Al-Ahram Hebdo, Egypte | Manœuvre ou signe de modération ?
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 24 au 30 octobre 2007, numéro 685

 

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Egypte

Frères musulmans. Les déclarations d’un cadre affirmant que la confrérie serait disposée à « reconnaître l’Etat d’Israël » ont soulevé un tollé sur la scène politique.

Manœuvre ou signe de modération ?

« Si les Frères musulmans arrivent un jour au pouvoir, il est évident qu’ils reconnaîtront l’Etat d’Israël et les accords de Camp David. Mais ces derniers doivent être modifiés en fonction des intérêts de l’Egypte et des Egyptiens ». Le 18 octobre dernier, ces propos de Essam Al-Eriane, membre du bureau politique des Frères musulmans, ont eu l’effet d’une bombe sur la scène politique. Groupe religieux fondamentaliste, les Frères musulmans sont connus comme tous les groupes islamistes pour leur hostilité à Israël. Retour sur les principes de la confrérie, manœuvre politique, message pour les Américains ou divisions au sein de la confrérie ? Les interrogations vont bon train. Quoi qu’il en soit, les propos d’Al-Eriane ont mis les leaders de la confrérie dans l’embarras. « Le dictionnaire des Frères musulmans ne connaît et ne connaîtra jamais ce pays appelé Israël. C’est une position irrévocable. Pour nous, Israël n’est autre que des bandes sionistes qui occupent les territoires arabes, et s’ils veulent vivre avec les Arabes, cela doit être sous la souveraineté palestinienne. Mais s’ils insistent à avoir un Etat, la lutte armée restera toujours la seule solution pour nous », a déclaré le guide spirituel de la confrérie, Mohamad Mahdi Akef. Face à la polémique, Essam Al-Eriane s’est quelque peu rétracté en nuançant ses propos. « Ce que j’ai dit est que n’importe quel gouvernement élu doit respecter les accords signés, y compris le Traité de Camp David signé avec l’ennemi israélien. J’ai ajouté que seul le peuple a le droit de réclamer la modification de ce traité et c’est à ceci que les Frères s’engageront s’ils arrivent un jour au pouvoir », a indiqué Al-Eriane à Al-Ahram Hebdo.

Mais cette « rectification » d’Al-Eriane n’a pas empêché les spéculations et les critiques. Pour Essam Sultan, dissident de la confrérie et membre du projet de parti d’Al-Wassat (le centre), les propos d’Al-Eriane sont un message destiné à avoir les faveurs de Washington. « Les Américains ont établi des passerelles avec les Frères musulmans au cours des récents mois et voient en eux une alternative au pouvoir s’ils prouvent leur modération. Je crois que c’est dans ce contexte qu’il faut situer les propos de Essam Al-Eriane », affirme Sultan pour qui ces propos sont une rébellion à la légitimité, qui auront des répercussions néfastes au sein de la confrérie. « Il serait naïf de croire qu’Al-Eriane s’est mal exprimé. Pour preuve, Abdel-Halim Al-Ghazali, le conseiller politique du guide spirituel, a affirmé que les déclarations d’Al-Eriane sur la reconnaissance d’Israël étaient prématurées, ce qui montre qu’il existe un courant au sein de la confrérie qui soutient cette hypothèse. C’est un danger pour l’avenir de la confrérie », estime Sultan. Selon lui, le rapprochement avec les Etats-Unis constitue actuellement la seule solution pour les Frères musulmans qui font l’objet d’une vaste campagne d’arrestation par le gouvernement. Une hypothèse que n’exclut pas Réfaat Al-Saïd, président du parti du Rassemblement progressiste unioniste (UPI) connu pour sa position opposée aux Frères musulmans. Al-Saïd pense cependant que « ces déclarations soulignent l’état de confusion, de faiblesse et de division qui règne au sein de la confrérie. La structure rigide de la confrérie fait que l’absence de certains cadres perturbe l’ensemble de la direction ».

 

Débat important

Les Frères musulmans avaient réalisé une percée lors des élections législatives d’octobre et de novembre 2005, en remportant 88 sièges. La confrérie a annoncé récemment l’élaboration d’un programme politique reconnaissant les mécanismes démocratiques et qu’elle a soumis au débat aux partis politiques. Diaa Rachwan, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram et spécialiste des groupes islamistes, pense que les propos d’Al-Eriane sont l’indice qu’il y a un débat important au sein de la confrérie entre la vieille garde et les cadres intermédiaires. « Essam Al-Eriane ne représente pas un courant au sein de la confrérie. Je ne pense pas qu’il voulait envoyer un message à qui que ce soit. Il n’occupe pas de poste-clé au sein de la confrérie et son avis ne représente ni la direction ni les cadres des Frères. Si la confrérie avait voulu envoyer un message, elle l’aurait fait par le biais d’un autre responsable. Les Etats-Unis et les Occidentaux ne sont pas naïfs pour élaborer leurs politiques et prendre des décisions en fonction d’un membre des Frères musulmans qui ne représente que lui-même », pense Rachwan. Il pense que les circonstances politiques actuelles ne sont pas adéquates à de telles manœuvres. Avec la tension dans les territoires palestiniens et le refus du Hamas de reconnaître Israël, comment la confrérie peut-elle faire de telles déclarations ? Comme tous les groupes islamistes, la confrérie a évolué et un débat important existe dans ces rangs, conclut Diaa Rachwan.

May Al-Maghrabi

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