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Un gouvernement d’union nationale pour sauver l’Iraq
Wahid Abdel-Méguid
Politologue
 

Les violences interconfessionnelles en Iraq qui ont culminé avec les événements du 22 février dernier révèlent au grand jour que l’élite politique vit dans le confort, alors que le pays est au bord de la faillite. Elles ont clairement contribué à la détérioration de la situation, même si la plus grande part de responsabilité revient aux forces les plus rigoureuses de l’alliance unifiée chiite. Celle-ci a tout fait pour écarter les partis et les groupes sunnites et arabes d’autant plus que ces derniers ont boycotté le processus politique. Bien que ces forces aient mis fin, par la suite, à leur boycott, et décidé de prendre part à l’édification du nouveau système politique, en participant de manière effective aux élections du 15 décembre dernier, les partis chiites intransigeants de l’alliance unifiée ont essayé de marginaliser leur rôle dans le nouveau gouvernement. Celui-ci a commencé effectivement ses consultations dans un climat tendu marqué par des tendances confessionnelles évidentes. Il n’est donc pas étrange que dans un climat pareil, les extrémistes des deux bords chiites et sunnites parviennent à déclencher une guerre avec destruction réciproque des mosquées et des lieux sacrés.

Le seul moyen de contenir cette détérioration et d’éloigner le spectre de la guerre civile est de former un gouvernement d’union nationale qui regrouperait toutes les tendances iraqiennes, indépendamment des résultats des dernières élections sur lesquelles se basent les extrémistes chiites pour imposer leur hégémonie sur le nouveau gouvernement, comme ils l’ont fait pour le gouvernement sortant. C’est donc passer du pareil au même que de se baser sur les résultats des dernières élections. Celles-ci n’ont réalisé aucun résultat positif ni en matière de sécurité ni dans le domaine économique. Voire, il y a eu un recul dans ce contexte par rapport à fin 2004 et début 2005.


L’intérêt des élections

Quel intérêt donc pour des élections qui ne permettent pas aux électeurs de choisir les personnes susceptibles d’améliorer leurs vies ? Il est prévisible dans les conditions actuelles que la structure du gouvernement actuel soit maintenue en y introduisant des remaniements minimes. Saddam Hussein a gouverné l’Iraq alors qu’il était rejeté par tout le monde, mais il n’a pas accédé au pouvoir à travers des élections. C’est dans ce contexte qu’est suscitée la question sur l’intérêt de la formation d’un gouvernement en vertu d’élections libres. Une même question qui peut se poser dans beaucoup d’autres pays arabes.

La réponse à cette question implique que l’on soit d’accord sur le fait que se diriger vers les urnes à travers lesquelles les électeurs choisissent leur candidat ou une liste de candidats n’est pas l’élection telle qu’elle est conçue dans la pratique démocratique.

Il est vrai que la plupart des Iraqiens se sont rendus aux urnes, mais tout choix n’est pas une élection. L’élection des conseils législatifs est en soi un acte politique parce qu’ils représentent l’un des piliers du régime politique. Raison pour laquelle il est supposé que leurs élections doivent garantir un degré minimum de concurrence politique.

Mais ce qui est arrivé, c’est que les Iraqiens sont sortis dans la journée du 15 décembre dernier pour choisir une faction ou ethnie et donc la liste chiite ethnique et celle des Kurdes iraqiens ont obtenu les meilleurs résultats dans les gouvernorats du sud à majorité chiite et celles du nord à majorité kurde.

Bien que l’accusation de falsification qui a été adressée au gouvernement sortant en faveur de la coalition ait été bel et bien fondée, il n’en demeure pas moins qu’elle n’explique pas les résultats. Il s’agit davantage du mode de vote en fonction des ethnies. Ce scénario était prévisible bien avant les élections malgré la mauvaise performance du gouvernement transitoire basé sur la coalition de ces deux listes. S’il s’était agi de véritables élections, certains chiites auraient boycotté la liste qu’ils avaient choisie eux-mêmes en janvier 2005.

Que les chiites se rendent aux urnes pour répéter le même choix sans aucune réflexion comme s’ils étaient guidés par une fatalité, ceci ne ressemble en rien à des élections telles qu’elles sont conçues par les sociétés européenne et américaine.

Quelles sont ces élections où tout le monde connaît au préalable qu’une liste déterminée emporterait la majorité écrasante dans des villes telles que Kerbala, Najaf et qu’une autre obtiendrait la majorité dans d’autres régions ? De quelle sorte d’élections s’agit-il lorsque l’identité confessionnelle des électeurs est de renommée publique ? L’objectif des élections repose sur le principe selon lequel les citoyens choisissent leurs représentants dans un esprit de multipartisme, fondement de la démocratie telle qu’elle est appliquée dans les sociétés européenne et américaine.

Le choix politique a fait défaut lors du scrutin. L’Iraq a été témoin d’un processus de choix primitif, mais certainement pas d’élections s’inscrivant dans le cadre d’un véritable programme politique. Il faut reconnaître qu’il faut apporter de nombreux changements non seulement en Iraq, mais aussi dans de nombreux pays arabes. Nous devons remédier aux maux et aux problèmes de fond qui empêchent des élections véritables. Il faut travailler pour trouver des solutions à la dégradation des conjonctures arabes, à l’instar du cas iraqien.

En attendant que cela se traduise dans la réalité, il semble que le seul moyen d’éviter la guerre civile iraqienne repose sur une ferme volonté des différentes forces, toutes tendances confondues, de former un gouvernement d’union nationale, effectif et non de pure forme.

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