Al-Ahram Hebdo, Monde |  Un scrutin sous haute tension
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 août 2009, numéro 780

 

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Afghanistan. Avec la menace grandissante des talibans qui ont juré de saboter les présidentielles et provinciales du 20 août, le bon déroulement du scrutin semble être un enjeu majeur.

 Un scrutin sous haute tension

Le jeudi 20 août, quelque 17 millions d’Afghans sont appelés à élire leur président pour la seconde fois de leur histoire après l’élection de 2004, et leurs représentants au sein des 34 conseils provinciaux, sous la surveillance de 200 000 soldats afghans et 100 000 soldats étrangers pour assurer la sécurité d’un scrutin « sous haute tension ».

Il y a plusieurs semaines, les talibans ont promis de saboter ces élections, les considérant comme « une imposture orchestrée par les Américains » et ont sommé les Afghans de ne pas se présenter aux bureaux de vote, les appelant à prendre les armes contre les « envahisseurs » étrangers. Dimanche, les insurgés ont menacé, pour la première fois, d’attaquer directement les bureaux de vote lors des élections. La menace, inscrite sur des tracts affichés et déposés dans des villages du sud, a été authentifiée par le porte-parole rebelle, Yousuf Ahmadi. « Les Afghans ne doivent pas participer aux élections pour ne pas devenir victimes de nos opérations, parce que nous allons utiliser de nouvelles tactiques », a souligné le chef taliban, jurant que ses hommes vont couper les routes menant aux urnes.

Selon les analystes, ces menaces talibanes pourraient bien saboter le scrutin car cette ambiance d’insécurité fait craindre une forte abstention des électeurs. « Une participation élevée est primordiale  pour que les élections soient considérées comme légitimes. Mais le peuple, déjà déçu par le gouvernement de Hamid Karzaï, qu’il juge corrompu et incompétent, pourrait bien s’abstenir, surtout sous cette ambiance d’insécurité », analysent les experts. 

En effet, le peuple afghan a plein de raisons de penser mille et une fois avant de se diriger aux urnes jeudi, car les violences ont atteint, ces dernières semaines, un niveau inédit depuis l’intervention internationale qui a chassé les talibans du pouvoir fin 2001. Dans une nouvelle démonstration de force des insurgés, un attentat majeur a secoué le cœur de Kaboul samedi, à 5 jours du scrutin, quand un kamikaze a fait sauter sa voiture bourrée d’explosifs près du quartier général des forces de l’Otan, l’Isaf, et de l’ambassade des Etats-Unis. Selon un dernier bilan du ministère afghan de la Défense, 7 civils ont été tués et une centaine de personnes blessées, lors de l’attaque qui a été rapidement revendiquée par les islamistes.

Dimanche, 3 soldats britanniques, 2 militaires américains ainsi que 14 civils afghans ont été également tués dans le sud de l’Afghanistan. Avec 76 morts le mois dernier seulement, les pertes des troupes étrangères avaient atteint un record absolu depuis que les talibans avaient été chassés du pouvoir, fin 2001. Cet état de choses a poussé le commandant des forces américaines en Afghanistan, le général Stanley McChrystal, à avouer que les talibans ont pris le dessus dans le pays et ont gagné du terrain au-delà de leurs bastions dans le sud. « C’est un ennemi très agressif », avoue M. McChrystal.

Manifestant son inquiétude, la Commission électorale indépendante afghane a affirmé que plus de 12 % des bureaux de vote pourraient rester fermés le jour des élections en raison des menaces de violences. « Il ne pourrait y avoir que 6 200 bureaux de vote ouverts dans le pays le 20 août, au lieu des quelque 7 000 prévus au départ, faute de pouvoir assurer la sécurité des électeurs », a déclaré l’un des responsables de la Commission, Zekria Barakzai, ajoutant que les conditions de sécurité seraient évaluées jusqu’à la dernière minute.

Des observateurs prédisent aussi que des manœuvres frauduleuses marqueront sans doute les élections et s’attendent à des actes d’escroquerie dans des bureaux de vote situés dans des secteurs isolés et dangereux. Déjà, 67 observateurs européens sont arrivés en Afghanistan cette semaine pour superviser les élections, mais leur mission « assez difficile » sera conditionnée par la sécurité, a annoncé la Commission européenne.

Karzaï reste grand favori du scrutin

Malgré tout ce tourbillon d’insécurité et de tension, le président sortant, Hamid Karzaï reste toujours grand favori du scrutin. Selon tous les sondages, il briguera un second mandat de 5 ans bien que le scrutin s’annonce cette fois beaucoup plus « serré » que celui de 2004. Tout au long de cette semaine, Karzaï est apparu très sûr de l’emporter, au point qu’il a déjà offert des postes au sein de son éventuelle administration à ses deux principaux opposants, Abdullah Abdullah et Ashraf Ghani, respectivement ex-ministre des Affaires étrangères et ex-ministre des Finances. Ces derniers ont pourtant répliqué qu’ils allaient d’abord attendre le résultat de l’élection.

Selon les analystes, maints facteurs placent Karzaï, favori du scrutin, entre autres le soutien farouche que lui procurent les Occidentaux, le fait qu’il ait déjà occupé ce poste pour 5 ans et, plus important aussi, l’absence d’un opposant de poids devant lui parmi les 39 candidats au scrutin.

Bien que Karzaï reste le favori du scrutin, un seul adversaire lui semble plus ou moins redoutable, c’est son ancien ministre des Affaires étrangères Abdullah Abdullah qui a adressé cette semaine au président des critiques virulentes, l’accusant de ne pas être en mesure d’assurer une sécurité suffisante pour le scrutin. Optimiste, Abdullah pense que ce scrutin sera porteur d’un nouveau départ pour le peuple afghan. « Le 20 août sera un jour de gloire pour le peuple afghan. Il signifiera la fin de l’ombre et le début de la lumière, l’arrivée de l’espoir et le changement dans la vie des Afghans », a espéré Abdullah, promettant au peuple afghan le changement, et notamment l’introduction du suffrage direct pour l’élection des gouverneurs de provinces, aujourd’hui nommés par le président. « Ne pensez pas que c’est terminé. Cette élection sera très serrée », a juré l’ancien ministre des Affaires étrangères.

Sûr pourtant de l’emporter, M. Karzaï a intensifié cette semaine sa campagne électorale, demandant aux militants d’éviter de « créer des problèmes aux gens qui voudront exercer leur droit de vote ». Pour Ahmad Wali Karzaï, frère du président, qui dirige sa campagne électorale, les violences talibanes n’empêcheront pas son frère de gagner, la plupart des électeurs — jusqu’à 70 %,  selon lui — votant dans des zones urbaines où les talibans ont une influence limitée.

Le frère du président a, bien plus, affirmé que des chefs talibans du sud du pays avaient accepté de ne pas mener d’attaques menaçant la sécurité des Afghans lors des élections. « Certains accords sont déjà conclus entre le gouvernement et des talibans, mais pas avec les talibans appartenant à Al-Qaëda », a-t-il ajouté, refusant de dévoiler les détails de cet accord. Cette annonce a cependant été démentie par le porte-parole des talibans qui a rejeté tout accord avec les autorités. « Nous n’avons parlé à personne. Ni nos commandants locaux, ni nos chefs n’ont parlé à quiconque et ils ne le feront pas », a-t-il déclaré. Les talibans ont refusé de manière répétée d’engager des pourparlers de paix régulièrement proposés ces dernières années par le gouvernement Karzaï, posant comme condition préalable le retrait des troupes étrangères du pays.

Deux scénarios prévus

A l’heure actuelle, deux scénarios sont sur la table. Le premier est l’organisation d’un second tour si Karzaï ne réunit pas les 50 % des suffrages requis à cause d’un faible taux de participation. Un scénario déjà prédit par certains sondages qui pronostiquent que Karzaï ne remporterait que 45 % des voix et il serait contraint à un second tour face à Abdullah Abdullah, crédité, lui, de 25 %. Second scénario : au cas où Karzaï emporterait le scrutin dès le premier tour, une large vague de manifestations post-électorales secouera le pays à l’instar de l’Iran, car les candidats défaits et leurs militants n’accepteront pas les résultats. Un tel dénouement pourrait mener à une grave crise politique dans un pays où le gouvernement central a déjà du mal à contrôler la situation.

Maha Al-Cherbini

 




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