Al-Ahram Hebdo, Monde | Téhéran dans la brume
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 Semaine du 30 décembre 2009 au 5 janvier 2010 2009, numéro 799

 

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Iran. Six mois après la réélection contestée du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, de nouvelles tensions ont éclaté entre le pouvoir et l’opposition, se traduisant par de violentes manifestations cette semaine à l’occasion de la commémoration de l’Achoura.

Téhéran dans la brume

Malgré les mises en garde répétées du pouvoir, l’opposition iranienne n’a pas l’intention ni de se taire ni de céder à la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad en juin dernier. Après des mois de calme précaire, la situation a explosé de nouveau cette semaine entre le pouvoir et l’opposition, à l’occasion de la journée de l’Achoura, journée de deuil religieux commémorant la mort de l’imam Hossein, figure centrale de l’islam chiite. Dimanche dernier, pour la deuxième journée consécutive, des milliers de manifestants se sont rassemblés, malgré une présence policière massive, le long de l’avenue Enghelab, théâtre, en juin, des grandes manifestations qui avaient suivi la réélection contestée du président iranien. Mais la police est rapidement intervenue pour disperser les manifestants, utilisant des gaz lacrymogènes. Selon plusieurs témoignages, les opposants au pouvoir avaient répliqué en jetant des pierres et en incendiant des poubelles pour se protéger et bloquer les rues. « Nous nous battrons, nous mourrons mais nous reprendrons l’Iran », scandaient les manifestants. Et de poursuivre : « C’est le mois du sang, et les bassidjis vont tomber », dans une double allusion au mois de deuil de Moharram, dont l’Achoura est le point culminant, et aux miliciens largement utilisés ces derniers mois par le gouvernement contre les manifestations. Les manifestants, dont certains se frappaient la poitrine en signe de deuil, criaient « Mort au dictateur » —allusion au président Ahmadinejad — et « Ya Hossein, Mir Hossein », cri de ralliement de l’opposition associant au nom de l’imam Hossein celui de l’ancien premier ministre Mir Hossein Moussavi, rival malheureux du président Ahmadinejad devenu l’une des principales figures de la résistance au gouvernement.

Huit personnes ont été tuées dans ces manifestations antigouvernementales, a indiqué lundi la chaîne en anglais de la télévision d’Etat Press-TV, citant un bilan du Conseil suprême de sécurité nationale (SNSC). La télévision d’Etat iranienne en persan avait annoncé, un peu plus tôt, que plus de quinze personnes avaient été tuées. Cette journée de manifestations a en outre débouché sur la mort de quatre opposants tués lors de violents affrontements avec les forces de l’ordre, a indiqué le site Internet Rahesabz. Ce site, un des principaux forums de l’opposition iranienne depuis la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad, a précisé que l’un de ses reporters avait assisté à la mort des trois manifestants tués par les tirs des forces de l’ordre et a cité des témoignages directs pour la mort du quatrième. Des accusations complètement démenties par le chef de la police de Téhéran, Azizollah Rajabzadeh, qui a nié la mort des manifestants. « Jusqu’à présent, nous n’avons reçu aucune information sur des personnes tuées par la police », a-t-il indiqué. « En revanche, un certain nombre de policiers ont été blessés dans les émeutes d’aujourd’hui », a ajouté ce responsable. Selon M. Rajabzadeh, la police n’a pas procédé à des tirs et les membres des forces de l’ordre n’ont pas d’armes de guerre avec eux. Les autorités ont également arrêté lundi deux proches de l’ancien président réformateur, Mohammad Khatami, et trois conseillers du leader de l’opposition, Mir Hossein Moussavi, a indiqué le site des parlementaires d’opposition Parlemannews.ir.

Une opposition incassable

Selon des observateurs sur place, la journée meurtrière de dimanche n’était pas la première, mais la veille aussi, des heurts se sont produits à la fois dans la capitale et dans d’autres villes. Ces manifestations ont toutes été violemment dispersées par des forces de sécurité armées de matraques, qui ont tiré en l’air des coups de semonce et fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants, qui scandaient des slogans antigouvernementaux.

Incassable, l’opposition, qui accuse le pouvoir de fraude massive lors de l’élection de juin dernier, avait pourtant appelé à de nouvelles manifestations dimanche matin dans le centre de Téhéran. En effet, l’opposition, qui conteste la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad en juin, tire systématiquement parti, depuis plusieurs mois, de chaque manifestation officielle ou rassemblement autorisés pour manifester contre le gouvernement.

Selon les experts, les émeutes de cette semaine interviennent dans un climat de tension politique déjà exacerbée par la mort la semaine dernière du grand ayatollah dissident, Hossein Ali Montazeri. Les funérailles de cette figure de l’opposition avaient déjà donné lieu, dans plusieurs villes, à des affrontements avec la police. Plusieurs dizaines de milliers d’opposants ont pris part aux funérailles dans la ville sainte de Qom, dont beaucoup brandissaient des bannières vertes pour manifester leur soutien au Mouvement vert de Mir Hossein Moussavi, qui s’était joint à la procession. Une autre figure de l’opposition, Mehdi Karroubi, était également présent.

A la veille de l’Achoura, les autorités, qui s’attendaient bien à cette nouvelle série de violences, avaient déjà sommé l’opposition de ne pas profiter de la fête chiite, les 26 et 27 décembre, pour déclencher de nouvelles manifestations contre le pouvoir. Et le président Ahmadinejad n’a pas mâché ses mots pour mettre en garde les opposants, assurant que les ennemis étrangers de l’Iran ne réussiraient pas à porter atteinte à la République islamique : « Ils ont programmé un scénario très compliqué, mais ils ne savent pas qu’une nation qui est prête à sacrifier sa vie pour ses personnalités religieuses détruira toutes leurs tentatives sataniques ». En effet, la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en juin a donné lieu à des manifestations sans précédent depuis l’instauration de la République islamique, il y a trente ans. Les autorités rejettent les accusations de fraude électorale et affirment que les grandes manifestations qui ont suivi le scrutin étaient appuyées de l’étranger pour tenter de renverser le régime islamique. Depuis juin, des milliers de personnes avaient été arrêtées lors des manifestations après le scrutin. Plus de 80 d’entre elles sont toujours enfermées et condamnées à des peines de prison allant jusqu’à quinze ans. D’ores et déjà, le régime iranien ne semble pas seulement menacé par les puissances occidentales qui cherchent à lui alourdir les sanctions internationales à cause de son programme nucléaire, mais aussi il doit faire face à une grave vague d’opposition interne qui risque d’ébranler son assise politique.

Maha Al-Cherbini

 




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