Al-Ahram Hebdo,Nulle part ailleurs | A la recherche du bonheur perdu
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 30 décembre 2009 au 5 janvier 2010 2009, numéro 799

 

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Nulle part ailleurs

Humeur. Etre heureux malgré la situation politique, la crainte de la grippe (AH1N1) et en présence de conditions économiques stressantes ? Comment et où pourraient être les sources de félicité dans un quotidien comme celui des Egyptiens ? Astuces.

A la recherche du bonheur perdu 

Des souffrances sur le niveau éducation, santé, sécurité et justice teintent le quotidien des Egyptiens ces dernières années. Ces maux communs ont laissé leurs traces sur la personnalité égyptienne, devenue de plus en plus pessimiste et triste. En fait, 1,5 million des Egyptiens souffrent de la dépression, selon le Dr Okacha, chef de l’Association égyptienne de la psychiatrie. Et pour y faire face, un appel a été lancé cette semaine par le journaliste Ahmad Al-Messlemani, dans son éditorial publié dans le quotidien Al-Masry Al-Youm. Al-Messlemani propose à la société égyptienne de chercher des éléments de lutte contre la dépression et l’oppression dont souffre le peuple. « Des Egyptiens contre la tristesse », tel est le titre de sa campagne visant à éradiquer la tristesse de la société et l’aider à retrouver son bonheur perdu.

Convaincu que la raison de ce malheur réside dans la situation économique et politique actuelle, Al-Messlemani interroge ses lecteurs : « Est-ce que nous sommes condamnés à la dépression et la mort à cause des décisions prises par les politiciens ? Est-ce que les politiciens vont nous priver de notre droit élémentaire à jouir de notre vie et à vivre des sentiments de bonheur et à retrouver notre volonté et notre détermination ? ». En posant de telles questions à ses lecteurs, Al-Messlemani tente d’éveiller chez eux cet esprit de lutte. Car, pour lui, un peuple opprimé et surtout déprimé ne peut en aucun cas changer son sort ni son avenir.

Et c’est là que réside l’importance du bonheur. Mais, aujourd’hui, quelles seraient les sources de la joie dans le quotidien des Egyptiens ? Et dans un tel quotidien, y a-t-il ce qui peut nous rendre heureux ? Voici un échantillon de ce que pensent les Egyptiens.

« Le football est sûrement notre seule source de bonheur en Egypte ces jours-ci », dit avec beaucoup d’enthousiasme Mina, diplômé de la faculté de commerce et qui a toujours un journal sportif en main ou dans sa voiture.

L’élimination de l’Egypte de la qualification de la Coupe du monde ne semble pas atténuer son enthousiasme. Il suit avec le même esprit les nouvelles de l’équipe nationale pour savoir si Abou-Treika pourra participer à la Coupe d’Afrique qui devra se tenir dans quelques jours en Angola.

Comme tous les Egyptiens, il suit les nouvelles de la prochaine sélection de Hassan Chéhata, dans l’attente d’une victoire qui pourra peut-être effacer la défaite au Soudan. « Ce sont ces victoires sportives qui rehaussent le moral et me font sentir qu’il reste quelque chose à célébrer et à en être fier », explique Mina qui juge les gens d’après les équipes de football dont ils sont les ardents supporters.

Noha, bancaire de 35 ans, a d’autres vues faites de sensibilité. Pour cette jeune fille, pour laquelle l’amitié et les rencontres sont l’unique source de bonheur, les petits moments où elle se sent heureuse résident dans ces sorties entre amis où « nous mangeons, discutons, rigolons et surtout nous nous défoulons. Nous dérobons de temps en temps quelques heures d’excursions hors du Caire. Ce sont des moments volés et vécus loin du stress et des problèmes quotidiens qui me donnent la capacité de reprendre le souffle. Une occasion pour nous amuser, échanger des histoires drôles et reprendre de nouveau nos responsabilités familiales et professionnelles avec plus d’énergie mais aussi en bonne humeur ». Quant à May, 32 ans, être heureuse signifie avoir une vie culturelle bien chargée. « Jouir d’une pièce de théâtre bien jouée ou chercher l’esprit de la création et les côtés esthétiques dans un tableau de peinture, cela me fait oublier tous les maux de la vie. Ce sont des instants précieux où je sens que j’ai des ailes pour voler au-delà de la réalité et du quotidien pesant », confie May.

Trouver le bonheur dans la culture et surtout la lecture est un moyen qui accentue le sentiment de satisfaction et de la joie de vivre. Le scénariste Bélal Fadl, qui prépare un programme télévisé donnant aux citoyens des recettes de livres importants à lire, intitulé Le jus des livres, est de cet avis. « La lecture est un plaisir incomparable, elle nous permet d’oublier les tensions, les erreurs graves de la politique du PND, la grippe aviaire et porcine, la crise économique, etc. C’est une joie qui rend la vie meilleure et c’est le seul moyen pour sortir de ses souffrances », assure le scénariste.

Pour d’autres, le secret du bonheur est lié à la magie de l’amour. Vivre ces splendides sentiments d’aimer et d’être aimé. « Partager des mots doux ou de simples cadeaux pour exprimer son amour et son estime à son âme sœur est la source magique d’énergie dans la vie. Un motif qui permet de lutter contre toutes les difficultés de la vie quotidienne. Peu importe la source de cet amour, mon mari, ma fille ou mes amis. C’est l’amour qui compte et qui fait tout mon plaisir », confie Névine, 33 ans.

Mais pour Nader, journaliste, ces moments d’amour risquent parfois de se transformer en fardeau. Il opte pour le succès professionnel comme source de bonheur.

« L’amour devient vite une lourde responsabilité avec ces préparatifs interminables pour le mariage, les prix excessifs de l’or, de l’appartement et aussi des meubles. Pour moi, la joie de publier un bon article et qui suscite des réactions chez les lectures est beaucoup plus influente », dit le jeune journaliste.

Pour Mariam, traductrice, le véritable bonheur n’a pas de critères. « Je passe les meilleurs moments de ma vie lorsque je réussis à rendre une personne plus heureuse ou plus optimiste. De petits gestes qui peuvent changer la vie des autres, je considère cela comme une mission. Faire des changements dans la vie d’autrui à travers une chose nouvelle que j’ai apprise, un conseil à donner ou au moins en leur prêtant une oreille attentive quand ils ont besoin d’être écoutés. ça me fait sentir un bien-être indescriptible », dit Mariam qui confie se donner elle-même le bonheur en exerçant les choses qu’elle aime, en lisant, écoutant de la musique ou en faisant de petites découvertes tout le long de son quotidien. « Des découvertes de toute nouveauté qui peut me plaire ou rendre la vie des autres meilleure », dit la jeune fille qui a sa propre philosophie du bonheur. « C’est l’accumulation des petits moments de bonheur qui nous donne ce sentiment d’être heureux ».

Mariam n’est pas en fait la seule à trouver son bonheur dans celui des autres. Une tendance positive règne parmi beaucoup de jeunes qui essayent de faire des changements dans leur entourage, comme l’explique Nihal Salah, rédactrice en chef du magazine des jeunes Kelmetna. « Beaucoup pensent que s’il est difficile de faire des grands changements sur le plan du pays, cela ne doit pas les empêcher de contribuer à améliorer leur entourage. Des tentatives de développement social, des initiatives et des actes de bénévolat loin des institutions lucratives font de plus en plus leur apparition sur scène et permettront de créer une société meilleure », dit Nihal, en ajoutant qu’elle observe des airs positifs dans la société. « Des gens qui essayent d’améliorer leurs compétences et leurs qualifications personnelles, d’acquérir différentes expériences. Ce qui les rend des éléments prêts à participer à toutes sortes de développement », dit la jeune, toujours enthousiasmée et optimiste. Nihal trouve la joie dans la lecture d’un livre de philosophie ou de la psychanalyse. Cela lui permet de mieux comprendre l’autre et de connaître ses motifs. Des moments de joie qui atteignent son comble en jouant à la guitare ou en pratiquant un cours de danse latine.

« J’adore ce sentiment d’harmonie dans ces genres de danse. Ça me donne une énergie positive qui me permet d’assimiler beaucoup de problèmes dans mon quotidien », lance Nihal.

Somme toute, à chacun sa manière de jouir. Les choix sont divers et semblent faits parfois d’évasion. Parvenir à un dénominateur commun du bonheur n’est pas aisé. 

L’avis du psychiatre

Sentir le bonheur et la satisfaction proviendrait d’une certaine façon de sortir de sa propre prison. Une mission qui, selon le psychiatre Ahmad Abdallah, passe par une étape primordiale, celle de cesser de considérer la dépression comme un style de vie. « Changer cette culture qui consiste à se plaindre à longueur de journée et de faire transmettre cette énergie négative aux autres. Cela permet d’amplifier le sentiment de tristesse et de céder à l’idée qu’il faut s’attendre à ce que les autres nous rendent heureux. Et que c’est aux autres de nous donner des solutions à nos problèmes, même si cet autre est le gouvernement. Dans cette période, il faut finir par comprendre que l’Etat est inefficace et que c’est à nous de changer notre vie loin des instances officielles », explique Abdallah, tout en ajoutant qu’il faut cesser de se plaindre et tenter de trouver des réponses à des questions du genre : pourquoi nous éprouvons de la haine envers l’autre ? Pourquoi sommes-nous devenus plus violents dans nos relations quotidiennes ? D’après Abdallah, de simples actes pratiques et positives peuvent nous donner de la joie de vivre. 

Pardon et merci

C’était le but de la campagne récemment lancée par Saqiet Al-Sawi, ce centre culturel situé à Zamalek au Caire, portant sur l’importance de réintégrer deux mots dans notre quotidien : pardon et merci. Selon Abdallah, il faut aussi exploiter les moments de bonheur des Egyptiens pour y trouver une énergie positive. « Cet enthousiasme fou pour le football, cette seule source de victoire pour beaucoup de jeunes, pourquoi ne pas penser à exploiter toutes ces stars de football et les appeler à jouer un rôle dans le développement social ? Pourquoi ne pas tenter de vivre ces moments de joie que l’on ressent durant les célébrités religieuses, comme le mois de Ramadan, tout le long de l’année ? », suggère Abdallah qui assure que le fait d’introduire la joie dans la vie des Egyptiens est si simple. « Il suffit d’écouter les souffrances d’une personne déprimée ou celles d’une fille de 30 ans qui se plaigne d’une amie intime qui l’a laissée tomber parce qu’elle a été fiancée et donc elle n’a plus de temps pour elle », cite Abdallah.

Le mariage étant devenu de plus en plus difficile, le couple est donc un enjeu majeur dans l’obtention du bonheur. 

Scruter un bonheur lointain

Om Ibrahim, femme de tenue et de caractère simple, qui fait le tour de la rue Gameat Al-Doual avec ses coquillages en main, propose aux passants de leur lire l’avenir. Experte en la matière, Om Ibrahim assure que la plupart des filles essayent de guetter des prémices de bonheur dans ces coquillages, en répétant des questions à propos de l’amour. « Elles parlent des hommes qu’elles aiment et veulent savoir s’ils sont sérieux, ou à propos d’un indicatif d’amour ou d’une noce éminente », dit la jeune femme qui trouve son propre bonheur dans son bien-être et celui de ses enfants. « Avoir du satr (protection) de Dieu pour moi et pour mes cinq enfants, c’est la grande joie de ma vie », telle est la recette d’Om Ibrahim qui ressemble à toutes ces mères égyptiennes pour lesquelles le bonheur est de voir leurs enfants heureux. Rim, mère de 35 ans, assure qu’elle ressent la véritable joie en voyant ses enfants réaliser des succès dans leurs études ou dans des concours sportifs. « Parvenir à leur créer des moments de jouissance ou de satisfaction à travers quelques jours de vacances ou quelques festivités est un exploit en tant que tel. Car, dans cette période difficile, on vole même la joie de ces petites créatures. Ces tentatives mettent du baume à mon cœur », assure une jeune mère.

Om Racha, une femme pauvre et divorcée, a trois enfants. Elle assume toute seule leur responsabilité. Son seul souhait est de voir le sourire se dessiner sur les lèvres de ses enfants lorsqu’elle rentre en fin de journée de dur labeur avec une poule ou un kilo de viande en main.

A chacun ses procédés, d’où sans doute la difficulté de trouver une formule de félicité.

Doaa Khalifa

 




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