Al-Ahram Hebdo,Nulle part ailleurs | Le calendrier de la viande
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 décembre 2007, numéro 693

 

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Nulle part ailleurs

Consommation . Fête de la viande par excellence, le grand Baïram est célébré alors que le prix de cette denrée ne cesse d’augmenter. Pour les Egyptiens, la viande devient un luxe absorbant une part importante de leur budget. Certains en consomment une fois la semaine, d’autres une fois le mois ou l’année. Micro-trottoir.

Le calendrier de la viande

 

Hanaa, 36 ans, femme au foyer

Mon mari est fonctionnaire et son salaire ne dépasse pas les 700 L.E. Si nous devons acheter le kilo de viande à 35 L.E., cela veut dire que nous devons prévoir un budget de 150 L.E. pour manger de la viande quatre fois par mois. Ma famille compte quatre personnes et pour satisfaire ses besoins en protéines, il me faut au moins un kilo par repas. J’ai alors décidé de boycotter la viande rouge depuis que son prix a augmenté et je me contente seulement de viande de volaille, dont le prix reste abordable, même après la grippe aviaire.

Ahmad, 23 ans, coiffeur

J’ai consommé de la viande la semaine dernière. J’achète souvent de la viande de bœuf ou de chameau, car elles coûtent moins cher. J’évite le veau qui coûte plus cher que les autres espèces. Malheureusement, 40 % du poids de la viande que l’on achète est constitué d’os et de graisse. Pour s’offrir un kilo de viande au sens propre du mot, il faut dépenser au moins 48 L.E. C’est excessif.

Racha Bayoumi, 22 ans, ouvrière

La dernière fois que j’ai mangé de la viande date d’un mois. Le revenu de ma famille, composée de quatre personnes, ne dépasse pas les 350 L.E. On se contente d’acheter un quart ou un demi kilo, ce qui revient à 17 L.E. La viande est préparée accompagnée de légumes et chacun a droit à un tout petit morceau. Le jour où il y en a, c’est la fête à la maison. Je rentre tôt à la maison pour profiter de cet événement qui n’a lieu qu’une fois par mois. Son odeur alléchante embaume la cuisine, titille nos narines et nous donne l’eau à la bouche. De plus, on est fier de montrer à nos voisins que la viande est présente au menu.

Ahmad Bakri, 50 ans, fonctionnaire

La viande est comme ce convive qui nous rend visite une fois par mois, le jour de la paye. Les enfants attendent l’événement avec impatience. J’achète un kilo de viande et ma femme le répartit en deux ou trois mets. On ne peut pas prendre le risque d’acheter davantage, car j’ai peur que mes enfants s’habituent à ce luxe. De plus, il faut que je mette quelques livres égyptiennes de côté pour faire face aux crises, surtout avec la hausse continuelle des denrées vitales.

Hoda, 28 ans, vendeuse de mouchoirs

Je n’ai pas assez d’argent pour m’offrir de la viande. Mais Dieu pourvoie. Les âmes charitables cela existe, une personne peut m’offrir quelques morceaux, une autre me laisse le reste d’un repas qui en contient. Ainsi, je compense mes besoins et ceux de ma famille et la dernière fois où j’ai consommé de la viande, c’était hier soir.

Mahmoud, 45 ans, agent de police

Je suis originaire de Ménoufiya. J’ai l’habitude d’acheter ma viande dans mon village natal, car c’est beaucoup moins cher. La dernière fois que je m’en suis payée date de deux mois, à l’occasion de la dernière fête. Je gagne 300 L.E. par mois et ne peux m’offrir ce luxe que quatre fois par an.

Hassan, 14 ans, enfant de la rue et vendeur de menthe

Mon dernier sandwich de viande hachée date de 10 jours. J’ai pris le moins cher et je l’ai acheté d’une gargote où j’ai l’habitude de m’asseoir pour prendre mes repas.

Saad, 38 ans, vendeur ambulant

Je ne me permets un plat préparé à la viande que deux fois par semaine. Mon travail demande de la résistance, puisque je dois passer 14 heures par jour dans les rues dont je sillonne les recoins pour gagner ma vie. Mon corps a besoin de protéines, sinon, je risque de tomber malade. Pour être en bonne santé, il faut bien se nourrir, et la santé c’est la fortune des pauvres.

Hanane, 27 ans, femme de ménage

On a l’habitude d’acheter la viande dans un marché situé dans notre quartier. Là, on peut s’offrir des pieds et têtes de veau ou des tripes, sinon, je me contente de carcasses, gésiers et de foie de volaille. Le prix du kilo de viande dépasse mes moyens. Je dois nourrir huit personnes et le revenu de la famille atteint les 750 L.E. Mes jeunes frères vont à l’école, alors nous avons besoin d’économiser pour arriver à leur fournir ce qui est nécessaire à leur scolarisation.

Mahmoud, chiffonnier, 26 ans

Mes deux enfants âgés de 5 et 4 ans ne mangent que rarement de la viande. La nouvelle génération en consomme très peu. A force d’en être privés, les jeunes vont considérer cette denrée comme une partie du décor de boucheries.

Afaf, professeur, 42 ans

Se rendre chez un boucher est devenu un luxe. L’inflation galopante et la hausse des prix de la viande sont des motifs raisonnables pour freiner tout achat de viande. Dans ma gastronomie, la viande n’a plus de place.

Mohamad, 40 ans, professeur d’université

Mon salaire ne dépasse pas les 2 000 L.E. et avec la hausse du prix de la viande, j’ai dû réduire sa consommation à la maison. Au lieu de 10 kilos par mois, on se contente aujourd’hui de 6. On mange de la viande trois fois par semaine au lieu de cinq. C’est même mieux pour la santé. A croire que le gouvernement veut nous protéger de la goutte et autres maladies qui touchent ceux qui consomment énormément de viande .

Am Hosni, 90 ans, mendiant

La dernière fois que j’ai goûté à la viande, c’était l’année dernière à l’occasion du grand Baïram. J’ai dû faire la queue devant les résidences de gens aisés pour me procurer un ou deux sachets que j’ai répartis sur un mois et depuis, je n’ai plus goûté à un seul morceau.

Sayed, journalier, 30 ans

La viande, c’est le délire. J’ai presque oublié son goût. Tout ce qui me préoccupe aujourd’hui, c’est la galette de pain. Si son prix augmente de 20 piastres, alors ce sera la catastrophe. Je gagne 20 L.E. par jour pour subvenir aux besoins de ma famille. Par ailleurs, je dois envoyer de l’argent à ma mère qui habite dans le village où je suis né.

Dina Darwich

 




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