Al-Ahram Hebdo,Invité | Ali Ammar
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 9 au 15 août 2006, numéro 622

 

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Député libanais membre du Hezbollah, Ali Ammar analyse la situation militaire au Sud-Liban où les combattants de la formation chiite affrontent l’armée israélienne. Il parle des conditions du parti pour un règlement politique.

« Pas de cessez-le-feu sans retrait israélien »

Beyrouth,
de notre correspondant—

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi le Hezbollah rejette-t-il le projet de résolution franco-américain en discussion au Conseil de sécurité pour mettre un terme au conflit entre Israël et le Hezbollah ?

Ali Ammar : Nous refusons ce projet de résolution parce qu’il ne répond pas aux demandes du Liban et offre à Israël des gains politiques qu’il ne mérite pas. Les leaders du parti ont annoncé que nous n’accepterions pas de cessez-le-feu tant que resterait un seul soldat israélien sur le territoire libanais. Un cessez-le-feu doit coïncider avec le retrait des troupes israéliennes, l’échange des prisonniers et la libération des fermes de Chebaa. Le projet de résolution actuel donne à Israël des gains politiques malgré sa défaite sur le terrain. En général, nous nous attendons à rien de la part de l’administration américaine. D’autant plus que cette administration est motivée par de mauvaises intentions, et qu’elle a pour mot d’ordre l’esprit d’hégémonie, de monopole, d’agression et de violation des résolutions des organisations internationales. Cette administration s’est donné le droit de commettre les massacres contre les enfants, les femmes, les vieux et les jeunes, de semer les troubles et les émeutes parmi des nations et des peuples. Comment peut-on être optimiste vis-à-vis de cette administration ? Après ce qui s’est passé en Somalie, après les événements de l’Iraq, de l’Afghanistan, de la Palestine et actuellement du Liban, nous ne pouvons guère avoir un quelconque espoir à la lumière des séries d’impasses que traverse le monde arabe à l’heure actuelle.

A travers sa secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, l’administration Bush a proposé un nouveau projet, celui du nouveau Moyen-Orient. Ce projet tend à attiser les différences ethniques, raciales, confessionnelles et nationales et dessiner les nouveaux contours de la région en conformité avec l’intérêt de l’entité de l’ennemi israélien. Toutes les anciennes théories et la ruse américaine qui tenaient à consacrer la suprématie militaire de Tel-Aviv sont tombées. Les Américains doivent remarquer que l’esprit de résistance fait rage dans la nation arabo-musulmane et que l’intifada s’intensifie de plus en plus dans cette partie du monde. Nous devons donc remarquer que ce nouveau projet est un projet de sédition auquel les différentes élites culturelles, politiques et scientifiques doivent y faire face. Et ce afin de consolider l’unité libanaise. Si ce projet du nouveau Moyen-Orient réussit, ceci signifiera que nous nous transformerons en tribus, confessions et courants, à l’instar de ce qui se passe actuellement en Iraq, où les violences et les massacres font rage, avec une orchestration américano-israélienne.

— Quel bilan faites-vous des combats sur le terrain ?

— Israël a été défait dans la guerre. Le Hezbollah a bien encaissé l’offensive militaire israélienne et a mené une contre-attaque à travers les tirs de missiles contre le territoire israélien qui ont atteint des installations sensibles. Pour la première fois, les Israéliens sont atteints par la panique. La résistance a contré toutes les tentatives d’incursion militaire israélienne.

— Mais Israël devrait l’emporter en fin de compte, vu le déséquilibre dans les moyens et les capacités militaires ...

— Le Hezbollah garde encore plusieurs cartes de résistance. Nous n’avons pas encore utilisé toutes nos cartes. La résistance islamique, depuis la grande victoire du 25 mai 2000 (le retrait israélien du Sud-Liban), était parfaitement consciente, par une lecture minutieuse des événements, que l’ennemi israélien, épaulé par l’administration américaine, aurait du mal à digérer cette victoire et ses retombées qui sont nombreuses. Entre autres, que la résistance libanaise deviendrait un modèle à suivre par leurs frères palestiniens dans leur affrontement avec l’ennemi israélien. Il ne faut pas aussi oublier que l’interaction de l’intifada palestinienne avec ce triomphe libanais en 2000 a mis l’ennemi dans un véritable embarras, sans oublier de mentionner les retombées politiques, économiques, morales et religieuses qu’elle a provoquées.

Depuis cette date, la résistance se prépare et multiplie ses efforts à tous les niveaux pour faire face à une quelconque aventure ou stupidité provenant de l’autre partie. Raison pour laquelle nous avons attendu avec impatience ce moment. Dès les deux premiers jours de la capture des soldats israéliens, l’ennemi a lancé son offensive et ses troupes à travers les voies terrestres, maritimes et aériennes. Ses opérations militaires se sont étendues allant jusqu’au carnage délibéré des civils et la démolition de l’infrastructure et des installations gouvernementales, depuis les réseaux de communications, jusqu’aux moyens de transport.

L’ennemi s’imaginait qu’à travers la première frappe, il pourrait rompre tous les liens entre la direction et la base de la résistance et ainsi paralyser la capacité des résistants sur le théâtre des événements. Mais la résistance a bien accusé les coups de la frappe militaire israélienne, a préservé ses contacts avec ses leaders et cadres, et a réussi à sauvegarder tant bien que mal son infrastructure militaire et ses capacités de rétorsion. Si cet ennemi historique s’imagine qu’il peut parier sur le temps ou sur les capacités, il a tort. C’est une utopie pure et simple. Le résumé de l’évolution sur le terrain consistait à lui infliger des échecs l’un après l’autre alors que la résistance accumule les victoires. L’ennemi israélien cherche aujourd’hui n’importe quel accomplissement qualitatif qu’il pourra investir au niveau de sa situation intérieure, tout en prenant en considération les points suivants : l’ennemi israélien possède une armée vaincue et en état de choc suite aux dernières évolutions. Ensuite, la société israélienne n’est pas à l’image de ce qu’elle prétendait être devant l’opinion mondiale. Cette société a commencé à se poser de nombreuses questions sur l’utilité de cette guerre et sur le manque de confiance qu’elle a vis-à- vis de l’armée qui a épuisé tous les potentiels militaire et financier, sans toutefois remporter la victoire sur une poignée de résistants du Sud-Liban. Troisièmement, Israël a subi d’énormes dégâts, dépassant même ceux du Liban sur les plans financier, économique et touristique. Enfin, au Liban, et grâce à la résistance, un degré minimum d’unité et de solidarité ont été réalisées. Ce dont nous avons été témoins récemment au niveau de toutes les factions et de toutes les composantes de la société libanaise. Une nouvelle évolution qui pourrait refléter l’image d’un Liban unifié face à tous les défis.

— Des dirigeants libanais et des responsables arabes vous ont critiqués pour la capture des deux soldats israéliens ... Qu’en dites-vous ?

— Ceux qui avancent ce genre d’arguments n’ont pas fondamentalement foi en l’idée même ou l’utilité de la résistance. Ces personnes n’ont-elles pas été au courant de l’assassinat d’Abou-Hamza et de la lutte menée par le mouvement du Djihad islamique à Tyr, qui a dévoilé un réseau d’espionnage israélien ? Ces personnes n’ont-elles pas entendu les nouvelles de l’assassinat du pasteur Ibrahim Rahil à Chebaa ? N’ont-elles pas été au courant des milliers de violations terrestres, maritimes et aériennes ainsi que celles de la Ligne bleue (la frontière libano-israélienne) ? Ce dont nous témoignons aujourd’hui, c’est une guerre menée par excellence par l’administration américaine. Celle-ci suit une politique de fuite en avant pour échapper aux pièges de ses guerres en Iraq et en Afghanistan, ainsi qu’à l’impasse dans laquelle elle se trouve devant l’Iran et les deux Corées.

Tous ceux qui tentent de déformer les réalités doivent lire minutieusement l’histoire. La Déclaration de Balfour était une décision consistant à violer la Palestine. La guerre de 1967 était un ordre israélo-américain pour envahir le Sinaï, le Golan, la Cisjet érusalem. L’invasion du Liban en 1978 et 1982 était une décision israélienne. Sans oublier Camp David, Oslo, la Feuille de route et les massacres de Cana, de Merwahine, de Mansouri, de Bent Jbeil et autres. Et enfin pour finir, l’occupation de l’Iraq en 2003. Aujourd’hui, le monde entier est témoin d’un nouveau massacre à Cana et ailleurs sur le territoire libanais, ainsi que les carnages dans la bande de Gaza et les différentes villes palestiniennes. Je répète qu’il n’est pas dans l’intérêt de ces personnalités, au Liban comme dans le monde arabe, de mettre en avant cette problématique pour réaliser quelques gains au Liban. Tout au long du conflit arabo-israélien, la décision de guerre et de paix a toujours été entre les mains d’Israël.

— Y a-t-il une coordination entre le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah et le gouvernement et les leaders libanais ?

— Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah a récemment confié le dossier politique, incluant l’échange des prisonniers, à une personnalité digne de confiance, qui est Nabih Berri, le président du parlement. Il y a un mécanisme de coordination avec Berri, ainsi qu’avec le gouvernement qui compte parmi ses ministres des membres du Hezbollah.

Pour en finir, je dirai que le Liban officiel, populaire, celui de la résistance et de l’armée, se trouve tous dans une même barque pour contrer l’agression israélienne.

Fathi Mahmoud

 




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