Al-Ahram Hebdo,Invité | Mouchir Al-Masri
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 4 au 10 Juillet 2007, numéro 669

 

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Porte-parole du Hamas et membre du Conseil législatif palestinien, Mouchir Al-Masri explique pourquoi son mouvement a décidé de prendre par la force le contrôle de la bande de Gaza et évoque les perspectives de règlement de la crise avec le Fatah du président Mahmoud Abbass.

« La solution est dans l’engagement
d’un dialogue sans conditions »

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi le Hamas a pris la décision de combattre les forces du Fatah jusqu’à la prise de contrôle de la bande de Gaza par les armes ?

Mouchir Al-Masri : Notre décision de prendre le contrôle de la bande de Gaza a été prise en raison de l’état de chaos sécuritaire mené et programmé par un courant au sein du Fatah, en vue de montrer que le gouvernement du Hamas a échoué à apporter la sécurité aux Palestiniens. Ce courant a concocté ce complot en coordination avec Israël, après l’échec du blocus économique et financier imposé par l’Etat hébreu aux Palestiniens depuis l’arrivée au pouvoir du Hamas en mars 2006. Cette équipe du Fatah ne voulait pas la réussite du gouvernement d’union entre le Hamas et le Fatah. Elle a donc mené une campagne d’arrestations, d’enlèvements et de tortures des membres du Hamas. Nous sommes arrivés à une impasse et il fallait mettre un terme à cette situation intenable. D’où notre décision de prendre par la force le contrôle de la bande de Gaza, qui bénéficie aujourd’hui de la sécurité dont rêvaient les Palestiniens.

— De qui parlez-vous au juste au sein des services de sécurité palestiniens ? S’agit-il de Mohamad Dahlan, l’homme fort du Fatah dans la bande de Gaza ?

— Oui, il s’agit de Dahlan et de son équipe qui ont dominé les appareils de sécurité et qui voulaient perpétuer cette domination. Ces appareils sont gangrenés par la corruption, du trafic de la drogue jusqu’aux assassinats des membres du Hamas. Tous les ministres palestiniens de l’Intérieur ont reconnu cette réalité, y compris celui appartenant au Fatah, Nasr Youssef, qui a révélé l’existence de milices au sein des appareils de sécurité. Notre combat n’est donc pas avec le Fatah dans son ensemble mais avec cette équipe influente au sein de ce mouvement qui a dominé les appareils de sécurité. Nous avons chassé de la bande de Gaza des dizaines, voire des centaines de personnes qui étaient compromises avec ce courant qui a déformé le visage du Fatah et volé sa décision. Et, croyez-moi, les vrais et sincères membres du Fatah se sont réjouis de ce qui est arrivé à ce courant.

— Vous avez dit à d’autres occasions que ce courant au sein du Fatah, qui selon vous porte la responsabilité de ce qui s’est passé à Gaza, était également responsable de l’échec des diverses tentatives de dialogue entre le Hamas et le Fatah. Comment ?

— Ce courant, qui contrôlait les appareils de sécurité, utilisait ce levier pour mettre en échec tout accord politique conclu par le Fatah et le Hamas. Sa tactique consistait à créer un état de désordre et de chaos sécuritaire sur le terrain, une tension entre le Fatah et le Hamas (enlèvements, tirs sur les convois des ministres, chute de roquettes sur la résidence du premier ministre) qui se solderaient par des suspicions réciproques et l’échec dans l’application des accords politiques.

— Mais le Hamas n’est-il pas, lui aussi, responsable de ce chaos : N’a-t-il pas créé la « Force exécutive » dans la bande de Gaza pour contrer les forces de sécurité appartenant au Fatah, dans une lutte de pouvoir évidente avec le président Mahmoud Abbass, dont il ne partage pas l’idéologie politique ?

— Quand le Hamas a formé son gouvernement en mars 2006, les appareils de sécurité palestiniens comptaient 80 000 membres, dont 35 % appartenant au Fatah. Les « barons » des appareils de sécurité, responsables de la crise actuelle, refusaient d’appliquer les ordres du ministre de l’Intérieur de l’époque, issu du Hamas, Saïd Siyam. Ce refus a créé une tension entre le Hamas et le Fatah. Nous nous sommes alors mis d’accord avec le président Abbass sur la création de la « Force exécutive ». Abou-Mazen a créé par décret cette force qui devait être composée par toutes les factions palestiniennes, dont le Hamas.

— Mais cette force est dominée par le Hamas ...

— Parce ce que le Hamas a le plus de combattants et les mieux entraînés.

— Cet état a cependant créé une sorte de déséquilibre avec les autres appareils de sécurité et soulevé des soupçons sur la volonté du Hamas de dominer par la force ...

— Dès la formation de la « Force exécutive », les barons des appareils de sécurité appartenant au Fatah sont entrés en lutte armée contre elle pour l’empêcher de remplir sa mission de ramener la paix et la stabilité dans la bande de Gaza, et pour garder la tension sur le terrain. Notre coup de force dans la bande de Gaza a finalement réussi à les éliminer.

— Mais le président Abbass a ordonné plus tard la dissolution de la « Force exécutive », ce que le Hamas a refusé ...

— Il a pris cette décision sous la pression d’Israël, qui a voulu sa dissolution car elle n’était pas le fruit d’une coordination ou d’un accord avec les Israéliens mais l’émanation d’une décision purement palestinienne.

— Pourquoi refusez-vous d’admettre que la « Force exécutive » était l’outil du Hamas dans sa lutte sur le pouvoir avec le Fatah ?

— Parce que cette force était le fruit d’un accord entre le président et le gouvernement du Hamas en vue d’appliquer un plan de sécurité approuvé par les deux parties. Mais les dirigeants des appareils de sécurité n’ont jamais accepté l’existence d’une force dont le contrôle leur échappe, et dont la mission — ramener la sécurité — est contraire à leur politique de pérenniser la tension dans la bande de Gaza.

— La prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas a créé une situation insolite qui nuit finalement à la cause et à la population palestiniennes ...

— Ceux qui portent la responsabilité de cet état sont ceux qui ont refusé le choix démocratique des Palestiniens et ont voulu mettre en échec son gouvernement. Abou-Mazen porte une responsabilité car il n’a appliqué aucun des accords de sécurité conclus avec le Hamas. Est-il faible, fait-il partie d’un complot ? Les analystes politiques le diront. C’est aussi la responsabilité de la communauté internationale qui s’est comportée contrairement à ses principes déclarés de respect de la volonté des peuples et de la démocratie.

— Comment voyez-vous l’issue de cette crise, dont paie le prix la population palestinienne ?

— La seule solution réside dans l’engagement d’un dialogue entre le Hamas et le Fatah, car aucun des deux mouvements ne peut gouverner seul. Il est impossible d’écarter le Hamas qui a été plébiscité par la population.

— Le président Abou-Mazen refuse tout dialogue avant le retour à la situation antérieure dans la bande de Gaza ...

— Le dialogue doit être sans conditions préalables.

— Mais le président Abbass, soutenu par la communauté internationale et par Israël, cherche à isoler le Hamas et à montrer que son contrôle de la bande de Gaza se soldera par une détérioration des conditions de vie des Palestiniens qui y vivent. L’objectif étant de faire retourner la population contre le Hamas ...

— Cette stratégie est une pure illusion. Elle a été déjà suivie depuis l’installation du gouvernement du Hamas, il y a un an et demi, sans résultat, car le Hamas n’a rien perdu de sa popularité. Le soutien d’Israël et des Etats-Unis à Abou-Mazen va au contraire conduire à sa chute et à la faillite de son programme politique. Car les Palestiniens ne sont pas dupes. Qu’a-t-il obtenu grâce à ce soutien ? Rien. L’Etat hébreu ne cédera rien des droits des Palestiniens à Mahmoud Abbass. La stratégie politique du président est vouée à l’échec.

Je veux dire enfin que si Israël cherche à étouffer la bande de Gaza, il transformera la population palestinienne en une bombe à retardement dont la victime sera l’Etat hébreu même. Donc, je pense que cette stratégie a ses limites.

— Le Hamas a accepté dans l’accord de La Mecque, le 8 février, de mandater le président Abbass pour engager des négociations avec Israël. Cependant, le mouvement a poursuivi ses tirs de roquettes sur la ville de Sdérot (sud d’Israël). Ce qu’a dénoncé Abou-Mazen car il nuit à la stratégie de pourparlers avec Tel-Aviv. Pourquoi n’avez-vous pas arrêté ces tirs ?

— Ces tirs ne sont que la réaction aux agressions israéliennes contre les Palestiniens. Ils ont créé une psychose stratégique en Israël, car le gouvernement a annoncé son incapacité à leur mettre un terme. Ils ont provoqué une émigration inverse, de Sdérot vers l’intérieur de l’Etat hébreu. Ces tirs ne sont finalement qu’un prétexte qu’utilise Israël pour ne pas engager de pourparlers avec les Palestiniens.

J’ajoute enfin que l’inexistence de tirs de roquettes à partir de la Cisjordanie n’a jamais empêché Israël de poursuivre ces agressions contre la population de ce territoire. Un chiffre suffit pour le démontrer : 90 % des détenus palestiniens en Israël sont de la Cisjordanie.

— Vous refusez les négociations avec Israël. Comment comptez-vous libérer les terres palestiniennes étant donné l’énorme déséquilibre de puissance entre Palestiniens et Israéliens ?

— Nous avons proposé à Israël, depuis 1989, une trêve de longue durée contre l’établissement d’un Etat palestinien dans les frontières de juin 1967 et la libération de tous les détenus palestiniens dans les prisons israéliennes. Dans ce cadre, nous avons mandaté Mahmoud Abbass pour engager des négociations avec Israël. Mais le Hamas n’engagera pas lui-même des pourparlers avec Israël, car ceux-ci, tels qu’ils ont été menés jusqu’à présent, ont prouvé leur futilité : Ils n’ont mené qu’à des concessions de la part de l’OLP sans contrepartie. Ce que nous refusons.

— Vous acceptez que Mahmoud Abbass engage des négociations avec Israël. En même temps, vous prônez la résistance armée. N’est-ce pas contradictoire ?

— La résistance armée est une autodéfense contre les agressions israéliennes. C’est une réaction légitime contre l’occupation militaire. Et puis, cette résistance armée n’a jamais fait échouer une quelconque négociation. Car celle-ci portait en elle-même les germes de son échec. Nous avons vécu des périodes de calme dont l’aboutissement était l’intensification de la colonisation et la poursuite des agressions contre notre peuple. La réalité est que la balle est dans le camp israélien qui a toujours refusé toutes les initiatives de paix faites par les Palestiniens et les pays arabes .

Propos recueillis par
Hicham Mourad

 




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