Al-Ahram Hebdo, Enquête | La peur au ventre
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 17 au 23 Septembre 2008, numéro 732

 

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Enquête

Bidonville. Les habitants d’Istabl Antar vivant au cœur et au bas de la colline de Moqattam refusent de quitter les lieux, malgré les risques d’éboulement.

La peur au ventre

A la suite du drame de Doweiqa où des dizaines d’habitations ont été écrasées sous le poids de rochers énormes faisant un nombre de victimes qui reste à recenser, la question des zones sauvages a resurgi. Les efforts visant à accélérer les projets de développement de ces zones s’accompagnent de tentatives d’évacuation par la force, menées par certains exécutifs qui ne cherchent qu’à se laver les mains en se mettant à l’abri de toute responsabilité. C’est bien le cas d’Istabl Antar, ce bidonville du Vieux-Caire. Ici, des milliers de personnes vivent dans des conditions très médiocres dans les grottes et des baraques au-bas de Moqattam depuis les années 1950, ils (ou leurs parents) ont investi cette zone. A l’intérieur des habitations, des familles de 8 à 10 membres vivent entassés dans des pièces insalubres qui ne dépassent pas les 3 m2. Ils exercent des activités précaires, ils sont des ouvriers ou des chauffeurs journaliers.

Cela fait trois ans que les habitants d’Istabl Antar se sont habitués à voir des pierres de différentes dimensions tomber de la colline. On peut voir ces rocs partout dans les ruelles, ou même à l’intérieur des habitations. Pourtant, les habitants continuaient de vivre sans aucune crainte jusqu’à il y a 6 mois, lorsqu’un immense rocher s’est effondré sur le toit d’une chambre à coucher fabriquée en bois. « Nous nous sommes plaints auprès de la municipalité et du gouvernorat, mais personne n’a réagi car l’éboulement n’avait fait ni blessés ni morts. Pire, ils nous ont demandé d’arrêter de nous plaindre sous peine de faire évacuer toute la région », raconte Mohamad Mahmoud, un habitant. Démunis, n’ayant pas les moyens pour vivre ailleurs, les habitants ont dû se taire.

La peur de voir les fissures apparaître dans la colline ici et là tous les jours est encore plus faible que la peur de se retrouver sans abri. En effet, les eaux d’égouts infiltrées provenant des habitations d’un autre bidonville, Ezbet Khaïrallah, plus en amont de la colline, aggravent davantage les risques.

La situation a changé après la catastrophe du quartier de Doweiqa. Les habitants ont commencé à prendre le danger plus au sérieux. Plusieurs racontent que leurs enfants refusent même de se coucher à l’intérieur des habitations préférant passer la nuit dans la nature. « Je dors dehors pour pouvoir courir rapidement si la colline s’effondre », explique Maha, une fille de 6 ans.

Terreur et mince espoir

Les déclarations récentes du président Hosni Moubarak où il a mis l’accent sur l’importance d’accélérer les projets d’aménagement des zones sauvages ont représenté une lueur d’espoir pour les habitants d’Istabl Antar. « Enfin, nous allons figurer sur la liste des priorités du gouvernement. Tout ce qu’on veut, c’est de pouvoir vivre dans des logements plus humains. Peu importe leur superficie, mais qu’ils nous permettent de les payer à crédit », souhaite Oum Ibrahim, veuve et mère de six filles.

Mais les rêves des habitants se sont effondrés avec la visite, samedi, du président du quartier du Vieux-Caire, Ahmad Adel. « Nous avons reçu des instructions pour raser cette région le plus vite possible. Vous allez devoir quitter les lieux. Est-ce que vous voulez mourir et nous accuser de négligence comme ce fut à Doweiqa? », leur crie-t-il, sans oublier de préciser que s’ils refusaient, ils seraient évacués de force.

Le président du quartier affirme que les habitants seront relogés dans un centre de jeunesse dans la région proche de Aïn Al-Sira, où des tentes ont été installées pour les accueillir. « Ils vont y résider jusqu’à ce que le gouvernorat fasse son travail de recensement afin de leur construire des logements alternatifs », affirme le responsable.

« Cela peut durer une dizaine d’années », craint Fouad Zidane, père de cinq enfants, qui vient d’aménager une chambre pour marier l’aînée. Une entreprise qui lui a coûté 6 000 livres. Une somme. « Dans un mois, ce sera déjà l’hiver, comment le passer sous une tente ? Pour nous, trouver la mort sous la colline est beaucoup mieux. Au moins, les survivants auront la chance d’obtenir des appartements », conclut-il, en référence aux survivants de Doweiqa.

Héba Nasreddine 

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Une gangrène tardivement détectée

Au Caire, les zones d’urbanisation sauvages sont un résultat direct de l’exode rural qui se poursuit depuis des décennies. La majorité des migrants sont en provenance de la Haute-Egypte et du Delta qui fuient la pauvreté et le chômage, et débarquent dans la capitale dans l’espoir de trouver un emploi et d’améliorer leur niveau de vie. Surtout que la majorité des investissements publics sont concentrés dans la ville. Leurs petits moyens ne pouvant leur assurer un logement, ils ont mis la main sur des terrains à la périphérie du Caire et construit des habitations anarchiques sans aucune planification. Selon les dernières statistiques de l’Organisme de la mobilisation et des statistiques, la capitale accueille 150 000 migrants par an. Aujourd’hui, ils comptent 5 millions d’habitants qui vivent dans 82 bidonvilles. L’Etat n’a commencé à considérer le danger de la prolifération des zones sauvages qu’aux années 1990, lorsque certaines se sont transformées en nid de terroristes, comme notamment à Imbaba. C’est au début des années 1990 qu’un plan pour le réaménagement de ces bidonvilles a été lancé.

Une trentaine de zones sauvages comme Zeinhom, Manchiyet Nasser ou Ezbet Arab Al-Walda ont été réaménagées. Douze d’entre elles, comme Al-Sahel et Rod Al-Farag, ont été provisoirement évacuées de leurs habitants pendant les travaux, alors que huit autres zones ont été rayées de la carte après le transfert des habitants vers d’autres endroits. Ainsi, le quartier Al-Torgomane a donné lieu à un géant parc de stationnement, Hekr Abou-Douma devra se transformer en un centre commercial qui doit voir prochainement le jour. Sans oublier les espaces verts qui viennent border ces quartiers longuement oubliés. Aujourd’hui encore, le gouvernement procède à l’évacuation de 14 autres bidonvilles d’une surface totale de 170 feddans. Le gouvernorat du Caire prévoit le développement de toutes les zones sauvages avant 2025.

Une date limite qu’on aurait dû avancer de quelques dizaines d’années, selon certains spécialistes. L’urbaniste Milad Hanna estime que le gouvernorat n’a pas affronté ce problème de manière efficace. « Dans les années 1980, le gouvernement a construit une vingtaine de villes nouvelles qui ont attiré des millions des citoyens de la classe moyenne. Mais, les plus démunis ont été laissés pour compte », assure-t-il. Hanna trouve qu’en Egypte, il n’y a pas de crise de logement, mais plutôt une défaillance dans la politique du logement et de planification urbaine. « Le gouvernement a cessé de construire des habitations pour les pauvres et a ouvert la porte aux hommes d’affaires pour construire des logements et des villes de luxe dont les prix sont très élevés et qui servent souvent comme une deuxième résidence aux gens aisés. Résultat : on a des appartements très chic sans habitants et des habitants très pauvres sans abri », critique l’urbaniste.

Mais les bidonvilles ne sont pas un phénomène exclusivement cairote : « Depuis 1993, 3,5 milliards de L.E. ont été dépensées pour le réaménagement de 1 225 bidonvilles dans toute l’Egypte », affirme la présidente de la commission du développement humain au Conseil consultatif, Farkhonda Hassan. Les députés revendiquent leur droit, à savoir comment ces sommes ont été dépensées.

 




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