Al-Ahram Hebdo,Invité |  Réduire l’incertitude politique pour attirer davantage d'investissements
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 30 décembre 2009 au 5 janvier 2010 2009, numéro 799

 

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Invité

Shamshad Akhtar, vice-présidente de la Banque Mondiale pour la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, affirme que ces marchés ne risquent pas gros s’ils poursuivent une certaine rigueur de gestion. Explications.

« Réduire l’incertitude politique pour
 attirer davantage d’investissements »

Al-Ahram Hebdo : La crise économique mondiale sera-t-elle endiguée ? Peut-on dire que le bout du tunnel est pour bientôt ?

Shamshad Akhtar : Il est important de dire que la reprise mondiale se dessine encore. Toutefois, le rythme de cette reprise mondiale varie d’un pays à l’autre, mais aussi d’un continent à l’autre. Pour ce qui est de la région du Moyen-Orient et Nord Afrique (MENA), il est important de savoir que celle-ci devrait croître à 4 % en 2010, ce qui est supérieur à la croissance observée au cours de l’exercice 2009. Toutefois, cette croissance prévue en 2010 est toujours inférieure aux taux de croissance observés avant la crise. Deuxième élément à garder à l’esprit est qu’il reste encore quelques vulnérabilités au niveau interne. Les pays de la région ont mis en place différents types de plans de stimulation économiques. Or, les perspectives de croissance dépendront en grande partie des deadlines de ces stimulations. Il est important de reconnaître aussi que l’environnement extérieur est toujours porteur de certains risques, ce qui a été évident dans le cas de Dubaï.

— Justement, en ce qui concerne la crise de Dubaï, pensez-vous que les mesures entreprises par Abu-Dhabi pour sauver l’émirat voisin pourraient aider la région à éviter une crise économique ou financière prolongée ?

— Il existe aujourd’hui un paquet de mesures qui comprend ce qui suit : un transfert de 10 milliards de dollars de l’émirat pétrolier d’Abu-Dhabi à Dubaï. Une clarification du cadre juridique pour la restructuration de la dette mondiale de Dubaï. Et dernièrement, un appui constant de la Banque centrale du pays à toutes les banques commerciales émiraties. Ce paquet de mesures confirme déjà que les effets potentiellement perturbateurs de la restructuration de la dette seront contenus à l’intérieur du pays, les Emirats arabes unis. Les acteurs-clés au sein de Dubaï World en termes d’investissements directs étrangers dans la région sont Dubaï Ports World et Jebel Ali Free Zone. Ces deux entités n’ont pas besoin de restructuration. En outre, comme l’endettement de Dubaï World semble être concentré dans des banques émiraties ou des banques hors MENA, les retombées sur le système bancaire du MENA ne devraient pas être significatives.

— Les autres marchés dans la région peuvent donc éviter le pire ?

— Conformément à ce qui précède, une fois que ces marchés surmonteront la crainte initiale de la contagion, chaque marché sera évalué sur ses propres fondamentaux. Les investisseurs vont augmenter leur sensibilisation aux risques associés aux entreprises publiques qui n’ont pas de garanties des pouvoirs publics. A l’avenir, nous pouvons demander à ces compagnies d’être plus transparentes quant à la garantie et sur leurs comptes et aux arrangements de gestion d’entreprise. Cela sera une évolution bénéfique.

— Quelles sont les répercussions de la crise de Dubaï sur le marché égyptien ?

— Si la crise se poursuit, elle aura des répercussions sous forme de baisse des transferts des travailleurs aux Emirats, de ralentissement des exportations et les investisseurs étrangers seront moins enclins au risque dans la région en général.

— La crise de Dubaï a montré que les obligations conformes aux normes islamiques (sokouk) ne sont pas aussi sûres que l’on croit. Même la Banque mondiale a émis des sokouk il y a quelques mois. Le sort de la finance islamique est-il désormais menacé ?

— Le modèle de la finance islamique n’est pas à risque, car la demande sur ces instruments continue. C’est un moyen de financer des besoins d’infrastructures encore primordiaux de la région. Certaines clarifications sont cependant nécessaires quant aux mécanismes de partage des risques dans les situations d’endettement, conformément à l’ensemble des lois islamiques (la charia). L’exemple des sokouk de Nakheel sera en fin de compte réglé. Toutefois, l’exemple servira à lancer la réflexion sur la conception de ces instruments. La Banque mondiale, y compris la Société financière internationale (IFC), (qui a émis des sokouk à la hauteur de quelque 120 millions de dollars), suivra bien sûr de près ces développements.

— La plupart des pays du monde ont adopté des politiques plus ou moins semblables pour contrer la récession mondiale. Quelles évaluations faites-vous du programme de relance égyptien ?

— Dans l’ensemble, les mesures entreprises par le gouvernement sont substantielles et adéquates. Il s’agit d’une combinaison d’une augmentation des dépenses publiques, y compris l’infrastructure (de 15 milliards de L.E.), et de certains allégements d’impôts. La Banque mondiale soutient également le gouvernement à travers un large programme de développement économique, notamment celui des infrastructures, ainsi que dans le secteur financier, tout en soutenant le développement du système de sécurité sociale.

— Comment prévoyez-vous la croissance de l’économie égyptienne en 2010 ? Et qu’en sera-t-il du taux de chômage ?

— Si l’économie mondiale se stabilise comme je le prévois, l’Egypte peut croître de plus de 5 % en l’année 2010. Le taux de chômage égyptien (de plus de 9 %) ne verra pourtant pas une diminution. Car l’Egypte affronte toujours un recul de 15 à 20 % des investissements des projets d’entrepreneurs, une baisse de la consommation variant entre 1 et 5 % et, dernièrement, un manque de contribution de la part du secteur privé qui n’a pas réussi à faire évoluer le processus de transformation économique. De même, les plans de sauvetage entrepris par le gouvernement pour contrecarrer les impacts de la crise internationale n’ont pas réussi à créer des offres d’emplois, puisque la majorité de cette somme est injectée dans des projets d’infrastructure à faible densité de main-d’œuvre.

Pour combler cette lacune, l’Egypte devra créer 450 000 offres d’emploi chaque année uniquement pour préserver son taux actuel de chômage et prévenir sa hausse. Cela ne peut avoir lieu qu’à travers une participation plus grande du secteur privé.

— Vous trouvez donc que les réformes du gouvernement Nazif à partir de 2004 n’ont pas été fructueuses ?

— Les politiques adoptées depuis 2004 ont entraîné une augmentation des investissements privés, plus de croissance et moins de pauvreté. Ce sont donc de bonnes politiques. Toutefois, l’économie mondiale a subi un grand choc qui aura des effets persistants face auxquels l’Egypte ne peut pas rester indifférente. Les politiques visant à attirer les investisseurs étrangers doivent être plus ambitieuses. Ainsi, réduire l’incertitude politique serait l’enjeu du gouvernement pour attirer des investissements supplémentaires. Une plus grande productivité est également requise.

— Plus concrètement, que préconisez-vous pour l’Egypte et les autres pays de la région ?

— Maintenir les dépenses publiques élevées, observer une politique monétaire prudente (taux d’intérêts bas et inflation contrôlée), réassurer les investisseurs et assurer que l’Egypte remplira ses obligations de la dette sont les principales clés pour réduire les impacts de la crise.

Mais le plus important est de booster la contribution du secteur privé. L’Egypte, ainsi que les pays de région, disposent d’un capital humain considérable, d’un esprit de créativité remarquable et de nombreuses ressources naturelles. Leur potentiel de croissance est immense. Réaliser ce potentiel nécessitera un engagement crédible à réduire les pratiques arbitraires et peu transparentes du gouvernement, afin que l’application du cadre réglementaire des affaires soit plus équitable.

Selon le rapport de la Banque mondiale intitulé Des privilèges à la concurrence publié le 9 novembre dernier, le secteur privé n’a pas encore réussi à transformer les pays de la région en économies diversifiées, dynamiques et aux taux de croissance durablement élevés. Le taux d’investissement moyen de la région, de 15 % du PIB en moyenne, reste modeste. Idem pour la diversification et le contenu technologique des biens exportés. Trop souvent, la voix du secteur privé a été accaparée par les partisans du statu quo pour maintenir leurs privilèges restreints.

— Quels sont donc les efforts déployés par la Banque mondiale pour soutenir la région de MENA ?

— Le Groupe de la Banque mondiale, y compris la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, l’Association internationale de développement, la Société financière internationale et l’Agence multilatérale de garantie des investissements, a engagé 3,2 milliards de dollars durant 2009 dans les pays de la MENA. Car il y avait une nécessité vitale de mener des interventions rapides et de répondre très tôt aux demandes des gouvernements pour assurer une reprise et atténuer l’impact de la crise sur la croissance et réduction de la pauvreté.

En Egypte ainsi qu’en Jordanie, au Liban et en Tunisie, plusieurs secteurs, comme celui des finances, l’infrastructure, la sécurité alimentaire, l’éducation et la protection sociale, ont été mis en chantier et une assistance technique accrue est apportée pour faire face aux insuffisances et renforcer les capacités.

A l’avenir, nous maintiendrons le rythme et l’élan de notre assistance pour permettre aux pays de la région MENA d’élargir et d’approfondir les réformes, réaliser la cohésion sociale et être en mesure de profiter de l’intégration économique mondiale.

Dahlia Réda

 




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