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Hani Hilal, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, trace les grandes lignes du nouveau plan de développement de ces deux secteurs.

« Améliorer le secteur de l'enseignement à l'horizon 2021 »

Al-Ahram Hebdo : Le développement de l'enseignement supérieur est actuellement au centre d'un débat houleux. De manière générale, quel est votre plan pour développer ce secteur vital ?

Hani Hilal : Le plan de développement de l'enseignement supérieur n'est pas nouveau. La première conférence pour le développement de l'enseignement supérieur en Egypte a eu lieu en 2000. Cette conférence a permis de dégager un document sur la stratégie de développement de ce secteur. Ce document comprend 25 axes principaux et si on s'y tient, on sera à la hauteur des défis du XXIe siècle. En 2004, il y a eu une modification de ce document, les 25 axes ont été ramenés à six, à savoir l'augmentation de la capacité d'accueil dans les établissements universitaires, la qualité de l'enseignement, les techniques d'information et de communication, les études supérieures et la recherche scientifique, le développement des capacités des professeurs et enfin les activités estudiantines et les chartes les régissant. Chaque axe a plusieurs mécanismes d'exécution. Par exemple, pour augmenter la capacité d'accueil des universités, il faut construire de nouveaux établissements, créer de nouveaux modes d'enseignement comme l'enseignement à distance. La stratégie que nous avons établie vise à améliorer le secteur de l'enseignement à l'horizon 2021. Cette stratégie est flexible.

— L'Egypte ne jouit pas d'une répartition géographique équitable des universités, la plupart se trouvant au Caire et à Guiza. Avez-vous des projets pour remédier à cela ?

— C'est vrai. Le nombre d'universités est même insuffisant au Caire ou à Guiza. L'indice de l'efficacité de l'enseignement supérieur dans n'importe quel pays, c'est le nombre de bacheliers qui poursuivent leurs études universitaires dans la tranche d'âge des 18-23 ans. Dans les pays développés, ce taux est de 50 %. Au Caire, par exemple, ce taux ne dépasse pas les 30 %. Le plan de développement que nous avons établi prévoit une nouvelle répartition des établissements de l'enseignement supérieur dans tous les gouvernorats. Les universités privées ne seront créées que dans les régions qui en ont besoin, et des filières seront créées selon les besoins du marché du travail.

— La création d'universités « civiles » fait-elle partie de ce plan ?

— Absolument. On s'est mis d'accord sur la construction de trois universités civiles à but non lucratif. Elles seront construites grâce aux dons offerts par des institutions ou des individus. Les étudiants dans ces universités ne payeront qu'une partie des frais de leur enseignement.

— Qu'en est-il des législations qui organiseront ces nouveaux établissements universitaires ?

— Nous étudions actuellement les nouvelles législations qui régiront l'enseignement supérieur et qui viendront compléter la loi 49 relative aux universités. La nouvelle législation sera plus souple. Elle servira de cadre principal dans lequel chaque université pourra travailler de manière indépendante.

— Y a-t-il une tendance à privatiser les universités ?

— Non, pas du tout. L'enseignement est la responsabilité de l'Etat. La gratuité même de ce service de base est garantie par la Constitution. On ne peut pas parler de privatisation.

— La création d'un organisme indépendant pour contrôler la qualité de l'enseignement soulève des interrogations. Pourquoi cette décision ? Cela ne revient-il pas à créer un ministère parallèle ?

— Pas du tout. Cet organisme aura pour tâche d'approuver et de contrôler les programmes scolaires et de vérifier leur contenu scientifique, de même que la qualité des méthodes d'enseignement, le nombre d'enseignants et l'état des salles de cours. En bref, cet organisme aura pour mission d'évaluer les élèves. Il agira sur les écoles et les universités publiques et privées. Le ministère, lui, a pour mission de fixer l'agenda de travail de cet organisme.

— Vous parlez souvent d'alternatives pour le financement des universités, quelles sont-elles ?

— Nous pouvons diversifier les sources de financement. Les universités peuvent par exemple fournir un certain nombre de services payants. Elles peuvent à titre d'exemple organiser des stages d'informatique. Elles peuvent créer de nouveaux programmes et les vendre. De même, les recherches scientifiques effectuées par ces universités peuvent être une source de revenus élevés si elles sont exploitées à des fins commerciales.

— De nombreux étudiants se plaignent de la médiocrité de leurs manuels universitaires, votre ministère entend-il remédier à ce problème ?

— Les manuels scolaires seulement, mais pas universitaires. A l'université, les étudiants doivent avoir recours à des références. Nous leur donnons les sources de l'information et c'est à eux de faire leurs recherches. Il s'agit de développer chez eux l'esprit de recherche.

— Etes-vous satisfait du niveau des jeunes diplômés ?

— Non, pas du tout. Malheureusement, nous leur décernons des diplômes et pas des qualifications professionnelles. Nous voulons à présent que les diplômes soient adaptés au marché du travail. Nous avons créé plusieurs comités pour résoudre le problème. Ces comités sont formés d'experts pédagogiques ainsi que des représentants de la société civile et industrielle. Ces gens-là peuvent nous dire quelles sont les qualités requises pour un diplôme et bien entendu nous tiendrons compte de leur avis.

— Votre plan évoque-t-il les activités estudiantines ?

— Oui, personne ne peut nier qu'elles ont besoin d'être augmentées. Je promets qu'à partir de l'année prochaine, il y aura un important soutien financier aux activités culturelles et sportives. De même, la charte qui régit la vie étudiante va changer pour donner plus de flexibilité aux jeunes, afin de les inciter à mieux s'intégrer dans ces activités.

— Que répondez-vous aux personnes qui dénoncent l'interdiction par l'Etat de toute activité politique au sein des universités ?

— La politique n'est pas interdite à l'université. La preuve en est que les étudiants manifestent souvent et nous les laissons s'exprimer librement, tant qu'ils sont à l'intérieur de l'enceinte universitaire. Mais s'ils sortent hors de l'université, ce n'est plus notre responsabilité. Ce qui est interdit en revanche, c'est le travail des partis avec à leur tête le Parti National Démocrate (PND, au pouvoir). Les partis ont des locaux où les militants peuvent s'exprimer. L'université est un lieu d'étude. Malgré tout cela, la politique à l'université est un sujet d'étude pour nous.

— La présence des services de sécurité au sein de l'université suscite la polémique. En tant que professeur d'université, l'acceptez-vous ?

— Personne n'accepte cette intervention. Mais les services de sécurité sont à l'université seulement pour faire régner l'ordre. Les rumeurs selon lesquelles les services de sécurité interviennent dans le choix des assistants et dans l'avancement des professeurs sont totalement infondées. L'année dernière, 4 000 assistants ont été engagés dans les différentes universités. Deux d'entre eux faisaient l'objet de réserves de la part de la sécurité. Ces réserves ne sont pas toutes de nature politique. Lorsque quelqu'un vient demander votre main, vous vous renseignez sur sa personne et sa famille. C'est la même chose pour nous ici à l'université. Nous devons être sûrs que l'assistant que nous allons engager est une personne « correcte ».

— Selon un dernier classement des universités dans le monde, l'Université du Caire n'occupe que la 28e place au niveau de l'Afrique et ne figure même pas dans les 500 premières universités dans le monde ...

— Ce classement n'a pris en compte que la qualité des sites Internet des différentes universités et le fait que les recherches soient publiées dans des journaux et des magazines connus. Ces critères ne sont pas nécessairement révélateurs du niveau de l'université. J'ai tout de même demandé une enquête sur cette question afin de mettre la main sur les failles éventuelles.

— La recherche scientifique en Egest très en retard et souffre notamment d'un manque de fonds. Quelles solutions envisagez-vous pour ce secteur ?

— La recherche scientifique reçoit 0,9 % du budget de l'Etat, ce qui est très maigre si on veut que ce secteur soit au niveau requis. Il existe en fait deux problèmes, l'un financier et l'autre administratif. Ce que nous essayons de faire actuellement, c'est faire le maximum avec le peu de moyens dont nous disposons. Mais cela ne signifie pas que nous n'allons pas demander une augmentation de notre budget et diversifier nos sources de revenus. Par exemple, les recherches scientifiques peuvent rapporter de l'argent si elles sont exploitées sur le plan commercial .

Propos recueillis par Dalia Farouq

 

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