Al-Ahram Hebdo,Invité | Mohamad Dahlane
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 Semaine du 4 au 10 juin 2008, numéro 717

 

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Invité

Mohamad Dahlane, ancien conseiller à la sécurité nationale du président palestinien Mahmoud Abbass et ex-homme fort de la bande de Gaza, analyse les chances d’une réconciliation entre le Fatah et le Hamas, d’une trêve entre ce dernier et Israël ainsi que les perspectives d’un accord de paix israélo-palestinien.

« Israël ne cherche pas à conclure un accord de paix  »

Al-Ahram Hebdo : Croyez-vous à la possibilité de parvenir à une trêve entre le Hamas et Israël dans la bande de Gaza, grâce à la médiation de l’Egypte ?

Mohamad Dahlane : Dans les négociations, Israël a l’habitude de suivre une méthode de tergiversation pour gagner du temps et obtenir le maximum de concessions de la part du Hamas. Par conséquent, je pense que les efforts déployés par l’Egypte rencontreront de nombreux obstacles de la part d’Israël et parfois de la part du Hamas, surtout que sa méthode consiste à menacer Israël d’un côté et l’Egypte de l’autre, en la mettant en garde contre une possible ouverture par la force du point de passage du Rafah.

Pensez-vous donc à un échec de la médiation égyptienne entre Israël et le Hamas ?

— Non, l’Egypte peut réussir sa médiation, car elle n’a pour objectif que de rendre aux Palestiniens leurs droits, et l’accalmie ouvrira d’un côté la porte à la réconciliation palestinienne intérieure et, de l’autre, à l’ouverture des négociations avec Israël. Or, il est sûr que les efforts égyptiens ne pourront réussir sans une volonté réelle de la part du Hamas et d’Israël. Parfois, Israël ou le Hamas complotent contre l’Egypte parce que chacun d’entre eux pense qu’il sortira gagnant de ce jeu.

Comment est-il possible de régler le conflit entre le Hamas et le Fatah, qui a conduit à la division des territoires palestiniens ?

— Avant tout, il faut se rappeler que le Hamas a refusé et continue de refuser d’adhérer au mouvement national palestinien dirigé par l’OLP depuis le début des années 1960. La crise n’est donc pas nouvelle. Alors que nous menions la lutte contre l’occupation israélienne, le Hamas, qui s’appelait alors « La Ligue islamique », refusait de s’y associer en se basant sur des raisons religieuses. Avec le retour de l’OLP dans les territoires palestiniens en 1994, le Hamas a refusé de reconnaître son existence et a aussi refusé les accords d’Oslo conclus avec Israël. C’est ainsi que le Hamas a refusé de participer aux élections de 1995 sous prétexte qu’il ne reconnaît pas Oslo. Dix ans plus tard, le Hamas a accepté de participer aux élections. Je pense que le régime politique palestinien a certainement besoin d’une union politique regroupant toutes les forces et tous les partis politiques. Surtout que le Hamas s’approche de plus en plus des positions politiques pragmatiques, c’est-à-dire des positions de l’OLP. C’est ce que Khaled Mechaal, le chef du bureau politique du mouvement, a exprimé dans sa dernière rencontre avec l’ancien président Jimmy Carter, lorsqu’il a appelé à l’établissement d’un Etat palestinien dans les frontières de juin 1967. C’est à quoi nous appelons depuis 1988. Et c’est ce que le Hamas a assimilé, 20 ans après. Le mouvement islamiste a ainsi compris que pour pouvoir influencer l’échiquier politique international, il faut adopter une position politique consistante, loin des slogans.

Que pensez-vous du rôle de la Syrie dans les tentatives de parvenir à un règlement entre le Fatah et le Hamas ?

— Je pense que Damas, contrairement à l’Iran, joue un rôle positif entre les deux parties palestiniennes. Bien que la Syrie soutienne les positions du Hamas contre celles du Fatah, il est à noter qu’elle a toujours refusé de trouver un substitut à l’OLP.

Certains pensent que la crise actuelle entre le Fatah et le Hamas a profité au mouvement islamiste auprès de l’opinion publique palestinienne, et que, par conséquent, il gagnerait les prochaines élections. Qu’en pensez-vous ?

— Je crois plutôt le contraire. Tout le monde a perdu dans cette crise. Le seul gagnant est l’Etat hébreu. Le Hamas a beaucoup perdu de sa force morale en tuant des Palestiniens. Quant aux prochaines élections palestiniennes, je vous assure que le Hamas ne jouira pas de la même confiance que celle du dernier scrutin.

La bande de Gaza est soumise à un blocus israélien féroce et le Hamas a menacé d’envahir les frontières avec l’Egypte pour faire cesser ce blocus. Pensez-vous que le Hamas peut passer à l’acte, comme il l’a déjà fait récemment ?

— Le Hamas a pris l’habitude de ne pas faire face à ses crises et de jeter toujours la responsabilité sur les autres. Quant au blocus, c’est un acte illégal et inhumain qui dure depuis l’année 2000, mais la phase actuelle est la plus difficile. Israël est l’unique gagnant du coup de force du Hamas dans la bande de Gaza, car il a profité de la division politique et géographique qui a eu lieu entre ce territoire et la Cisjordanie. Cette division était un objectif qu’Israël cherchait dans les négociations. Que le Hamas fasse une fuite en avant en violant les frontières avec l’Egypte constitue un crime politique et moral. Car cela fait le jeu de l’Etat hébreu qui cherche à faire assumer à l’Egypte la responsabilité du problème de la bande de Gaza, et ce dans le but de se dérober de sa responsabilité juridique et politique en tant que force occupante.

Pensez-vous qu’Israël est sérieux dans sa volonté de parvenir à un accord de paix avec l’Autorité palestinienne avant la fin 2008 ?

— Naturellement, non. C’est une erreur de croire qu’Israël cherche à conclure un accord de paix avant la fin de l’année. Tous les dirigeants israéliens ont le regard viré sur les prochaines élections. Toutes les négociations en cours n’ont d’autre objectif que de donner l’impression qu’Israël « veut une solution ». En même temps, les Etats-Unis sont incapables d’obliger l’Etat hébreu à prendre une position politique différente lors des discussions. Connaissant bien les positions israéliennes, je vous assure que l’année 2008 sera plutôt celle du renforcement de la colonisation et non celle de la paix.

Certaines parties palestiniennes, en particulier le Hamas, vous ont accusé d’agir selon l’agenda américano-israélien. Qu’en pensez-vous ?

— Ces accusations ne sont pas nouvelles. Mes différends avec le Hamas sont anciens, et datent de 1982 quand nous avons commencé à former le mouvement national politique dans la bande de Gaza. A cette époque, le Hamas refusait le principe de la résistance. Sans entrer dans des détails historiques, je voudrais dire que tous ceux qui étaient en désaccord avec le Hamas ont été accusés de trahison ou d’apostasie, surtout Yasser Arafat et Abou-Mazen. Dernièrement, des accusations ont même été adressées par le Hamas contre le ministre égyptien des Affaires étrangères et contre toute l’Egypte. Or, tout ce que fait Hamas ne va pas me convaincre de faire le contraire de ce dont je suis convaincu. Auparavant, personne ne croyait ce que je disais sur le Hamas, mais aujourd’hui, le masque est tombé et je pense que le peuple égyptien ainsi que tous les peuples arabes ont commencé à comprendre les tromperies du Hamas.

Pensez-vous à un changement de la politique américaine envers la question palestinienne après l’arrivée d’un nouveau président aux prochaines élections de novembre 2008 ?

— Je ne m’attends pas à un changement important envers la cause palestinienne que ce soit de la part des Démocrates ou des Républicains, même si les Démocrates sympathiseront davantage avec les Palestiniens. Mais sans grand changement dans l’essentiel de leurs positions. Il faudra au moins un an après les élections pour que commence une intervention réelle dans le processus de paix dans la région. L’Histoire prouve que quand il s’agit d’Israël, les Etats-Unis se transforment d’une superpuissance en un Etat qui tente par tous les moyens de satisfaire Israël à cause du lobby pro-israélien qui détient les rênes financières, médiatiques, politiques et économiques aux Etats-Unis. En réalité, Israël déploie des efforts sur la scène américaine beaucoup plus que ceux déployés par tous les pays arabes et islamiques. L’action de ce lobby aux Etats-Unis date de plus de 90 ans.

Propos recueillis par Magda Barsoum

 




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