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 Semaine du 3 au 9 septembre 2008, numéro 730

 

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Environnement

Développement Durable . Samer Al-Mufti, spécialiste du désert, estime que les politiques actuelles d’augmentation des surfaces cultivables de blé, pour réduire la dépendance de l’Egypte, nuisent à la préservation des ressources naturelles. Entretien.

« Accroître l’espace cultivé en Egypte
est contre toute logique »

Al-Ahram Hebdo : Vous critiquez sévèrement les politiques visant à réaliser l’autosuffisance en blé, car elles ne respectent pas l’environnement. Pouvez-vous nous expliquer davantage ce point de vue ?

Samer Al-Mufti : Tout d’abord, je dois préciser que les ressources naturelles concernant la question du blé en Egypte sont le sol et l’eau. Alors, avant d’adopter des politiques stratégiques, il faut prendre en considération non seulement ces deux facteurs, mais aussi des réalités et des enquêtes réalisées par des institutions et des organisations internationales, spécialistes de l’environnement. Selon ces dernières, l’Egypte est le plus grand pays désertique du monde, la Libye occupe la deuxième place puis vient l’Algérie. Quant à la Péninsule arabique, elle se trouve en septième position. Il s’agit d’une classification basée sur les taux de pluie, de l’évaporation et l’évapotranspiration. Selon ces facteurs, 86 % environ des terres égyptiennes se trouvent dans des conditions climatiques d’aridité extrême qui reçoivent un taux de pluie de moins de 100 mm/m2 par an. Et 14 % des terres sont situées dans des conditions arides, soit un taux de moins de 250 mm/m2 de pluies. Une autre réalité à considérer est que la culture du blé dans le monde est normalement faite dans les zones pluviales comme au Canada et aux Etats-Unis. En Egypte, il s’agit de la culture par irrigation en utilisant l’eau du Nil. Il faut savoir que ce genre de culture est certainement plus cher puisqu’il faut des équipements pour lever l’eau, pour la maintenance et les ouvriers. Cela veut dire que selon toutes ces réalités, les Egyptiens devraient adopter des politiques assurant la culture des récoltes couvrant tous ces coûts. Pour les récoltes stratégiques, comme le blé, ils devraient cultiver ce qu’on appelle le minimum stratégique qui protège le pays contre toute crise critique et penser plutôt à augmenter la productivité du feddan (1 feddan=0,42 ha) . Si cela se réalise, l’Egypte diminuera ses importations de blé. Mais ce qui se passe sur le terrain est à l’opposé de cela.

— N’êtes-vous pas là un peu trop critique ?

— Non. En fait, les politiques adoptées par les gouvernements successifs en Egypte visaient à augmenter la superficie cultivée de blé. Les responsables nous parlent à tout vent des millions de feddans bonifiés ici et là pour cultiver du blé. Mais comment peut-on irriguer toutes ces superficies ? Ils gaspillent de l’argent inutilement ! Le pire est que l’autre ressource naturelle, qui est le sol, est limitée. Et cela, parce qu’il s’agit de terres arables dans la vallée du Nil, le Delta et quelques zones désertiques, sachant que selon la nature du sol en Egypte, 48 % des terres sont des déserts de pierres, 16 % constituent des dunes de sable et le reste consiste en des espaces de cailloux, de monts ou de plateaux et des terres sans importance aucune pour l’agriculture. Côté irrigation, si on parle de culture dans le désert, on parle donc de se servir de l’eau des nappes phréatiques. Celles-ci sont alimentées par la pluie qui est déjà très rare ou par les infiltrations de l’eau du Nil. Cela veut dire qu’il est question d’espace limité sur les bords de notre fleuve. Bref, le fait de penser à accroître l’espace cultivé en Egypte est contre toute logique. Les responsables devraient oublier de toujours chercher à trouver d’autre zones et d’autres sources d’eau parce que tout simplement l’Egypte n’en possède pas. Je dois aussi dire que le citoyen est invité à jouer un rôle dans tout cela. Son rôle est d’une importance extrême.

— Mais quelle peut être l’action des Egyptiens face à celle de tous les ministères concernés ?

— Je vais me contenter de mettre entre les mains des Egyptiens une information de grande importance concernant leur consommation de blé. Selon l’Organisation des Nations-Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO), le taux mondial annuel de la consommation de blé est de 77 kg par personne par an. En Egypte, ce taux atteint 180 kg/personne. Cela démontre qu’il existe un déséquilibre dangereux dans la consommation de blé dans notre pays. Le citoyen est alors appelé à changer ses habitudes. L’Egypte cultive actuellement 3 millions de feddans de blé qui nous donnent 7 millions de tonnes, et elle en importe 7 autres afin de satisfaire les besoins de plus de 75 millions d’habitants. En fait, la surpopulation et l’importante consommation constituent le prétexte pour adopter des politiques qui ne réalisent pas le développement durable. On veut bonifier des terres dans le désert et utiliser l’eau souterraine. Mais comment, si cette ressource n’est pas renouvelable en Egypte ? Que laisse-t-on aux générations à venir si l’on abuse de toutes nos ressources naturelles aujourd’hui ?

— A votre avis, comment l’Egypte pourrait-elle rééquilibrer la situation ?

— Je pense qu’il faut augmenter la productivité de l’espace déjà cultivé. C’est notre seul espoir pour multiplier la quantité de blé afin de combler les besoins du peuple. L’autosuffisance pour l’Egypte ne doit pas forcément être de 100 %. 55 % est suffisant, si l’on cultive d’autres produits d’exportation comme les fruits et les légumes. Et en changeant les habitudes des citoyens, il serait possible de diminuer les importations de blé, même s’il existe en Egypte une « mafia » qui profite de ces importations. Cela implique également de rééquilibrer la situation pour que l’intérêt de l’Etat soit celui des individus. Cela se réalisera quand le rôle de l’Etat joué par le ministère de l’Agriculture s’impose, puisque la politique de la libéralisation de l’agriculture a échoué .

Propos recueillis par Racha Hanafi

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