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Sa vie est faite d’images et de sons, mais Issaad Younès est d’abord PDG d’une grande société de production cinématographique. Actrice dans le film Omaret Yacoubian (L’Immeuble Yacoubian), acclamé lors du dernier Festival de Berlin, elle assurera aussi sa distribution en Egypte.

Touche-à-tout dans l’âme

Qu’est-ce que cette femme a de si charismatique ? Une question qui s’impose à la rencontre d’Issaad Younès. Forte personnalité sans être antipathique. Elégance en toute simplicité. Et douceur candide doublée d’un solide pragmatisme. Ce sont les impressions que dégage l’actuelle propriétaire de l’une des plus grandes boîtes de production cinématographique d’Egypte. Une femme d’affaires par excellence qui est aussi très artiste dans l’âme. D’où son charme indéfinissable. « Enfant, j’avais tout le temps l’impression qu’une caméra cachée, ici ou là, filmait mes grimaces, mes réactions ... Je ne sais pas pourquoi. J’aimais l’art en général et j’ai même écrit un drame télévisé, à 14 ans. Pourtant, je n’avais jamais pensé en faire ma carrière, c’était juste pour moi un simple hobby », dit-elle.

Ainsi, l’ancienne élève du Lycée américain a décidé de rejoindre l’Institut supérieur de tourisme pour se préparer à une carrière de guide touristique. C’était une nouvelle spécialité à l’époque et l’institut regroupait d’éminents professeurs d’égyptologie, d’islamologie, etc. « J’avais obtenu un pourcentage exceptionnel au bac. Une vraie victoire ! », ironise-t-elle sur un ton qui n’est pas sans rappeler celui de Zaghloul, un personnage comique qu’elle a interprété dans le télé-feuilleton Bakiza et Zaghloul, aux côtés de la vedette Soheir Al-Babli. Issaad Younès est l’auteure du scénario qui a fait un boom dans les années 1980.

Licence en poche, Issaad Younès s’est mise à esquisser les traits d’une vie mouvementée. « Après avoir travaillé à mi-temps pendant mes années universitaires au Programme européen à la radio, j’ai été mutée à la radio Al-Charq Al-Awsat (Radio Moyen-Orient) qui se distinguait par son style très vif. Nous étions une équipe très complémentaire, dévouée au travail. Je me souviens très bien de cette époque où l’on se déplaçait partout, le microphone en main pour des émissions de direct, abordant toutes sortes de sujets. Un peu dans le style de la CNN, aujourd’hui », raconte-t-elle sans perdre l’enthousiasme de la jeunesse. « Nous, les speakers, comme entre autres Mohie Mahmoud, Imam Omar et surtout Inès Gohar, avons formé une équipe qui interprétait tous les samedis un film étranger après l’avoir adapté pour la radio. C’était dans l’émission intitulée Hékaya baad montassaf al-leil (Histoires d’après-minuit) ». Et d’ajouter : « Pendant le Ramadan, nous avions l’habitude d’inviter une star au moment de l’iftar pour passer avec elle 4 heures en direct ». Progressivement, elle a noué de bons rapports avec toutes les vedettes d’antan, notamment quand elle était mariée au comédien Nabil Al-Hagrassi, le père de sa fille Nourhane.

Elle se souvient encore du jour où le comédien de renom Samir Ghanem, son ami de longue date, lui a proposé un rôle dans le feuilleton comique, Mizo. « C’était en 1977, durant le Ramadan. Le réalisateur Mohamad Abaza était très pressé. Il devait tourner toute la nuit pour présenter son travail le lendemain. Il ne trouvait personne pour le rôle de Safi, une fille un peu cinglée et amoureuse de Mizo, le principal protagoniste qu’incarnait Samir Ghanem. J’ai lu trois phrases du huitième épisode et j’ai été prise ».

Comédienne et speakerine, elle a été aussi l’animatrice d’un show à Al-Hambra, le plus célèbre night-club d’Egypte. « On me critiquait. Mais je fais toujours ce que j’aime. Une diablesse ! Je le suis toujours », insiste-t-elle de sa simplicité incroyable, donnant à son interlocuteur l’impression d’être une amie de longue date. Cette grande ouverture ainsi que la passion de l’art sont la résultante d’une jeunesse riche en événements.

Son père était pilote dans l’armée, membre des Officiers Libres qui ont mené la Révolution de 1952, et en même temps journaliste à l’hebdomadaire Rose Al-Youssef. Parmi ses invités figuraient l’écrivain et journaliste Ihsane Abdel-Qoddous, le poète et caricaturiste Salah Jahine, le journaliste Ahmad Bahaeddine, etc. « Mon père participait après la Révolution à ce qu’on a appelé le train de la merci. Celui-ci sillonnait la Haute-Egypte, regroupant entre autres des artistes et des célébrités, afin de travailler avec les gens et les soutenir. A l’époque, j’ai rencontré les artistes Magda Al Sabbahi, Berlanti Abdel-Hamid, Ezzeddine Zoulfoqar, qui se réunissaient tous dans le salon de notre maison ».

Sa tante n’est autre que Badia Sadeq, une chanteuse de renom qui a interprété autrefois des opérettes avec Karem Mahmoud, Abdel-Ghani Al-Sayed et autres. « Chez elle, j’ai connu, entre 3 et 8 ans, des poètes comme Ahmad Rami, Baïram Al-Tounsi ainsi que plein d’autres musiciens. Son mari, Ahmad Ali, était un violoniste important, qui accompagnait la diva Oum Kalsoum ».

Normal alors que l’art coule dans ses veines et qu’elle soit impatiente de passer d’une discipline à l’autre. « Je crois sincèrement que l’homme doit changer de carrière tous les 10 ans. J’ai quitté la radio où j’avais remporté beaucoup de succès pour devenir actrice et ensuite scénariste. Plus tard, après le succès atteint par le feuilleton Bakiza et Zaghloul, j’ai animé un talk-show sur la chaîne satellite Orbit. Enfin, j’ai changé à nouveau de carrière pour présider une boîte de production et de distribution cinématographique ». Est-il alors question qu’elle quitte bientôt le monde des affaires ? « Tout est possible », répond-elle indifféremment, en allumant une cigarette et affirmant sur un ton posé : « Ce qui compte, c’est de céder sa place après avoir marqué un certain succès ». Dans son activité actuelle, elle avoue ne pas encore avoir cet objectif.

Même si, il y a peu, elle s’est retrouvée au sein d’une polémique, accusée de monopoliser le marché et d’avoir la mainmise sur les anciennes productions cinématographiques. L’alarme a été sonnée, mettant en garde contre la débrouillardise de cette femme d’affaires qui avait acheté les droits d’exploitation des films constituant l’héritage du cinéma arabe. « Je dirige une entreprise qui produit la moitié des films égyptiens. J’ai également contribué au vedettariat de certains jeunes comme le réalisateur Hani Khalifa, qui a signé Sahar al-layali (Veillées nocturnes) », indique Younès dans son bureau de luxe, parsemé de prix et de trophées. Ayez haqqi (Je Réclame mon droit), Sahar al-layali (Veillées nocturnes), et dernièrement Leïlet soqout Bagdad (La Nuit de la chute de Bagdad) sont des films qu’elle a produits et qui s’ajoutent à la liste des prix remportés.

Car elle sait où dénicher les talents et prendre des risques. Par exemple, autrefois, la comédienne Samah Anouar lui a proposé de réaliser un film, vainqueur d’un Oscar américain. Elle-même, en tant que comédienne, rêvait d’y partager la vedette avec Elham Chahine. Mais le film n’a jamais vu le jour. « Je suis à la tête d’une grande société, composée de plusieurs départements. Il y a des règles et des conditions strictes qui gèrent le travail. Là en tant que productrice, j’ai trouvé que le marché n’était pas demandeur de ce genre de fiction. Ni mon nom, ni celui d’Elham, ni celui de Samah ne peuvent garantir un succès au box-office ».

C’est le ton réaliste de la productrice et sa connaissance des règles du marché, qui prennent le dessus. Ensuite, avec un film comme Omaret Yacoubian (L’Immeuble Yacoubian), c’est l’actrice qui dit son mot, après six années d’absence. Y a-t-il toute une stratégie derrière son acceptation, surtout que le film est produit par la société Good News, sa nouvelle concurrente ? « Absolument pas. J’ai été dès le début très impliquée. Emad Adib est un ancien ami. De plus, c’est mon entreprise qui distribue le film. J’étais présente dès l’écriture des premières phases du scénario réalisé par Wahid Hamed, d’après le roman de Alaa Al-Aswani. Ensuite, quand ils m’ont proposé un rôle, je n’ai pas pu refuser. Le film regroupe des amis tels Yousra et Adel Imam, pour qui j’ai beaucoup d’affect».

L’amour est un axe central dans sa vie. Issaad Younès traite par exemple ses salariés à pied d’égalité. Elle dit même signer un « contrat d’amour » quand elle procède à un recrutement et ne nourrit aucune animosité à l’égard de la concurrence. Car « dans notre domaine, si quelqu’un échoue, cela a des répercussions sur tout le marché », explique-t-elle. Et de poursuivre : « La production cinématographique est basée sur le savoir-faire, la psychologie du public et celle des artistes ».

Issaad Younès voit les choses telles qu’elles sont, même dans sa vie privée. Ainsi, elle mène une existence sans soubresauts avec son mari, l’homme d’Affaires Alaa Al-Khawaga, également époux de la comédienne Chérihane. « Pendant les congés, nous passons d’agréables moments ensemble à faire du sport. Chaque vendredi, on se réunit tous : ma fille d’un premier mariage Nourhane, mon fils Omar, sa demi-sœur Loulöa et sa mère Chérihane. Et je leur prépare un bon repas ». Et d’ajouter : « J’ai pu dompter mes sentiments de femme et je les ai remplacés par d’autres, ceux d’une mère. J’ai des enfants et il faut qu’ils mènent une vie tranquille. Un jour, on disparaîtra et il faut absolument que les enfants soient unis par un vrai lien fraternel. Chérihane et moi, nous nous moquons souvent d’être les femmes d’un seul homme ». En toute sérénité.

Lamiaa Al-Sadaty

Jalons

12-4- ... : Naissance au Caire.

1972 : Licence de l’Institut supérieur du tourisme.

1975 : Naissance de sa fille aînée Nourhane.

1985 : Mariage avec l’homme d’affaires Alaa Al-Khawaga.

1990 : Naissance de son fils Omar.

2005 : Participation au film Omaret Yacoubian en tant qu’actrice et distributrice.

2006 : Productrice de deux films dont la sortie est prévue à l’été prochain : Khamsa wa arbéïne yom (45 jours), et Wahed min al-nass (Un homme parmi d’autres).

 

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