Al-Ahram Hebdo, Dossier | Une NAKBA qui se pérennise
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 14 au 20 mai 2008, numéro 714

 

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Dossier

Nakba. Il y a 60 ans, ce fut une guerre d’occupation et de colonisation, la Palestine fut prise à ses habitants. Israël fête un anniversaire qui marque pour les Palestiniens, celui de leur catastrophe. De plus, à l’heure actuelle, il n’y a pas de perspective visible de règlement. Etat des lieux.

Une NAKBA qui se pérennise

Il était une fois un peuple ... une nuit, « les avions sont arrivés et ont bombardé les routes, puis les tanks sont entrés dans la ville et l’ont occupée. Nous nous sommes enfuis dans les champs d’oliviers. Je me suis caché là avec 50 autres personnes »... les témoignages ne manquent pas et les souvenirs affolent. Souvenirs de journées noire de cette année 1948. Les choses ont commencé quelques mois auparavant. En novembre 1947, les Nations-Unies votent le plan de partage d’une terre qui s’appelait Palestine, l’objectif est de créer un foyer pour les juifs (lire encadré ci-dessous). La Haganah, bande paramilitaire sioniste, attaque les villes et villages palestiniens, expulse une grande partie de la population et en tue une autre. Les atrocités étaient importantes aussi bien que les rumeurs les accompagnant. Le massacre du village de Deir Yassine n’est qu’un simple exemple de ces événements qui ont précédé la Nakba. « La génération des adultes de 1948 qui avait combattu au front ou était des officiers de la machine de guerre israélienne savait plus au moins ce qui s’était passé, mais avait pour ainsi dire refoulé cette vérité », écrit Benny Morris, historien israélien, qui précise que « nombreux étaient ceux qui croyaient encore dans les années 1980 et 90 que c’étaient les dirigeants arabes qui avaient demandé aux Palestiniens de fuir ». La théorie d’un exode palestinien « volontaire » que beaucoup d’Israéliens tentent de véhiculer pour rejeter le droit de retour des réfugiés Palestiniens. Des réfugiés qui sont devenus synonyme de la catastrophe ou de la création de l’Etat d’Israël. C’était un vendredi, il y a 60 ans, David Ben-Gourion, alors président du Conseil national juif, proclame la création de l’Etat d’Eretz Israël, 8 heures avant la fin du mandant britannique sur la Palestine.

Le bruit des avions et des armes fournis à la Haganah, par les Tchèques ou les Français, s’est encore prolongé. Des appareils de l’armée survolent les territoires israéliens et palestiniens, des dizaines de parachutistes sautent au large d’une plage de Tel-Aviv pour être ensuite récupérés par des vedettes de la marine. Si ce n’est pas pour marquer les célébrités de la naissance d’un Etat uniquement pour les juifs, le bourdonnement des appareils du Tsahal retentit dans les alentours de la bande de Gaza, à Ramallah, partout où se trouve la population palestinienne, la Nakba s’est prolongée. Les scènes et images en noir et blanc trouvent facilement leurs similaires en couleurs et les témoignages expressifs de la division du pays et l’expulsion de son peuple se répercutent d’une génération à l’autre.

Sur un sentier longeant l’autoroute, les manifestants agitent des drapeaux palestiniens, en chantant : « Avec notre sang, avec notre âme, nous nous sacrifions pour la Palestine ... il n’y a pas d’alternative au droit au retour ». Des milliers d’Arabes israéliens manifestent pour réclamer le droit au retour sur les terres desquelles ils avaient été chassés à la création d’Israël.

A Ramallah et pour marquer leur attachement à leur terres, les Palestiniens ont inauguré un « camp du retour », abritant une exposition de photos et de documents retraçant la Nakba, et à Bethléem, des centaines de Palestiniens ont marché depuis trois camps de réfugiés autour d’un camion transportant une énorme clé métallique pesant dix tonnes et d’une longueur de dix mètres, symbolisant l’attachement de chaque réfugié à sa maison quittée en 1948. Quelque 760 000 Palestiniens cette année-là ; aujourd’hui avec leurs descendants, ils sont au total près de 4,5 millions de personnes. Symbole de la perte de leur patrie parce que si un peuple est privé de sa terre, son existence même en tant que peuple est menacée. La volonté de la communauté internationale de permettre le retour des réfugiés dans le cadre de la résolution 194 de l’Onu a été complètement ignorée, juste pour le fait qu’Israël s’y oppose sous couvert qu’il n’existe pas de place pour les Palestiniens en Palestine. Voire selon un démographe palestinien Salam Abou-Setta, la plupart des 500 villes et villages palestiniens démolis à l’époque de l’occupation restent inoccupés aujourd’hui. Ils ont été détruits et leurs habitants chassés pour des raisons exclusivement politiques : créer un Etat exclusiviste. 

Une Nakba qui se poursuit depuis. C’est ce qui explique pourquoi les choses en sont arrivées là. A l’heure actuelle, la négation de l’autre, le Palestinien, devient de plus en plus courante. Et ce, suite à une série d’échecs délibérés de tout ce qu’on a imaginé comme processus de paix et tentatives de règlement. Les guerres se sont suivies : 1956, où Israël a été le partenaire de deux empires coloniaux sur leur déclin, 1967 où il a élargi son territoire, occupant la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est, et même le Golan syrien. Une agression qui a aussi exacerbé les sentiments religieux en faisant de l’emblématique cité un lieu de conflit politique. Et les choses se sont poursuivies. Qu’attendre à l’heure actuelle ? La Cisjordanie ressemble à un bantoustan morcelé par 121 colonies juives et des centaines de barrages militaires.

La « barrière de sécurité » israélienne est en voie d’achèvement, Gaza qui est aux mains du Hamas est assiégée, alors que le Fatah règne théoriquement en maître à Ramallah, en Cisjordanie qui sont sous occupation. Les espoirs d’un accord de paix et de l’établissement d’un Etat sont plus minces que jamais, malgré les assurances de l’Administration américaine qui répète vouloir un règlement du conflit avant la fin de la présidence de George W. Bush, en janvier 2009.

Quelques démarches politiques d’apaisement, un souhait américain de trouver un règlement au contour vague avant la fin du mandat du président Bush. Rien n’annonce une lumière au bout du tunnel.

Samar Al-Gamal

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Résolution 181

Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale de l’Onu adopte le plan de partage de la Palestine en deux Etats, l’un arabe et l’autre juif — Jérusalem ayant un statut particulier sous l’égide de l’Onu. Le projet est soviéto-américain, il passe en commission le 25 novembre et est ratifié le 29. La convergence entre les deux puissances (Russes et Américains) en conflit fait sensation. Les Arabes de Palestine et les gouvernements de tous les Etats arabes refusent le plan. Le partage est voté par 33 voix contre 13 avec 10 abstentions.

 

La répartition selon
le plan du partage

Au moment du plan du partage, la population totale de la Palestine est prévue pour deux tiers d’Arabes et un tiers de juifs. La population juive ne possédait que 6 % de la propriété foncière.

L’Etat hébreu proposé regrouperait une majorité de juifs (558 000 pour 405 000 Arabes). 10 000 juifs seraient alors dans l’Etat arabe. Celui-ci serait par conséquent peuplé à 99 % d’Arabes, avec une communauté de 804 000 habitants. La zone internationale centrée sur Jérusalem compterait 105 000 Arabes contre 100 000 juifs.

2 % des juifs, soit 10 000 personnes, ne se retrouveraient ni dans l’Etat hébreu ni dans la zone internationale de Jérusalem. 31 % des Arabes, soit 405 000 personnes, ne seraient ni dans l’Etat arabe ni à Jérusalem.

L’Etat juif proposé est sensiblement plus grand (56 % des terres de la Palestine) que l’Etat arabe, dont une très grande part est occupée par le désert du Neguev (40 %). L’essentiel des terres côtières cultivables lui revient. 55 % du territoire total, 80 % des terres céréalières et 40 % de l’industrie de la Palestine sont récupérés par la communauté juive.

 

 




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