Al-Ahram Hebdo,Nulle part ailleurs | Guérir, réussir : le double pari
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 5 au 11 novembre 2008, numéro 739

 

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Nulle part ailleurs

Soutien Pédagogique. Eviter le retard scolaire en formant des classes au sein de l’hôpital 57357 permet aux enfants atteints de cancer de ne pas rater l’année scolaire. Cette initiative, prise par une école privée, MSE, est d’un grand secours pour ces malades. Visite.

Guérir, réussir : le double pari

Il est 10h30 du matin, Amr, professeur d’arabe, commence par pointer avant de retirer son agenda de son cartable pour revoir son emploi du temps. Un programme adapté aux conditions de chaque élève. Aujourd’hui, Amr doit donner deux cours au deuxième étage, un autre au quatrième et deux au cinquième. Ses cinq élèves sont de différents cycles scolaires. Guidé par une infirmière, il note leurs numéros de chambre. En fait, cet enseignant n’est pas là pour donner des leçons particulières, mais un cours normal sauf qu’il a lieu à l’hôpital 57357 des enfants cancéreux. Avant de pénétrer dans chaque chambre, Amr applique un masque sur son visage, une mesure de précaution, car les malades qui suivent des cures chimiothérapiques sont particulièrement vulnérables aux infections. Dès qu’il apparaît, Hind, toute pâlotte, lui esquisse un sourire effacé. Cette fille, âgée de 12 ans, l’attend avec impatience chaque jour, malgré sa souffrance. La main immobilisée par un cathéter, Hind a du mal à ouvrir les yeux ; pourtant, elle a préparé ses livres pour prendre son cours. A ses côtés, sa maman, qui surveille le flux du liquide passant dans les veines, se presse pour relever son lit. D’une voix douce, le professeur commence par expliquer la leçon avec des mots simples. Soudain, Hind a envie de vomir. Sa maman se presse pour lui tendre un sachet en plastique.

Etudes à la carte

Comprenant son malaise, le professeur arrête son cours qui normalement doit durer 45 mn, seulement aujourd’hui, il ne dépassera pas les 15 mn. « Les enfants atteints de cancer sont de vrais combattants. Tous les jours, ils doivent faire face à leur thérapie, un traitement lourd avec des effets secondaires. Cependant, le maintien d’une scolarité, malgré les séances de chimiothérapie et leurs conséquences, est nécessaire à leur équilibre psychologique.

Une scolarité aménagée à la carte durant laquelle l’élève essaie d’oublier temporairement ses souffrances, en transformant le milieu hospitalier en lieu d’apprentissage, car apprendre c’est aussi continuer à grandir », explique Amr, incapable de porter son regard sur cette fille qui sait déjà ce que c’est la souffrance. Et d’ajouter : « Durant mes visites à l’hôpital, j’ai remarqué la détresse des parents en apprenant que leur enfant est atteint par cette maladie grave. Désespérés, ils se demandent si leur enfant va pouvoir être sauvé. Quant à l’enfant, il se pose d’autres questions : comment va-t-il dormir, combien de jours va-t-il manquer l’école et comment va-t-il rattraper son retard ? Il est soulagé quand il comprend que des solutions pratiques lui sont proposées. L’atmosphère familiale et détendue de la classe rassure les parents qui sont associés aux moments scolaires ».

En effet, Amr n’est qu’un professeur parmi d’autres nommés par la Modern School of Egypt (MSE) pour donner des cours spécialement aux enfants cancéreux et hospitalisés et les aider à poursuivre leur cursus scolaire. Selon Rafida Askar, PDG, cette école privée fait fonction de soutien pédagogique. Son rôle ne s’arrête pas aux élèves qui la fréquentent, d’où est venue l’idée de réajuster les modalités d’apprentissage et d’aider l’enfant à gagner le double pari, celui de guérir et réussir. « Quand leur état le permet, ces enfants hospitalisés ont très envie de reprendre leur train de vie normal et de prendre le chemin de l’école. Ce système d’enseignement dynamise l’enfant et sa famille et lui permet de vivre et supporter ces mois difficiles », souligne-t-elle, tout en ajoutant qu’il faut éviter que cette épreuve douloureuse fasse basculer sa vie.

Cependant, les absences scolaires, bien que variables en fonction du type de tumeur et du traitement médical, sont inévitables pendant le traitement et demeurent un grand problème. D’ici est née l’idée de ramener des enseignants compétents, indépendants de notre école MSE et détachés de l’éducation officielle, au chevet de ces enfants malades. L’objectif étant d’éviter à ces enfants de redoubler ou de se détacher de l’école et de leur permettre une réinsertion rapide à la fin du traitement, d’être sans cesse tournés vers des projets, et donc vers l’avenir.

Or, l’initiative d’aider ces enfants malades n’est pas la première en son genre, puisque la collaboration entre MSE et l’Institut des tumeurs a commencé depuis longtemps bien avant la construction de cet hôpital situé au quartier de Sayeda Zeinab. Toute une équipe de bénévoles et de professeurs sont impliqués et veillent au bien-être de ces enfants. Ils visitent souvent ces malades. Et pour leur rendre le sourire, ils organisent des activités qui leurs sont spécifiquement dédiées. « Nous avons aussi proposé au Dr Chérif Aboul-Naga, directeur de l’hôpital, de réserver une salle à l’Institut national du cancer : une salle de rêves, pleine de jouets, où les enfants peuvent s’amuser et se distraire en oubliant leur maladie. Une salle qui n’a pas vu le jour à l’institut faute de places. Pourtant, dans ces nouveaux locaux, on a aujourd’hui l’occasion d’aider ces enfants et de leur fournir tout le matériel nécessaire : professeurs et livres », raconte Rafida, la directrice.

Il est midi. Amr a fini ses cours avec les enfants qui ne peuvent pas se déplacer de leur chambre. Il a rendez-vous maintenant avec d’autres élèves, et cette fois, dans une classe, toujours à l’hôpital. Des cours qui ont lieu à la bibliothèque de chaque étage et qui s’est transformée, pour l’occasion, en un espace d’études. Le décor est magnifique avec des murs bariolés de dessins d’enfants, des portes peintes en rose et des baies vitrées qui donnent sur une terrasse. L’objectif étant de dépasser l’aspect froidement clinique d’une chambre d’hôpital, totalement inapproprié au séjour de jeunes enfants qui ont à subir au quotidien un traitement lourd. Mais pourquoi une classe au sein de l’hôpital ? « La classe est un lieu qui permet à l’enfant de sortir de l’ambiance macabre de la chambre, des soins et des consultations », souligne Rola, une des bénévoles dépendant de l’école. Ces petites classes médicalisées accueillent entre trois et six élèves et ont pour objectif de maintenir leur niveau scolaire. Une initiative très appréciée par les élèves, aussi par les parents. Mona, mère de Sarah, âgée de 14 ans et souffrant d’une leucémie, confie que la maladie de sa fille a bouleversé tout son univers. Elle a décidé d’y faire face malgré ses moyens modestes. Sarah a dû abandonner l’école, car elle s’absentait fréquemment. « C’est un véritable bouleversement physique et émotionnel que les mots ne peuvent pas exprimer. La détresse et la peur nous ont touchés moralement et financièrement. Mais grâce à ces enseignants, ma fille a aujourd’hui l’espoir de guérir et de réussir à l’école », explique-t-elle, tout en ajoutant qu’elle ne verse aucun sou à ces professeurs. Quant à sa fille, elle est heureuse de trouver quelqu’un qui puisse lui expliquer et lui faire réviser ses leçons. « En plus des traitements qui sont durs, j’avais souvent envie de vomir à cause de la chimiothérapie. De plus, j’étais séparée de mes amis, de ma classe et de mon entourage. Non seulement mon corps est malade, mais aussi mon âme. J’étais d’humeur à ne rien faire. Je voulais juste que tout se termine, mais cela me poursuivait toujours : les douleurs, la souffrance et la solitude. Ces cours m’ont permis d’oublier un peu. Je n’ai pas le temps d’avoir mal. Ici, je suis heureuse, je ne me sens pas différente et je n’ai pas honte de n’avoir plus de cheveux sur la tête », dit-elle.

Amr rencontre son collègue Mohamad, qui enseigne les mathématiques, mais il n’a pas le temps de discuter avec lui, car il a cours au quatrième étage. Trois élèves du cycle préparatoire l’attendent impatiemment. Assis autour d’une longue table avec chacun son dispositif à perfusion. Etre malade ne les a pas empêchés d’apprendre et de réviser leurs leçons. Ces enfants sont souvent accompagnés par leurs mamans. « Ils viennent de loin pour un long séjour à l’hôpital, souvent plusieurs mois, parfois des années. Arrachés de leur monde familier, coupés de ceux qu’ils aiment et de leurs amis, à des centaines de km de chez eux, ils luttent contre la maladie, supportant les terribles souffrances physiques. Qui pourrait prendre la place d’une maman, dont chaque fibre ressent les douleurs de son enfant ? », précise Miss Azza, responsable de cet étage. Tout en expliquant la leçon, Amr tient à suivre chaque élève pour savoir s’il assimile correctement ou pas. Une heure plus tard, il remarque que ses élèves sont fatigués, il termine son cours, mais n’oublie pas de leur donner un petit exercice ou une petite révision.

Et la même scène se répète jusqu’à la fin de la journée scolaire. Une journée qui se termine à 16h et qui, de temps à autre, est interrompue à cause d’une séance de chimiothérapie ou de radiothérapie. Pourtant, ces cours particuliers sont destinés non seulement aux malades qui ne peuvent pas quitter l’hôpital, mais aussi à ceux qui reçoivent des soins ambulatoires. « Nous soignons des enfants pour lesquels la vie continue malgré la maladie. Tous les matins, ils sont incités à se lever, à s’habiller, à vaquer à leurs occupations : jouer, travailler et saisir l’opportunité des activités comme les ateliers de musique ou d’écriture … Les couloirs reflètent ces moments, il y a de l’animation, de la vie. Même si le besoin de détente n’est pas oublié. A chaque instant, ces enfants ont la force de puiser une part de rêve, ils profitent de la vie. Ils ne restent pas dans l’attente d’un soin ou du passage du médecin. Au contraire ! Et c’est à nous de nous adapter à leur emploi du temps », conclut le Dr Nermine Abdel-Salam, responsable du groupe de bénévoles.

Chahinaz Gheith

 




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