Al-Ahram Hebdo, Visages | Samri Faraq, La discipline avant tout
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 30 décembre 2009 au 5 janvier 2010 2009, numéro 799

 

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Visages

Le nouveau et premier gouverneur de Louqsor, Samir Farag, est un réformateur obstiné. Ayant une volonté de fer, rien ne l’empêche de réaliser ses projets ambitieux. Un ancien militaire qui assure l’ordre partout où il va et passe directement à l’acte.

La discipline avant tout

« Attention à Esna et Armant », dit-il en signant les memos du jour : des tâches de restauration, des dépenses ici et là, des accords, etc. Sa signature est donc indispensable. C’est le gouverneur de Louqsor, Samir Farag, dans son bureau très sophistiqué. Le 7 décembre dernier, la ville de Louqsor a pris une nouvelle allure. Elle est déclarée officiellement par le président de la République comme le 29e gouvernorat d’Egypte. Deux jours après, Farag descend au Caire pour la cérémonie de prise de fonctions. Il se rappelle : « Le jour du serment, le président Hosni Moubarak m’a serré la main et m’a dit : Samir, Esna et Armant ». Ce sont les deux villes jointes récemment à la périphérie de Louqsor et qui se trouvent dans un état détérioré. Dès lors, Farag se donne cœur et âme au plan de la réforme de ces deux localités et affiche sa priorité, celle de tout changer. « Ce sont les directives du président », souligne-t-il. De nouvelles responsabilités. Oui, mais Farag, ex-chef du Conseil de la ville de Louqsor, dépendant alors de Qéna, ne se plaint pas. Il en a l’habitude. Et comme en quatre ans, il a pu transformer Louqsor en une nouvelle ville, et il est sûr d’avoir la force d’agir de même en ce qui concerne ces deux villes défavorisées. « Avec l’évolution de Louqsor, surtout dans le domaine sanitaire et en comparaison avec les autres gouvernorats d’Egypte, on mérite 8/10. Mais Esna et Armant ont abaissé cette évaluation à 4/10. Il y a vraiment un grand écart entre ces villes et Louqsor. Je crois qu’en un an, cela va changer », estime le nouveau gouverneur.

Depuis quatre ans, Farag déploie ses efforts pour restituer Louqsor, sa physionomie de ville touristique et archéologique incomparable. Tout un plan de réaménagement urbain a été appliqué. « J’ai été choqué de ne trouver aucun plan, aucune vision concernant cette ville. Souvent, les gens n’ont pas l’habitude de travailler suivant un vrai plan à long terme. Il faut avoir une ambition plus grande et dépasser le calendrier du au jour le jour », déclare Farag. Après des études pour les sites, les citoyens et l’espace urbain, le plan est mis jusqu’à 2030.

Les bulldozers écrasent les bidonvilles, détruisent les magasins et les bazars aléatoires devant les temples pharaoniques. Les sièges d’administration et de fouilles ont été déplacés. Les terres agricoles qui font partie du plan urbain ont été échangées contre d’autres ou contre des indemnisations financières. Les habitants crient injustice et se rassemblent devant sa maison : « Un dictateur, le général de la déconstruction, un homme qui favorise les monuments au détriment des êtres humains. Comment abandonner simplement nos maisons et nos terres ? … ». Le gouverneur jure que chacun de ces manifestants a touché une indemnisation, surtout les villageois de Gourna, qui construisaient leurs logis sur les sites archéologiques. Selon lui, 3 200 maisons étaient construites sur 950 tombes pharaoniques. Afin de sauver les vestiges pharaoniques, Farag a construit un autre village bien équipé respectant les traditions et les besoins des gens. « Ce fut la deuxième grande immigration après celle de la Nubie ».

De même, les logements près du temple de Karnak, ceux sur la route d’Al-Kebach et autres furent détruits. Toute démarche est bien étudiée pour la nouvelle reconstruction. Innover et réformer deux verbes qui résument bien la stratégie de Farag dans son travail. « Il faut se distinguer des autres, laisser une trace, apporter quelque chose à l’endroit qu’on dirige. C’est aussi une manière de défendre son nom et son honneur », résume-t-il. Un Don Quichotte ? Peut-être, mais Farag n’est pas un chevalier illusoire. Chaque poste qu’il a occupé correspond, pour lui, à une mission sacrée. A la tête de l’Opéra du Caire, il a pu rembourser les dettes et faire face à la corruption. Le général était à l’Opéra et on se méfiait d’une culture et d’un art militarisés. « Ces mots n’ont pas de sens. Le public était loin de l’Opéra, les dettes atteignaient les six millions, les problèmes régnaient au niveau de la gestion et des tâches administratives. La salle était presque vide, ne regroupant que 50 spectateurs lors d’un concert de l’Orchestre symphonique de 100 musiciens », lance Farag, qui ne nie pas qu’à l’Opéra, il a appris à travailler avec les artistes. « Un chanteur, un musicien ou une soprano se comportent avec une certaine grâce. Ce n’est plus possible de leur donner des ordres ou crier. Il faut discuter, les écouter et les comprendre ». Afin de rapprocher le public de l’Opéra, les concerts de la musique arabe ont été lancés, les répétitions générales des opéras et ballets ont été ouvertes aux jeunes universitaires. Quant aux concerts classiques de la grande salle, les balcons étaient consacrés aux jeunes à la tenue légère. Et avant d’ouvrir la porte à l’audience élégante et conservatrice qui s’installe dans les rangs du parterre, une rencontre s’effectue entre ces jeunes et Hassan Kami, directeur artistique de l’Opéra, afin de leur expliquer la petite histoire du programme choisi pour la soirée.

Quant à l’administration, Farag a eu recours à une équipe de militaires, respectant les ordres. « Comment ai-je réussi à l’Opéra et ici à Louqsor ? C’est grâce à une équipe bien choisie », souligne-t-il.

L’armée, la vie militaire et le militantisme étaient alors le rêve de Samir Farag, l’enfant originaire de la ville de Port-Saïd. Il a vécu l’agression tripartite de 1956 et en garde un souvenir amer. « La ville était assiégée pendant des mois. Lors d’un bombardement, ma famille est descendue au sous-sol pour se cacher. Nous y sommes restés trois jours consécutifs, du 30 octobre jusqu’à 2 novembre. Quand nous sommes sortis dans la rue, les officiers et les civils étaient morts ; il n’y avait que des maisons en ruine et des blessés partout ». Une image qui a bouleversé la vie tranquille de l’enfant, qui a décidé dès lors de devenir officier de l’armée égyptienne.

En 1963, Farag fut diplômé de l’école militaire. Il participa à la guerre du Yémen, celle de 1967, de l’usure et de 1973. Selon une stratégie et une vraie tactique, Farag a pu voir comment passer de la défaite à la victoire. Il analysait la guerre d’Octobre dans des conférences et des articles publiés dans la presse.

A l’époque, beaucoup d’officiers cherchaient à obtenir un bac ou une licence académique, outre le diplôme militaire. Ses collègues choisissaient d’étudier la gestion, alors que lui, il a étudié l’histoire à la faculté des lettres. « J’ai voulu être différent, et j’ai éprouvé toujours une grande passion pour l’histoire ». Quant à la gestion, il l’a étudiée plus tard aux Etats-Unis.

Les cours et stages stratégiques continuaient aussi. Premier de sa promotion dans le cycle d’état-major, Farag obtint une bourse en Angleterre pour étudier à l’Académie stratégique de Kimberley. A la fois, Farag étudiait et enseignait. « J’avais voyagé pour l’Angleterre avec beaucoup de rancœur. Je ne peux jamais oublier que les Anglais étaient parmi les ennemis durant la guerre de 1956. J’assistais à mes études, et à l’heure du déjeuner, j’achetais un chocolat Kit-Kat pour assouvir ma faim. Un jour, le marchand m’a dit voici un morceau de 4 pence et le deuxième à 6 pence. Le premier appartient à l’ancienne boîte et le deuxième fait partie d’une nouvelle boîte dont le prix est plus élevé. Je respectais sa franchise et mon regard envers les Anglais a commencé à changer. J’ai appris qu’il y a une grande différence entre la politique du pays et la nature du peuple ».

Deux ans après la victoire de 1973, Farag fut convoqué pour un séminaire de la BBC, où il devait intervenir avec Sharon sur la guerre d’Octobre. « On n’a pas parlé, mais chacun a dû présenter son point de vue stratégique. L’émission a duré pendant plus d’une heure et demie. Au niveau de l’évaluation, mon analyse valait 8/10 et celle de Sharon 6/10 ». Toujours il donne une note sur dix pour évaluer, aimant être précis et pratique.

Mais le général, longtemps expert des analyses stratégiques, fut déclaré à la tête du service « affaires morales » de l’armée. Un poste qui lui a imposé d’autres missions et études. Samir Farag s’ouvre alors sur le monde des médias. Comment faire le lien entre le public et l’homme militaire, en temps de paix ? Il fallait poursuivre ses études supérieures dans le domaine de la communication. Son doctorat avait comme thème : La communication militaire et son rôle quant à la défense de la sécurité nationale.

Farag écrivait alors sur l’histoire, l’analyse militaire et l’art. Aujourd’hui, préoccupé par les affaires de son gouvernorat, il avoue que l’écriture, le voyage et le sport lui manquent. Voilà environ deux semaines qu’il n’a pu ni revenir au Caire ni visiter ses petits-enfants. Sa femme et ses enfants se sont habitués à son travail exhaustif. « Mon voyage de noces n’a duré que 72 heures. Le jour du mariage, je travaillais encore à l’armée et je devais présenter un rapport à mon supérieur vers 17h. Par gentillesse, il m’a laissé rentrer chez moi à midi. C’était le plus grand service rendu à un officier à l’époque », dit-il avec un sourire sur les lèvres, celui d’un homme qui se plaît en travaillant. Ses petits-fils l’appellent toujours au téléphone et lui demandent quand ils pourront le voir. Il ne peut guère leur donner une réponse définitive. Car même durant son week-end au Caire, il doit souvent se rendre au ministère à la recherche d’aide financière pour Louqsor. « Je fais la manche. Si un jeudi vous ne trouvez aucun ministre présent dans son bureau, c’est qu’ils veulent échapper à Samir Farag ».

May Sélim

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Jalons

1963 : Diplôme de l’école militaire.

1968 : Mariage.

1975 : Bourse en Angleterre pour des études militaires à Kimberley.

1993 : Général et directeur des affaires morales de l’armée.

1998 : Thèse de doctorat.

2000 : Président de l’Opéra du Caire.

2004 : Président de la ville de Louqsor.

9 décembre 2009 : Gouverneur de Louqsor.

 




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