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 Semaine du 9 au 15 août 2006, numéro 622

 

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Voyages
Liban. Les sites archéologiques et historiques du pays sont menacés par les bombardements israéliens. Des appels libanais et internationaux ont été adressés à l’Unesco pour protéger ces trésors

Un Patrimoine en danger

L’agression militaire israélienne contre le pays du Cèdre vient, une fois de plus, mettre à mal des richesses qui ont traversé les âges. Une situation qui, bien évidemment, vient remettre au goût du jour, comme ce fut le cas pour l’Afghanistan, l’Iraq, l’Angola, la Yougoslavie et d’autres pays encore, la question de la protection du patrimoine mondial en temps de guerre et le rôle effectif que doit jouer l’Unesco.

L’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (Alecso) a déploré les destructions au Liban et appelé l’Unesco à protéger le patrimoine culturel et historique de ce pays soumis aux bombardements israéliens. Le directeur général de l’Alecso, Mongi Bousnina, a dénoncé ce qu’il qualifie de « sauvage offensive militaire israélienne qui détruit un pays (le Liban), porteur de toutes les promesses de liberté, de créativité et de multiculturalité », dans une lettre adressée au directeur général de l’Unesco, Koïchiro Matsuura.

« Cette agression ignore de la manière la plus effrontée toute convention internationale, toute déclaration universelle et même toute éthique de conflit, bombardant sans distinction établissements scolaires, sites du patrimoine, médias, monastères, mosquées ... », écrit-il notamment.

D’ailleurs dès le début des hostilités armées, le ministre libanais de la Culture, Tareq Mitri, a demandé une intervention urgente de la communauté internationale et a lancé un appel au directeur général de l’Unesco, pour qu’il assure la protection des sites archéologiques libanais, notamment ceux de Baalbeck et de Tyr, classés sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité. « Au nom du gouvernement libanais, je vous demande d’intervenir afin que cessent les bombardements (israéliens) qui menacent les sites de Baalbek et de Tyr, classés au patrimoine mondial de l’humanité, en application des conventions de l’Unesco pour la protection du patrimoine mondial en temps de guerre », a-t-il écrit à Koïchiro Matsuura. Il affirme que les bombardements intensifs visent les abords immédiats de ces sites. Les structures archéologiques, déjà fragiles, sont menacées par les déflagrations répétées et risquent d’être directement touchées. Et d’ajouter : « Devant cette situation qui pourrait devenir catastrophique, votre intervention imminente est nécessaire »

Des sites exceptionnels

Relativement petit, avec une superficie d’un peu plus de 10 000 km2, le Liban compte néanmoins cinq sites classés patrimoine mondial par l’Unesco, tandis que neuf autres sont en phase de l’être. Anjar, Baalbeck, Byblos, Tyr, ainsi que l’ensemble formé par la vallée sainte de Qadisha et la forêt des cèdres ont tous été classés dans les années 1980. Toutefois, tous ces sites n’ont pas la même cote chez les touristes, exception faite du célèbre site de Baalbeck qui attire, à lui seul, plus de 120 000 visiteurs par an. Située à plus de 100 km de Beyrouth, dans la riche et fertile plaine de la Békaa, Baalbeck était une ville phénicienne florissante. Les Romains, à leur arrivée à Baalbeck, ont utilisé des astuces pour pouvoir s’installer, afin de conquérir cette région du Liban. C’est ainsi qu’ils ont eu l’idée de dresser un temple dédié à Jupiter. A Baalbeck se trouve également le temple de Bacchus, construit au cours du IIe siècle après J. -C. Ce temple dédié à Bacchus se caractérise par son excellent état de conservation. Non loin de ce dernier se dresse le temple dédié à Venise, un véritable joyau de l’architecture romaine du IIIe siècle.

Aussi connue pour ses vestiges que pour son festival, Baalbeck a déjà fait l’objet de plusieurs frappes israéliennes. Le centre de la ville de Baalbeck, bastion du Hezbollah, situé à 90 km à l’est de Beyrouth, est systématiquement visé par l’aviation israélienne. Il est situé à 300 mètres des temples romains. Selon des habitants de la ville, les temples de Bacchus et de Jupiter, qui compte les six colonnes romaines les plus hautes du monde, sont à proximité des cibles des bombardements.

A une cinquantaine de kilomètres de Beyrouth, dans la vallée de la Békaa, sur la route de Damas, se trouvent les ruines d’Anjar ou celles du palais des Omeyyades, datant du VIIIe siècle. Ces ruines représentent les rares vestiges d’une dynastie qui a régné pendant une centaine d’années sur un empire allant des frontières de la Chine au sud de la France.

Le troisième site classé par l’Unesco est la ville de Tyr (Sour). Située à environ 83 km au sud de la capitale Beyrouth, Tyr est la quatrième ville du Liban. Elle comporte un hippodrome romain et un port phénicien. Les fouilles entreprises sur ce site ont permis la mise au jour des restes des villes croisées, arabes, byzantines et gréco-romaines. Hérodote d’Halicarnasse a visité Tyr au Ve siècle et a décrit le fameux temple de Melkart (Héraclès), érigé en 2750 av. J.-C.

Byblos, aujourd’hui appelée Jbeil et anciennement Gebal ou Goubal, occupe, à environ 37 km au nord de Beyrouth, un promontoire au bord de la mer. Les fouilles effectuées ont restitué des documents d’au moins quinze grandes phases ou périodes d’habitation, de la préhistoire à la conquête arabe. On y trouve les ruines successives d’une des plus anciennes cités du Liban, habitée dès le néolithique et étroitement liée à la légende et à l’histoire du bassin méditerranéen pendant plusieurs millénaires. Byblos est ainsi directement associée à l’histoire de la diffusion de l’alphabet phénicien.

Alors que tous les sites ont été classés en 1984, le classement de la vallée sainte de Qadisha et la forêt des cèdres est intervenu beaucoup plus tard, en 1998.

La vallée de Qadisha est l’un des plus importants sites d’établissement chrétien au monde, et ses monastères, souvent très anciens, s’inscrivent dans un extraordinaire paysage accidenté. On trouve non loin de là, les vestiges de la grande forêt de cèdres du Liban, très prisés jadis pour la construction de grands édifices religieux. Cette vallée accueille depuis les premiers pas de la chrétienté, les communautés monastiques. Quant aux arbres de la forêt de cèdres, ils sont les survivants d’une forêt sacrée et de l’un des matériaux de construction jadis les plus prisés.

Outre ces cinq sites figurant déjà sur la longue liste du patrimoine mondial, le Liban a présenté neuf autres pour une éventuelle candidature. Il s’agit notamment des centres historiques de Batroun, de Saïda et Tripoli-Al-Mina, des sites naturels de la région du Chouf, des vallées de l’Oronte, Nahr Al-Kalb et Nahr Ibrahim, avec leurs monuments et sites archéologiques ainsi que du monument du temple d’Echmoun et du parc naturel de l’île aux Palmiers.

Amira Samir
(avec agences)


 

Tyr la martyrisée

Située en première ligne, la ville historique de Tyr paie le prix du conflit. En temps ordinaire, les plages, restaurants et marchés de la ville historique de Tyr, avec son hippodrome romain, sont bondés. Aujourd’hui, ce port du sud du Liban, le plus proche des autorités palestiniennes, a pris l’aspect d’une ville fantôme.

La seule activité réside dans l’afflux continu de dizaines de milliers de réfugiés qui fuient les régions frontalières soumises à un pilonnage israélien ininterrompu, par la voie aérienne, maritime et terrestre.

Des ambulances, sirènes hurlantes, bravent les bombardements et déversent devant les deux principaux hôpitaux, à l’entrée de la ville, leur lot de morts et blessés en provenance des villages frontaliers.

Parés d’uniformes orange, souvent tachés de sang et coiffés de casques de protection, les secouristes repartent aussitôt vers d’autres villages pour tenter d’évacuer d’autres victimes.

Les boutiques sont fermées et les rues sont désertes à Tyr. Les habitants qui n’ont pas fui vers le nord sont terrés chez eux et se lamentent sur une saison touristique perdue de laquelle ils escomptaient engranger assez de bénéfices.

La ville était pleine de touristes visitant ses ruines romaines, ses vestiges du temps des Croisés, ses plages et son festival de musique. Important axe commercial dans l’Antiquité, Tyr a connu des hauts et des bas depuis 3000 ans. Importante cité phénicienne, elle avait tenu pendant sept mois vers 330 av. J. -C. face au siège d’Alexandre le Grand avant qu’elle ne tombe aux mains du conquérant gre.

 




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