter un filigrane à l’exemple des billets de banque et un cachet, soit du ministère de la Santé, si le certificat est délivré par un hôpital public, ou de l’ordre des Médecins si ce papier est remis par une institution privée. Et pour faciliter les procédures au futur pèlerin, il est libre de choisir n’importe quel hôpitalAutrement dit, si ce citoyen habite par exemple au gouvernorat de Minya ou à Gharbiya, il n’est pas obligé de se rendre au Caire pour obtenir ce certificat ».

Un certificat qui, aux yeux des gens, ne rime à rien. Une manière de soutirer de l’argent aux gens et un nouveau business de crises. « Je suis d’accord pour que le gouvernement impose au pèlerin, avant de partir, des examens médicaux afin d’éviter les problèmes. Mais pourquoi verser une somme de 400 L.E., alors que ces certificats étaient délivrés gratuitement ? Une somme qui vient s’ajouter aux dépenses déjà exorbitantes du hadj », souligne Dr Hamdi Abdel-Azim, expert en économie et chef de l’Académie Al-Sadate pour les sciences administratives. Il pense que cette affaire va ouvrir la porte au marché noir et aux profiteurs qui exploiteront cette occasion face aux queues infinies des citoyens pour acquérir ces certificats. « Il faut contrôler la situation, afin d’éviter toute falsification, sinon il va se passer la même chose comme pour les faux certificats obtenus pour justifier l’absentéisme des bacheliers », souligne Dr Hamdi.

D’ailleurs, Ahmad Salam, ingénieur, partage cet avis. Se préparant à faire la omra vers la fin du Ramadan, on lui a exigé ce certificat. Quand il s’est rendu à l’hôpital pour faire les tests médicaux, on lui a prélevé un peu de sang, puis on lui a posé quelques questions, à savoir : As-tu subi des interventions chirurgicales ? Est-ce que tu vois bien ? Souffres-tu de quelque chose, puis on lui a remis le certificat après qu’il eut versé 350 L.E. « Est-ce un examen correct ? Ou veut-on tout simplement soutirer de l’argent aux citoyens ? », conclut Ahmad.

 




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