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 Semaine du 9 à 15 Mai 2007, numéro 661

 

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France . La victoire au second tour des présidentielles de Nicolas Sarkozy, qualifié de pro-israélien et partisan de « l’immigration choisie », suscite des craintes dans le monde arabe et en Afrique.  

Attentisme 

Les Français ont élu président Nicolas Sarkozy, lui offrant dimanche 6 mai une large victoire face à la socialiste Ségolène Royal et portant ainsi au pouvoir pour cinq ans le candidat de droite qui leur a promis de changer le pays en profondeur. Sarkozy a obtenu 53,06 % des voix contre 46,94 % pour Royal. A 52 ans, il succède à la présidence de la République à Jacques Chirac, qui a dirigé la France pendant 12 ans.

L’élection de Sarkozy semble laisser présager une politique française au Proche-Orient a priori plus pragmatique et moins personnalisée que celle de Jacques Chirac. Mais, la tâche sera d’autant plus rude qu’il succède à un homme, Jacques Chirac, dont la geste diplomatique envers le monde arabe était surtout empreinte de considérations affectives et personnelles, et parfois d’un certain paternalisme bienveillant pour ses dirigeants.

La victoire de Sarkozy suscite donc certaines appréhensions dans un monde arabe qui redoute des positions alignées sur celles des Etats-Unis et une politique « moins équilibrée » en faveur d’Israël. Le nouveau président est souvent présenté dans la presse comme étant plus pro-israélien et pro-américain que ses prédécesseurs. Il a cependant assuré que sa politique sera marquée par la « continuité ». Il dit vouloir « la sécurité » pour Israël et un Etat pour les Palestiniens. Il prône des « relations confiantes » avec les gouvernements arabes. Des intentions qui restent à tester, poussant les responsables arabes à adopter une attitude attentiste.

Pour l’heure, la victoire de Nicolas Sarkozy a suscité une grande satisfaction en Israël, au sein des organisations juives aux Etats-Unis et dans le monde. Alors que la presse américaine saluait en lui « un ami des Américains », le premier ministre Ehud Olmert s’est « déclaré convaincu que les relations entre Israël et la France (allaient) se développer et se resserrer » durant le mandat de Sarkozy. Proche « ami » de Sarkozy, le chef de l’opposition israélienne Benyamin Netanyahu a estimé que le prochain président français — contrairement à son prédécesseur Jacques Chirac, qualifié d’« ami des Arabes » — est « un homme qui voit les intérêts de la France sous un autre angle ». Les médias israéliens ont de leur côté salué une victoire qui prélude à « une ère nouvelle dans les relations franco-israéliennes », comme l’écrit en Une le quotidien populaire Yediot Aharonot à gros tirage. Le quotidien indépendant Maariv a rappelé que Sarkozy a entamé sa campagne électorale à l’étranger en visitant Yad Vashem (le Mémorial de la Shoah) à Jérusalem.

Ces réactions tranchent avec les commentaires plutôt sobres dans le monde arabe, à l’exception du Hezbollah libanais, allié de Téhéran et de Damas, qui s’est aussitôt mis en position d’ouvrir un dialogue avec la France. Le parti chiite — qualifié de « terroriste » par Nicolas Sarkozy en septembre, alors qu’il était ministre de l’Intérieur — a rapidement félicité Sarkozy, l’invitant toutefois à mener une politique « plus équilibrée » au Liban et dans la région.

Le président syrien Bachar Al-Assad, allié de l’Iran, a félicité lundi Sarkozy, souhaitant que les relations entre les deux pays « évoluent » positivement. « On ne peut exclure de parler avec la Syrie, c’est une évidence. Mais la question est de savoir si la Syrie est prête à devenir une puissance constructive, qui participe à la recherche de solutions dans les crises de la région, plutôt que de les rendre plus complexes encore », avait récemment déclaré Sarkozy. A Beyrouth, le président libanais Emile Lahoud, boycotté par Jacques Chirac, a souhaité un « renouvellement et une intensification des relations libano-françaises ». Durant sa campagne, Sarkozy a affirmé que la création d’un tribunal international pour juger les assassins du dirigeant libanais Rafiq Hariri « est une nécessité », une position que Lahoud, allié de Damas, voit d’un mauvais œil.

Inquiétudes en Afrique

L’élection de Nicolas Sarkozy suscite également de nombreuses inquiétudes en Afrique, essentiellement liées à sa lutte contre l’immigration clandestine. Dimanche soir, juste après sa victoire, il a appelé les Africains à « décider ensemble d’une politique d’immigration maîtrisée et d’une politique de développement ambitieuse ».

L’élu de droite préconise une « immigration choisie », c’est-à-dire la venue en France des « meilleurs étudiants, chercheurs, ingénieurs, travailleurs qualifiés, artistes et intellectuels, ainsi que les personnes dont les compétences sont recherchées par notre économie, grâce à un système de points, en distinguant les flux provenant de pays émergents et ceux provenant de pays en développement, notamment africains ».

Il réclame aussi la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. Ce projet d’immigration choisie a non seulement suscité le rejet catégorique de la gauche, mais aussi des réserves dans son propre camp de droite. Ce message, que Sarkozy a voulu faire passer lui-même en Afrique, se heurte également à la méfiance de nombreux Africains, même si des pays comme le Mali ou le Sénégal se déclarent prêts à examiner avec l’Union européenne les moyens de contrôler l’exode de leurs populations, notamment les jeunes, prêts à risquer leurs vies pour rejoindre ce qu’ils considèrent comme des eldorados.

Parallèlement, le nouveau président français préconise un partenariat euro-africain liant l’aide au développement et la maîtrise des flux migratoires, une agence européenne du co-développement permettant de mobiliser vers des projets structurants dans leurs pays d’origine l’épargne des 12 millions de migrants en Europe.

Les « masses populaires africaines considèrent (Sarkozy) comme le ténor d’une France (...) retranchée derrière ses barricades, opposant sans cesse un refus crispé au continent noir », a écrit le quotidien pro-gouvernemental sénégalais Le Soleil. A Kinshasa (République démocratique du Congo), Le Potentiel (indépendant) renchérit : Sarkozy « ne voit en l’Afrique que l’immigration qui fait mal à la France » et « ignore tout ce que l’Afrique apporte à la France et à la francophonie ». « L’élection de Sarkozy n’a pas suscité un grand enthousiasme en Afrique », relève de son côté Alioune Tine, le secrétaire exécutif de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (Raddho), une ONG basée à Dakar (Sénégal). « Il a tenté de séduire l’électorat lepéniste avec les thèmes de l’extrême droite. Il a heurté de front la sensibilité des Africains, à l’intérieur comme à l’extérieur », a-t-il souligné. Le nouveau président rejoint en effet certaines thèses de l’extrême droite en liant insécurité et chômage à l’afflux d’étrangers en situation régulière ou clandestine, thèse réfutée par les candidats de gauche à la présidentielle mais aussi par le centriste François Bayrou.

Mais l’élection du candidat de droite soulève également l’espoir d’une nouvelle relation entre la France et le continent africain, loin des réseaux de la « Françafrique ». « Nous comptons sur lui pour la modernisation des relations entre la France et les pays africains », a déclaré l’ancien premier ministre et opposant ivoirien, Alassane Ouattara. Pour Le Forum des As (journal proche du pouvoir de Kinshasa), « Nicolas Sarkozy est étranger aux fameux réseaux qui fondent la Françafrique » et « devrait avoir les coudées d’autant plus franches que sa génération n’a aucun compte colonial ou néo-colonial à solder avec les dirigeants africains ». En mai 2006, lors d’une visite au Bénin, Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait affirmé que la France devait « construire une relation nouvelle » avec l’Afrique, « débarrassée des scories du passé », sans « réseaux d’un autre temps » ni « émissaires officieux ».

Hicham Mourad

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