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Un bâtiment empreint d’Histoire !

Par Mohamed Salmawy
Je me préparais avec des membres de l’Union des écrivains d’Egypte à accueillir une délégation française de l’Association des amis du Canal de Suez pour examiner les moyens de coopération bilatérale entre nous. Nous avons projeté de tenir des colloques et des conférences pour les membres de l’Union au Caire et à Paris. Mais la dernière chose à laquelle je m’attendais c’est que l’un des membres de la délégation nous appelle à évacuer le siège de l’Union sous prétexte que c’est une propriété de son grand-père !

J’avais rendez-vous avec un grand invité français qui n’est autre qu’Arnaud Ramière de Fortanier, le président de l’Association des Amis du Canal de Suez, qui était en visite à l’Union des écrivains d’Egypte pour proposer une coopération culturelle entre l’Association française et l’Union. Et puisque l’intérêt essentiel de l’Association tournait autour du Canal de Suez, je leur ai proposé d’examiner la possibilité de tenir deux colloques au Caire et à Paris pour débattre du thème des relations culturelles entre l’Egypte et la France depuis l’inauguration du Canal de Suez et de l’influence réciproque des deux cultures dans le domaine littéraire, notamment à travers nos grands écrivains comme Taha Hussein, Tewfiq Al-Hakim et autres. Le côté français a été très enthousiasmé par le thème du colloque.

L’Association des Amis du Canal de Suez a été fondée au milieu des années 1970 et son fondateur, Jean-Paul Calon, était le conseiller économique de l’ancien président français Charles de Gaulle, qui a négocié avec le président Gamal Abdel-Nasser les indemnités à verser aux actionnaires français à la suite de la nationalisation du Canal. M. Calon m’a raconté que le gouvernement français avait effectivement indemnisé tous les détenteurs français d’actions et que le total des indemnités avait atteint à l’époque 20 millions de L.E.

Cette somme a servi de capital pour la fondation de la banque Indosuez dont les activités commerciales se sont étendues au fil des ans pour devenir aujourd’hui le 6e groupe mondial dans le domaine de l’eau et de l’électricité. Le budget de ce groupe de sociétés dépasse aujourd’hui les 54 milliards d’euros. De peur que ce groupe n’oublie ses racines historiques, Jean-Paul Calon a pensé établir cette Association qu’il considère comme le cœur de la compagnie. Il lui a même choisi pour siège les locaux de cette compagnie. Son objectif est de maintenir de solides relations de coopération entre l’Egypte et la France, à l’instar de celles existant à l’époque du Canal de Suez.

Depuis sa fondation, l’Association a de tout temps appuyé l’Egypte. Ses membres avaient même pris une position hostile à l’agression tripartite de 1956. Cette Association s’est donné pour mission après la fin de cette guerre la restauration des relations entre les deux pays, pour reprendre les termes de M. Calon, qui a joué un rôle important à cet égard, grâce à ses bonnes relations avec la partie égyptienne.

L’activité des amis du Canal de Suez se concentre surtout dans le domaine culturel, forte des énormes fonds qu’elle possède. D’ailleurs, l’Association tente d’orienter certains de ses fonds vers les relations culturelles égypto-françaises. Ainsi, l’Association a rendu tous les documents du Canal de Suez à la Bibliotheca Alexandrina.

La délégation de l’Association était venue en Egypte la semaine dernière pour discuter avec les autorités du Canal de Suez de l’établissement d’un musée du Canal à Ismaïliya, qui sera financé par l’Association.

C’est pour cette raison qu’est venu spécialement, en sa qualité de nouveau président de l’Association des Amis du Canal de Suez, Arnaud Ramière de Fortanier, un descendant de l’une des plus grandes familles françaises qui avait joué un rôle historique dans la marine française. Etaient présents également Jean-Paul Calon, aujourd’hui président honorifique de l’Association, et l’Egyptien Hussein Tosson, le vice-président.

J’ai souhaité la bienvenue à la délégation française et je leur ai présenté les membres du conseil de l’Union des écrivains, venus les accueillir. Alors qu’on discutait avant de commencer la séance de travail, Hussein Tosson s’est alors penché pour me dire avec un sourire : merci de m’accueillir chez moi. On était restés interloqués pendant quelques instants par ces propos, avant d’éclater de rire. Notre invité égyptien n’est autre que le petit-fils de l’ex-prince Omar Tosson qui était le propriétaire du palais, actuel siège de l’Union des écrivains, situé rue Hassan Sabri, à Zamalek. Et ceci avant que les biens des membres de la famille royale ne soient confisqués, qu’on ne leur retire la nationalité égyptienne et qu’ils quittent le pays. Hussein Tosson était de ceux-là. Son grand-père Omar est le petit-fils du khédive Mohamad Saïd, le fils de Mohamad Ali. C’était Saïd qui s’était mis d’accord avec Ferdinand de Lesseps pour percer le Canal de Suez, et le Canal a été inauguré à l’époque du khédive Ismaïl, neuveu d’Ibrahim pacha, fils de Mohamad Ali. C’est pourquoi, malgré l’attachement du nom du khédive Ismaïl au Canal de Suez, ce fut le grand-père de Hussein Tosson qui donna l’ordre de son percement. Les travaux de percement ont d’ailleurs commencé à son époque et non à celle d’Ismaïl. D’où le lien entre Hussein Tosson et l’Association des Amis du Canal de Suez, dans laquelle il occupe le poste de vice-président.

Face à l’étonnement qui s’est dessiné sur le visage de certains collègues, j’ai dit à Tosson : c’est vrai, c’est le palais de votre grand-père, le prince Omar Tosson. Il m’a interrompu, toujours en riant : le palais est le grand bâtiment qui se trouve dans le jardin, alors que cet immeuble abritait les bureaux du secrétariat. Je lui ai répondu : le palais appartient aujourd’hui au Conseil des ministres, et ces seuls bureaux forment les locaux de l’Union des écrivains. Nous avons tous fait un tour dans les salles alors que Tosson se remémorait les souvenirs d’antan. C’est comme si son enfance ressuscitait.

Il s’est souvenu avoir quitté l’Egypte après la Révolution à l’âge de 14 ans. Il a vécu en France pendant 25 ans sans nationalité, jusqu’à ce que le président Sadate décidât de lui restituer la nationalité, ainsi qu’à tous les membres de la famille royale. Ainsi, quand il rentre aujourd’hui en Egypte, il le fait avec son passeport égyptien. Et il tient à le renouveler chaque fois qu’il expire.

Au cours de la séance de travail, Hussein Tosson a discuté avec nous des moyens de promouvoir l’activité culturelle avec l’Association des Amis du Canal de Suez. Alors que la délégation quittait le siège de l’Union, il a remarqué la chambre du portier dans le jardin. Le sourire s’est redessiné sur son visage : « Dans cette chambre j’ai appris mes premières leçons d’arabe. Mon père Saïd Tosson tenait beaucoup à ce que nous apprenions l’arabe et le Coran. Le cheikh venait dans cette chambre pour me donner les cours et je m’asseyais sur ce tapis ».

Je lui ai dit en le taquinant que c’était une époque révolue. Nous vous avons accueilli comme vous le voyez dans les salles du secrétariat et non pas dans celle du portier. Nous vous avons installé dans un siège confortable dans la salle du président de l’Union des écrivains d’Egypte et non pas sur un tapis.

Il a répondu rapidement : « Vous m’avez rappelé de beaux souvenirs. Je me suis vraiment senti chez moi »

 

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