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 Semaine du 12 au 18 mars 2008, numéro 705

 

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Bande de Gaza. Dans ce territoire assiégé où règnent toutes sortes de pénuries et où la population est à la merci de raids et de tirs continuels de la part d’Israël, la nuit équivaut à un véritable enfer. Reportage.

La vie dans les ténèbres

Noir et blanc ou toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ? Les images que l’on regarde sont l’une ou l’autre. Mais désormais, il y a dans certains endroits une seule couleur : c’est le noir et celle-ci est prédominante à Gaza. On n’y peut observer que le noir de jour comme de nuit.

Et si l’on commençait par la nuit, nous découvrirons que le secteur de Gaza est le seul endroit du monde où la vie devient évanescente dès le coucher du soleil. Une fois les citoyens ayant accompli la prière du maghreb (crépuscule), on voit les différents aspects de la vie disparaître. Le silence absolu s’impose quelque temps après : c’est-à-dire dès que la dernière prière se termine. Tout le monde rentre chez soi. Ils sont obligés. Le courant électrique est coupé dans la ville du moins dans la majorité de ses quartiers. Une autre raison aussi, la peur des spectres noirs qui hantent le ciel et dont on entend le bruit terrifiant même s’ils sont invisibles, c’est-à-dire ces avions israéliens de tous types qui survolent la ville et qui semblent vouloir mettre en garde les habitants contre toute présence dans la rue. Ces avions menacent de bombarder et pour eux aucun objectif n’est interdit : bâtiments, véhicules et même les personnes se déplaçant à pied ...

Si l’on a le courage de sortir la nuit, défiant l’obscurité et les bruits des avions qui semblent interpréter un ballet funèbre dans le ciel, notamment les appareils de reconnaissance qu’on appelle les « bourdonnantes », rien ne peut assurer le moindre plaisir. Tous les magasins sont fermés. Pas de vente ni d’achat dans le noir. Si quelqu’un s’aventure et ouvre sa boutique, ce sera pour échapper à l’ennui. Il n’y aura pas de clients pour acheter. On fait face à la coupure en se couchant tôt. Même le bruit des « bourdonnantes » ne dérange plus. Les gens s’y sont habitués. Certains même ne se préoccupent pas du son assourdissant des bombardements qui fait partie du rituel quotidien de la nuit à Gaza. Ces tirs, notamment ceux des canons, sur n’importe quelle partie du secteur qui fait 40 km de long et 12 de large, résonnent partout dans le secteur.

Concernant les voitures, elles sont absentes. On peut circuler dans la rue les yeux fermés sans rien craindre. Les voitures se couchent avant les hommes et pour des raisons de force majeure. Israël a coupé, en grande partie, les approvisionnements en essence depuis deux mois environ, tant et si bien que les propriétaires des véhicules et les chauffeurs rêvent d’obtenir 5 litres par jour, oui juste 5 litres.

Et si le promeneur de nuit tombe sur un mouvement ou une circulation inhabituelle, des gens qui se mettent en rang, c’est qu’il y a quelque chose d’insolite. Il n’a qu’à dépasser les autres et se mettre en tête de la file d’attente pour se rendre compte qu’il s’agit d’essence. Ce liquide précieux n’arrive aux stations que de nuit. C’est alors que l’on voit les gens se lever de leurs lits et affluer sur les stations d’essence. La plupart reviennent malheureusement bredouilles. La quantité est insuffisante. Et puis personne ne peut faire le plein. 5 litres c’est le maximum. Et la plupart des gens qui attendent ne sont pas des chauffeurs ou des conducteurs de camions. Il y a une nouvelle catégorie de personnes, celles qui possèdent des générateurs, dont le commerce s’est épanoui suite à la destruction de l’unique centrale électrique du secteur, suite aux bombardements israéliens qui ont eu lieu après la capture du caporal israélien Shalit en juin 2006. Même après la remise en état de la centrale, cette catégorie a continué à s’enrichir puisqu’Israël a réduit les approvisionnements d’essence de manière drastique depuis la fin de l’année dernière pour punir la population de Gaza et la pousser à vivre dans l’obscurité et lui interdire l’usage des voitures.

Cette image de la nuit de Gaza ne devient exhaustive si l’on ne cite pas les sirènes des ambulances qui retentissent. Il n’y a pas une nuit sans que les appareils israéliens n’expérimentent leurs missiles modernes sur n’importe quelle cible palestinienne. D’habitude, il s’agit des mourabitoun ou les vigiles, ces jeunes dont certains sont des médecins, d’autres des enseignants, ou des fonctionnaires et même des policiers. Ce sont des volontaires qui montent la garde dans les zones proches des frontières israéliennes pour surveiller toute incursion israélienne et alerter les résistants. D’où le fait que ces vigiles sont une cible privilégiée pour l’aviation et l’artillerie israéliennes qui les traitent comme des combattants hostiles, alors qu’ils prennent position à l’intérieur de Gaza et ne participent à aucune offensive, n’étant d’ailleurs pas préparés à ce genre d’opérations.

Avec la dissipation de l’obscurité et l’apparition des lueurs de l’aube, la situation commence à changer. Evidemment il y a des choses permanentes, le survol par les avions israéliens dont le type change cependant.

Les hélicoptères remplacent les appareils bourdonnants qui risquent de se trouver une proie facile pour la défense antiaérienne, des canons de 14,5 millimètres qui sont entre les mains des résistants, une arme capable d’abattre ces avions relativement lents, s’agissant d’appareils de reconnaissance et de prises de vue et qui sont sans pilote ? Toutefois, ils sont munis de lance-missiles et de mitrailleuses. Leur travail reste compliqué parce qu’ils doivent voler à basse altitude. Les hélicoptères et les F16 sont plus opérationnels de jour grâce à leur capacité de manœuvres et de survol à haute altitude. Cela dit, ces appareils opèrent aussi de nuit pour cibler des objectifs précieux ou semer la terreur. Leur simple apparition est synonyme de mort. 

Le noir du deuil

De jour, la physionomie de Gaza se modifie, mais le noir reste la couleur dominante, celle du deuil notamment après les massacres collectifs commis par l’armée israélienne et qui ont pris cette allure de holocauste avec quelque 140 Palestiniens tués, dont la moitié est composée d’enfants et de femmes, avec comme prétexte de mettre fin aux tirs de roquettes. Au cours de la période entre le 28 février et le 5 mars, Tsahal avait tué 110 citoyens, dont 51 civils, parmi lesquels 27 enfants et 6 femmes. Il y a eu également 236 blessés, des civils pour plus de la moitié, dont 11 femmes et 58 enfants. Ce triste bilan ne comprend pas les dizaines de martyrs tués le premier jour, c’est-à-dire le 27 février. Les rapports des organisations des droits de l’homme relèvent que 69 de ces tués étaient des civils, dont 20 enfants et 3 femmes. Ce massacre s’est déroulé dans la ville de Jabalia et son périmètre, suite à une offensive terrestre et aérienne précédée de raids aériens sur des objectifs militaires et civils au nord de cette localité. L’horreur des crimes commis par la machine de guerre israélienne, où les civils ont été ciblés notamment les enfants et ce de manière directe, est décrite dans ces rapports. Les scènes d’horreur sont terribles. Le 28 février, par exemple, quatre enfants ont été tués, dont 3 d’une même famille suite à un tir de roquette dirigé contre eux alors qu’ils jouaient au football dans un terrain situé près de leur maison à Jabalia. Un cinquième enfant, visé par un missile, a été tué alors qu’il gardait des moutons dans un pâturage à Beit-Lahia.

Les deux premiers jours de mars, toujours à Jabalia et son périmètre, 7 enfants ont trouvé la mort, également visés par un missile alors qu’ils se trouvaient à proximité d’une voiture que l’aviation israélienne venait de bombarder. Un frère et une sœur ont été tués dans le bombardement de leur maison, alors qu’ils se trouvaient dans leur chambre. Une fillette de deux ans a péri, elle aussi, suite à un tir de missile alors qu’elle était dans le jardin de sa maison en train de jouer avec ses frères et sœurs.

Ces deux jours aussi, 3 enfants ont été tués suite à un tir d’obus. Deux frères ont trouvé la mort chez eux suite à un tir délibéré de la part de snipers israéliens postés sur les toits des maisons. Leur père a été blessé.

Le drame de Mounir

Il faut avoir beaucoup de courage pour se rendre à Jabalia. Une fois là-bas, vous ne serez plus la même personne. La tragédie de Gaza vous marquera à jamais surtout si vous rendez visite à la famille Dourdouné et rencontré le citoyen Mounir Dourdouné qui est sourd-muet. Il a vu mourir devant lui son enfant unique Ali, déchiqueté par le tir d’un missile lancé par un avion. Mounir n’arrive pas à croire ce qui se passe. Il ne fait maintenant qu’aller chercher son enfant dans les différents lieux, où il avait l’habitude de se rendre, sa quête impossible se termine toujours par un évanouissement.

Le choc subi par Mounir, qui habite la région de Jabal Al-Kachef, est allé plus loin, au-dessus de ses capacités. Il crie à tout moment en portant les restes de la chemise de son petit déchiqueté par les missiles israéliens. Il ne cesse de porter à ses lèvres ces lambeaux et pleurer, tentant de prononcer un mot ou une phrase : « Pourquoi m’ont-ils pris mon enfant ? C’était l’unique cause de mon bonheur ».

Le terrorisme israélien ne s’est pas limité à l’assassinat de Ali. Voire, les Israéliens ont détruit la demeure avec un missile lors d’un raid qui a fait des centaines de morts et de blessés. Mounir n’a plus de maison, ni de source de subsistance. Il vit avec des parents mais n’arrive pas à dormir ni à se calmer, sortant toujours à la recherche de son enfant.

Ce drame, celui du père qui tient en permanence les lambeaux de la chemise de son enfant a été la principale cause qui a poussé un jeune Arabe de Jérusalem qui menait une vie tranquille, Alaa Abou-Dhaim, à exécuter cet attentat contre un centre talmudique à Jérusalem-Est jeudi dernier et qui a fait huit morts et 35 blessés, suscitant des tirs de joie de la part des Palestiniens meurtris et blessés. Voici le résultat de cette sanglante opération israélienne.  

Si la nuit s’enveloppe normalement de noir, le jour à Gaza est la noirceur même poussant au désespoir. Les gens ne sont pas seulement privés d’électricité, d’essence, poussés ainsi à se coucher tôt, mais ils subissent aussi cet étranglement pendant le jour. Sortir pour chercher une voiture pour vous accompagner au travail est quasiment impossible. Il n’y aura pas d’essence ? Il n’y a pas aussi d’argent à retirer d’une banque. On vous dira qu’il y a un manque de liquidités, même si la somme a été transférée de l’étranger. Aller au marché pour s’approvisionner est une autre source de déception, il faut accepter ce que l’on vous propose. Même les produits que les commerçants ont introduits à Gaza au moment de l’ouverture de la frontière avec Rafah sont en rupture de stock.

Dernière image faite de noir, l’absence d’eau potable. La mort vous attend parce qu’il n’existe pas de produit d’épuration. Il faut donc bouillir l’eau. Comment donc tendre la main vers l’autre qui n’attend que l’occasion de vous la couper ?

Achraf Aboul-Hol

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