Al-Ahram Hebdo, Egypte |
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 3 au 9 décembre 2008, numéro 743

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Egypte

Gaza. Les manifestations se multiplient pour afficher la solidarité avec les Palestiniens soumis à un blocus « inhumain », mais aussi pour décrier la « passivité » des régimes arabes.

Pressions en série

Israël étrangle les Gazaouis et les Egyptiens s’en prennent à leur gouvernement. Un scénario à répétition. Depuis près de deux semaines, l’Egypte est le théâtre de manifestations, notamment d’étudiants islamistes, qui exigent du gouvernement égyptien qu’il brise le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza. Un blocus renforcé le 5 novembre, fermant tous les points de passage en représailles à des tirs de roquettes palestiniennes.

Ce week-end, à la sortie de la prière du vendredi, la confrérie des Frères musulmans a organisé avec un nombre de syndicats professionnels et de partis politiques une cinquantaine de sit-in à travers le pays. Les manifestants ont dénoncé « le silence suspect » des dirigeants arabes face à ce qui se passe à Gaza.

Plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés la semaine dernière devant le syndicat des Journalistes pour manifester leur solidarité avec les Palestiniens de Gaza et décrier « l’apathie » des régimes arabes. En parallèle, plusieurs manifestations estudiantines ont eu lieu notamment devant l’Université du Caire et dans le campus de l’Université d’Al-Azhar. Les étudiants avaient scandé des slogans hostiles au régime égyptien donnant lieu à des affrontement avec les forces de sécurité.

Le terminal de Rafah, seul accès au monde extérieur pour le 1,5 million d’habitants de Gaza, est fermé quasiment en permanence depuis juin 2006, après l’enlèvement d’un soldat israélien dans une attaque à la lisière de la bande de Gaza.

Il ne peut fonctionner en temps normal sans l’aval d’Israël, aux termes d’un accord conclu en 2005 et qui prévoit la présence sur place d’observateurs européens et de représentants de l’Autorité palestinienne. Mais ces observateurs se sont retirés après le coup de force du mouvement islamiste du Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis juin 2007.

L’Egypte a condamné officiellement par la voix du ministre des Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit, le blocus israélien imposé sur Gaza, considéré comme « une violation évidente du droit international ». « Israël n’a pas le droit de considérer Gaza comme une entité hostile, cette attitude est contraire aux accords de Genève relatifs aux territoires occupés », a noté Aboul-Gheit tout en appelant la communauté internationale et les Nations-Unies à intervenir pour amener Israël à alléger le blocus. Mais les opposants demandent à l’Egypte de se désengager de cet accord et d’affirmer sa « suprématie » sur ses frontières.

« Malheureusement, les gouvernements arabes, la Ligue arabe et l’Egypte sont responsables de cette situation », estime Essam Al-Eriane, un cadre de la confrérie. « La Ligue arabe a pris une série de décisions, dont la dernière date du 26 novembre en faveur d’une levée du blocus, or jusqu’à maintenant, on n’a pas vu un seul camion de vivres traverser la frontière. Je crains que si ce dossier est examiné par un tribunal pénal international, on verra les responsables arabes accusés de crimes contre l’humanité », ajoute-t-il.

La confrérie tient pour responsable notamment le gouvernement égyptien. Sa stratégie consiste donc à rallier les forces politiques et l’opinion publique pour « contrebalancer » les pressions exercées par les Etats-Unis sur le gouvernement égyptien, « ne serait-ce que pour fournir à celui-ci un bon prétexte pour réagir », affirme Al-Eriane.

Nombreux sont ceux qui partagent la vision des islamistes, même s’ils ne sont pas motivés par la même idéologie. Ainsi, le nassérien Abdallah Al-Sénnawi pense qu’indépendamment du Hamas et des Frères, « les Egyptiens se doivent d’être solidaires avec les habitants de Gaza qui vivent depuis des mois dans des conditions inhumaines. Il y a 1,5 million d’habitants dont la vie est en danger ».

D’un point de vue humain mais aussi du point de vue de l’intérêt national, Al-Sénnawi note les liens familiaux entre les tribus de Rafah, à cheval de l’Egypte et de la Palestine. « Au niveau sécuritaire, l’Egypte ne peut pas fermer les yeux et se désengager complètement. C’est une affaire égyptienne par excellence, l’ignorer est très dangereux et céder aux prises de positions israéliennes ne l’est pas moins », conclut-il.

Toutefois, ladite responsabilité de l’Egypte est loin de faire l’unanimité des Egyptiens. « Personne n’admet ce qui se passe à Gaza et il est très probable de voir la colère des Egyptiens monter encore plus, sauf qu’aucune entité politique n’a le droit de s’approprier ces protestations », affirme le député du parti libéral du Wafd, Mohamad Moustapha Cherdi, en référence à la confrérie des Frères musulmans, qui se positionne à l’avant-garde des « manifestations de solidarité ».

Cherdi refuse aussi que cette colère soit dirigée contre l’Egypte. « Si Israël a soumis Gaza à un blocus, que peut faire le gouvernement égyptien ? Qu’est-ce qu’on a, nous, à faire là-dedans ? Pourquoi c’est toujours aux Egyptiens d’assumer les erreurs des Palestiniens ? », s’indigne le député wafdiste.

En effet, les conflits intestins des factions palestiniennes, notamment le Fatah et le Hamas, et la guerre qu’elles se livrent ont amené beaucoup d’Egyptiens à remettre en question leur sympathie pour ceux qui s’intéressent avant tout au pouvoir et non à leur cause nationale.

Comme le note le chercheur Nabil Abdel-Fattah du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, « la situation précaire au niveau inter-palestinien est un facteur primordial dans la souffrance des Gazaouis, sans un rapprochement entre le Fatah et le Hamas, il ne sera pas possible d’alléger le blocus ».

Pour lui, le « mécontentement » des Egyptiens fait partie d’une stratégie classique des Frères musulmans qui exploitent ce qui se passe à Gaza pour rallier les sympathisants et l’opinion publique contre le gouvernement. « Il ne faut jamais oublier que le Hamas et les Frères partagent une même idéologie », souligne Abdel-Fattah. « Je ne pense pas que le gouvernement égyptien aura recours à une ouverture partielle des frontières pour absorber cette colère. Au contraire, il aura recours comme d’habitude à l’appareil sécuritaire contre les Frères », conclut le chercheur.

Apparemment, c’est un amalgame des deux options que l’Egypte a décidé de mettre en œuvre. Vendredi, 120 malades palestiniens ont été autorisés à franchir la frontière pour se faire soigner dans les hôpitaux égyptiens. Les autorités égyptiennes ont également indiqué qu’elles ouvriraient le terminal de Rafah pour trois jours afin de permettre le passage d’environ 3 000 pèlerins palestiniens pour La Mecque via la mer Rouge. Et le lendemain, samedi, 28 membres de la confrérie ont été arrêtés dans les villes littorales de Marsa Matrouh et d’Alexandrie pour « appartenance à une organisation illégale ».

Chérif Albert

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.