Al-Ahram Hebdo, Voyages | Des déprédateurs au visage masqué 
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 Semaine du 17 au 23 Septembre 2008, numéro 732

 

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Caire Islamique. Ses monuments courent un véritable danger. Des vols successifs ont eu lieu, au cours des six derniers mois, dans plusieurs mosquées historiques.  

Des déprédateurs au visage masqué  

A l’entrée de la mosquée d’Al-Fakahani dans le quartier d’Al-Darb Al-Ahmar, au sud du Caire, une grande surprise attend les visiteurs qui viennent exprès à cette mosquée pour contempler sa porte. Celle-ci est considérée comme un des chefs-d’œuvre rares de l’art islamique. Elle date de l’époque du calife fatimide Al-Zafer qui l’a construite en 544 de l’hégire. En 1182 de la même ère, le prince Ahmad Katkhoda Al-Kharbotli a démoli l’édifice original pour le reconstruire, mais il a conservé la belle porte telle qu’elle est. Maintenant, tous les ornements et toutes les gravures de la porte ont disparu suite à un vol et une plaque en bois la couvre à la place. « Beaucoup de visiteurs et de touristes demandent pourquoi cette plaque qui enlaidit l’entrée, surtout que la plupart d’entre eux connaissent la valeur de la porte à travers les lectures dans de nombreux ouvrages », explique l’un des fonctionnaires de la mosquée. Quand il a su l’affaire du vol de la porte de la mosquée Al-Fakahani, il a été choqué en disant que cette porte est incomparable, puisqu’elle était réalisée selon la méthode des gravures saillantes et l’arabesque symétrique. Il ajoute qu’avec ce vol, on risque de perdre une étape importante des étapes de l’évolution de l’art de la gravure sur bois. Mais comment ce vol a-t-il eu lieu ? C’est la question qui se répète lors de chaque cas de vol similaire, puisque ce n’est pas le premier du genre et ne sera pas apparemment le dernier. A chaque fois le même scénario se répète : une personne est passée à l’intérieur de la mosquée lors de la prière d’Al-Aicha (la cinquième prière des musulmans), prend tout son temps pour arracher les ornements et les gravures de valeur qu’il veut en s’aidant d’un marteau et ensuite il sort lors de la prière de l’aube et chaque fois les gardiens de la mosquée ne s’aperçoivent du vol que le matin !

La seconde catastrophe qui a bouleversé les cercles archéologiques, c’est le vol d’une façade du minbar de la mosquée d’Al-Saleh Talae qui est considéré comme le plus important minbar après celui du sultan Lagine qui se trouve dans la mosquée d’Ahmad Ibn Touloun. Ce minbar a été construit en 699 de l’hégire. « Ils ont arraché soigneusement sept gravures sous forme d’étoiles du minbar. C’est un travail dur qui exige beaucoup de temps. Ce voleur est un spécialiste et il a dû veiller la nuit à l’intérieur de la mosquée. Le matin, quand on a demandé à la responsable archéologique de la mosquée, elle a dit que ces décorations subissent une restauration minutieuse ailleurs », se lamente Sadeq Hanafi, habitant de la région et qui prie dans cette mosquée depuis plus de 50 ans. « Je ne sais rien à propos de ce qui s’est passé. Demandez à mes directeurs », balbutie l’inspectrice en responsabilité de la mosquée.

Des mesures peu efficaces

A la suite de ce vol, le système de sécurité de la mosquée a changé de façon à ce qu’elle ne soit ouverte que 10 minutes avant la prière, puis elle est immédiatement fermée après. Le Conseil Suprême des Antiquités (CSA) a décidé pour sa part de prolonger le temps consacré à la surveillance de la mosquée qui au lieu de se terminer à 16h00, a été prolongé jusqu’à 22h00. « Ces vols sont bien organisés et c’est un groupe de bandits spécialisés dans les vols des pièces islamiques dont ils connaissent bien la valeur et savent bien les commercialiser, puisqu’aucune pièce n’a été retrouvée », assure Mokhtar Al-Kassabani, conseiller du CSA pour les monuments islamiques.

 Le grand écrivain Gamal Al-Ghitani avait évoqué ces vols à plusieurs reprises tout en mettant la lumière sur le fait que plusieurs pays du Golfe construisent des musées pour l’art islamique et bien sûr ils ne possèdent pas de matériel, et l’Egypte est un musée ouvert pour l’art islamique soit dans les mosquées, les madrassas (les écoles) et ses sabils (les fontaines d’ablution). « Nos pièces pourront donc réapparaître n’importe où dans le monde. J’ai reçu des renseignements certains que des conteneurs remplis tout entier de monuments égyptiens, soit islamiques ou autres, passent à l’étranger », assure Mokhtar Al-Kassabani.

Le dernier vol dans cette région, mais qui a heureusement échoué, est celui tenté dans la mosquée du Sultan Hassan qui est d’une valeur historique très importante. Mais la providence l’a protégée grâce à sa proximité de la mosquée d’Al-Réfaï, dont la garde est assurée par une importante force policière qui a pu attraper le voleur avant qu’il ne quitte la mosquée.

Ce n’est pas en fait les premiers pillages qui ont eu lieu dans la région d’Al-Darb Al-Ahmar. Il y a quelques mois les responsables du CSA ont avoué que le minbar de la mosquée d’Al-Tonbogha Al-Mardani a subi des vols. Cette mosquée porte le nom d’un des princes du sultan Al-Nasser Ibn Qalaoun vers 1330 ap. J.-C. Ce minbar, qui est considéré comme le plus ancien d’Egypte, a été complètement vidé de ses décorations en ivoire et en cuivre à trois reprises et par la même manière comme le témoignent les procès-verbaux faits à la suite de chaque vol. En outre, le minbar de la mosquée de Ganem Al-Bahlawane, qui était l’une des rares pièces islamiques fabriquées en ivoire orné de gravures en cuivre, a été volé. L’importance de cette mosquée, construite en 1409 ap. J.-C., est qu’elle porte le nom d’un des plus importants princes du sultan mamelouk Qaïtbay et elle est considérée comme l’un des rares monuments qui persistent de l’époque des Mamelouks circassiens. Même les fenêtres du sabil de Roqaya Doudou ont été pillées, de quoi enlaidir l’un des plus beaux monuments islamiques remontant à l’époque ottomane.

 

Une question de responsabilité

Le problème en ce qui concerne les mosquées, c’est que les responsabilités sont partagées entre le CSA qui détient la supervision archéologique de ces lieux saints et le ministre des Waqfs qui dirige ces lieux comme étant des lieux de prière. Ainsi, chacun se renvoie la balle. « Ce sont les responsables du ministère des Waqfs qui se chargent des mosquées, ce sont leurs gardiens qui veillent sur les mosquées, notre rôle se limite à la maintenance et la restauration », assure Mokhtar Al-Kassabani. « On a demandé il y a plus de deux ans la liste des noms de ceux qui travaillent dans ces mosquées pour les poursuivre, puisqu’ils sont responsables du patrimoine égyptien tout entier. Et on n’a reçu aucune réponse », renchérit Abdel-Khaleq Mokhtar, directeur de la région archéologique du sud du Caire.

Pour leur part, les responsables des Waqfs assurent que tout ce qui fait partie du patrimoine égyptien est la responsabilité du CSA et du ministère de la Culture. « La responsabilité de ces vols est commune, mais je pense que le simple gardien des waqfs ne connaît pas la valeur des pièces volées. Celui qui vole est un spécialiste qui connaît bien l’intérêt de ce qu’il pille et sait comment et où le vendre. La preuve en est que la mosquée de Ganem Al-Bahlawane est fermée depuis plus de deux ans pour les raisons de restauration et il est la responsabilité de l’entreprise qui exécute les travaux de restauration », répond cheikh Mohamad Abdel-Rahmane, vice-ministre des Waqfs.

Abdel-Halim Noureddine, professeur d’archéologie et ex-secrétaire général du CSA, partage la même opinion que le cheikh Abdel-Rahmane. Il assure que seules les nouvelles mosquées doivent dépendre des Waqfs. Quant à celles historiques, elles sont la responsabilité du CSA qui connaît bien leur valeur et peut bien les préserver contre tous les périls et non seulement le vol. Il ajoute que le budget du département des monuments islamiques doit beaucoup augmenter pour pouvoir conserver ces trésors, puisqu’ils se trouvent à l’intérieur des régions urbaines surhabitées, ce qui rend difficile leur préservation et exige une surveillance 24 heures sur 24. « Les responsables des deux ministères doivent rester ensemble pour coordonner leurs efforts le plus rapidement possible pour prendre des mesures fermes pour éviter de nouveaux vols et avant de perdre une autre partie de l’histoire de ce pays », conclut Noureddine. Mais la question qui se pose est de savoir comment on n’a pas le moindre indice sur des crimes dont la réalisation matérielle exige du temps, des efforts, du bruit ... Et s’il s’agit de professionnels, n’a-t-on pas la moindre idée des filières par lesquelles passe ce trafic ?

Dalia Farouk

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